Interview de The ARRS

Posted: 13 février 2017 in Interviews

Alors que la fin du groupe vient d’être annoncée, je profite de la première date du Crépuscule Tour pour interviewer les The ARRS. A mon arrivée, Nico m’indique qu’ils ne parleront pas de la séparation tant que la tournée ne sera pas finie. Ca me sucre quelques questions, mais j’ai quand même de quoi faire parler un peu Nico et Pierre.

MF : Bon alors on peut zapper les questions sur la fin du groupe…

Nico : C’est ça.

MF : Vous allez quand même sortir 3 nouveaux morceaux avec le dernier line-up du groupe. On peut s’attendre à quoi musicalement?

Nico : Une dans la lignée et deux tests.

MF : D’accord. Un peu d’expérience?

Nico : Une un peu plus extrême… une un peu plus moderne…

Pierre : Ouais, il y en a une dans la patte The ARRS, vraiment Hardcore, plus Hardcore que Metal d’ailleurs. L’autre un peu plus mélo, un peu plus actuelle. Et la dernière, très très sombre.

MF : Ok. Vous allez sortir ça gratuitement, pour remercier les fans. C’est une sortie physique ou numérique?

Nico : Pour l’instant, ça va être numérique. Après on ne sais pas trop encore comment on va exploiter ça. Si on fait ça pour des assos, pour un split avec un autre groupe. On attend d’avoir le produit dans les mains et on verra. On peut le donner, on ne sera pas à la SACEM.

Pierre : On garde ça juste pour nous.

Nico : On l’offrira aux magasines, on verra.

MF : Ca marche. Est-ce que Mickael, qui vient d’arriver, à participé beaucoup à la composition de ces morceaux?

Nico : Ouais, on a vraiment voulu… Enfin quand il est arrivé au mois de mai dernier, on a dit que de base pour 2017, même si on avait déjà pensé à arrêter, on voulait qu’il participe vraiment au son de The ARRS. Et donc voilà, il a réfléchi à plusieurs riffs, ils se sont vu avec Pierre et Phil et voilà. Ca a accouché de plusieurs titres et on en a gardé 3.

MF : Donc du coup, c’était quand même une volonté de sortir un truc avec Mickael, en plus de sortir quelque chose pour les fans?

Nico : Ouais c’est important pour nous. Ca reste famille. A la base, c’était avant tout pour Mick. Et après, c’était une évidence qu’il fallait le sortir pour tout le monde. Mais sans chercher un label ou quoi que ce soit.

MF : Donc malheureusement, c’est la fin. Ca fait quasiment 12 après la sortie de « Et la douleur est la même », quasiment 20 ans après la création du groupe…

Nico : Oui (rires).

MF : Vous pouvez me faire un petit bilan de toutes ces années avec The ARRS?

Nico : Ben c’est les gars de base depuis le lycée. C’est 5 albums, des lives, des belles tournées, des festivals, des grosses barres de rires… des grosses cuites (rires).

Pierre : Ouais c’est des souvenirs de fous.

Nico : C’est toute une vie. C’est toute notre vie quoi. Et en fait c’est pas vraiment fini, on a du mal à en parler au passé parce qu’il y a encore du très très lourd qui arrive jusqu’à la fin de l’année.

Pierre : C’est pour ça aussi qu’on en profite à fond. On tourne une page, mais c’est vrai que c’est fou. On ne pensait pas en arriver là quand on a commencé. On a fait des trucs ouf…

Nico : A la base, on a créé le groupe pour jouer dans un bar.

Pierre : Ouais, c’est ça.

Nico : C’est un peu ça le concept, jouer dans un bar sur Paris, pour avoir des consos gratos (rires).

Pierre : Après t’as des trucs un peu clés. La première fois où on a…

Nico : Ca y est, tu pars dans le « Member berries ». « Oh I love Chewbacca » (avec une petite voix)…

Pierre : Non, je réponds à la question monsieur…

Nico : (En voyant que je comprenais pas la blague). Ah t’as pas vu la dernière saison de South Park en fait?

MF : Non j’ai raté ça.

Nico : Ah ben il faut, c’est magnifique. Ils attendaient l’élection de Trump… Mais c’est pour les trentenaires, sinon tu comprends pas. Et t’as les « Member berries ». C’est des petits fruits qui te rappellent ton enfance dans les 80’s… Et là c’est un peu pareil, il part dans les souvenirs (rires)…

Pierre : Mais non, je répond à la question, mais je t’en prie, parles Nicolas. T’as tellement envie de parler que je vais te laisser répondre.

Nico : Ben non justement, j’ai pas envie de répondre à ces questions là… T’auras le temps d’en parler…

MF : C’est pas grave…

Nico : Bon allez vas-y…

Pierre : Non, non…

Nico : C’est vrai que ça me fait mal au coeur de parler des trucs d’avant. On a l’impression qu’on est déjà mort.

Pierre : Ben on est vieux hein… On n’a plus 20 ans…

Nico : Faut arrêter de faire du son de jeune (rires).

MF : Ben du coup, The ARRS a toujours été un groupe de live. C’est quoi le meilleur souvenir que vous avez avec The ARRS?

Pierre : Il y en a pas mal…

Nico : Il n’y en aura pas qu’un. Ca c’est sûr…

Pierre : Moi, je dirais la tournée avec Suicidal Tendencies.

Nico : C’était cool ouais.

Pierre : Ca c’était cool, déjà pour la légende, pour avoir tourner avec eux. Ca nous a beaucoup appris. Et puis le tour bus, c’est assez confortable aussi (rires)…

Nico : Après la première date au Nouveau Casino en septembre 2005, avec celle du Trabendo… Et les Hellfest…

Pierre : Les Hellfest aussi…

Nico : L’Olympia c’était bien…

Pierre : Avec Mass ouais… Il y en a beaucoup quoi. On en parlait tout à l’heure dans le cametard, mais quand on fait des petits clubs et que c’est blindé. Comme quand on a joué à Angoulême, c’était chanmé…

Nico : C’est vrai qu’on adore les clubs donc on en inclus toujours dans les tournées. On peut pas faire que de la SMAC ou des grosses salles comme ça. Et voilà, jouer avec des assos qui se cassent le cul comme nous on a fait au début. Ca donne un peu de crédibilité aux orgas aussi.

Pierre : On a fait le Brin de Zinc aussi où on a joué avec In Arkadia. C’était une toute petite salle et c’était la guerre.

Nico : Ouais, super accueil et un public de fou.

Pierre : C’était fou, les murs suintaient, ça slammait de partout…

MF : Le bonheur quoi…

Pierre : C’est ça.

MF : Bon, bous allez finir avec une belle grosse tournée en France. C’était important pour vous de finir avec tout le monde, on va dire, plutôt que de faire une ou deux grosses dates sur Paris?

Nico : Non, on avait vraiment besoin de revoir tout le monde. De te revoir, de recroiser les gens et de voir ce qu’ils veulent nous dire pour finir. On va s’exprimer encore et avec les 3 nouvelles chansons, ça donne encore plus la gouache de voir ce que ça va donner en live. Bon, ça ne sera qu’à partir du mois d’avril mais…

MF : Ben moi, du coup, en tant que vieux fan, j’ai la petite question de savoir si il y aura des surprises dans le set?

Nico : On va changer souvent de titres. Ce soir il y aura pas mal de nouveau, demain il y aura plus d’anciennes…

MF : Fallait que je vienne demain en fait (rires)?

Nico : Ben en fait, on a 50 titres dans la discographie donc on aime bien jouer de tout à droite à gauche.

Pierre : Et c’est vrai que ces derniers temps, on a joué pas mal d’anciennes mine de rien.

Nico : Et il y a des chansons de Khronos qu’on n’avait jamais joué et on va en jouer 1 ou 2 ce soir.

Pierre : Enfin c’est un petit mix de tous les albums.

MF : Ok.

Pierre : Mais on s’est dit qu’on allait souvent changer la setlist cette année. D’essayer de la changer à chaque concert. Pour nous et pour le public aussi.

Nico : Si tu veux venir 10 fois, t’auras 10 setlists différentes (rires). On a des gars, qui font des bornes et des bornes à chaque fois et c’est incroyable. 2, 3 heures de caisses des fois, c’est fou. Et comme on boit souvent des coups au merch, on connaît tout le monde (rires).

MF : Et ben du coup, je vais arriver au mot de la fin. C’est compliqué quand un groupe arrête d’avoir plein de chose à raconter…

Nico : Ben on peut parler de plein de chose après. Pierre a envie de parler de Trump je crois (rires)…

Pierre : Je préférerais parler de sa fille ou de sa femme (rires)…

Nico : Non mais il y aura encore de l’actu. On va sortir 3 titres avec 3 clips. On va faire quelques trucs pour des titres de Khronos. On va laisser pas mal de souvenir cette année.

MF : C’est fini, mais pas tout de suite.

Nico : C’est ça. On va vivre chaque date comme si c’était la dernière, mais c’est pas fini.

MF : En tout cas merci à vous.

Nico : Merci à toi et du coup cul sec. C’est la tradition (rires)…

Me voilà à boire ma bière cul sec avec Nico, juste avant de continuer la soirée avec le groupe. Je n’ai pas pu poser toutes mes questions, mais la bonne humeur de Pierre et Nico ont fait le reste.

Premier concert de l’année pour la Souris Verte qui accueille les plus Japonais des Parisiens de Rise Of The Northstar qui viennent défendre leur premier album Welcame. Ils seront accompagnés des The ARRS, pour leur dernière tournée, ainsi que des Nancéiens de Straight Hit Back.

La soirée attaque donc par les lorrains de Straight Hit Back qui sortent d’une résidence à la Souris Verte et qui propose un Metal Hardcore plutôt bien foutu. Le groupe est bien en place, mais la grande scène a l’air un poil trop grande pour eux. Seul le chanteur prend plutôt bien la mesure de la scène. Il faut dire aussi que le public est pour l’instant assez clairsemé et écoute attentivement ce que fait le groupe. Malgré cela, on passe un bon moment et la demi heure allouée passe plutôt vite.

La soirée continue avec The ARRS qui entame ce soir sa dernière tournée. Le groupe n’a que 45 minutes de jeu et va devoir condensé le set. Celui-ci sera fortement orienté sur Khronos avec une entame sur « Kombat » comme sur l’album. Le son n’est pas forcément au top, mais on arrive quand même à bien suivre le groupe. Dans le public ça commence à bien se réveiller et ça n’hésite pas à pousser de la voie lorsque Nico le demande. Sur scène le groupe est dans une très belle forme et prend énormément de plaisir à jouer. Côté setlist assez peu de vieux morceaux donc, mais c’est avec plaisir qu’on retrouve « Au Coeur De L’Arène » et « Originel ». Les nouveaux morceaux passent toujours aussi bien. J’ai toujours un peu de mal à me faire à la nouvelle version de « Passion », mais il est vrai qu’elle colle bien avec l’orientation actuelle du groupe. Le groupe finira sur « Du Berceau A La Tombe » qui met une dernière torgnolle à tous le monde

Setlist :
Kombat
Au Coeur De L’Arène
Acta Non Verba
Du Ciel Et De La Terre
Hors Norme
Originel
Le Journal De Ma Haine
Authentiques Indignés
IV Horizons
Passion
Du Berceau A La Tombe

Petite pause bière avant de revenir en salle avec Rise Of The Northstar qui attaque avec « Again And Again ». Le groupe est bien en forme et bougera beaucoup. Même Vithia, pourtant toujours souffrant de son dos et ne devant même pas joué s’il avait écouté son médecin, donnera tout ce qu’il a. Musicalement, on aime ou on n’aime pas. Dans le public ça a l’air d’aimer vu le bon bordel qui règne. De mon côté ça passe très bien également. C’est énergique et c’est assumé à fond. Le set mélangera l’EP Demonstrating My Sayia Style avec les excellents « Sound Of Wolves » ou le titre éponyme et le premier album Welcome avec là aussi du très lourd avec « The New Path » ou « Samouraï Spirit » bien repris par le public. Le groupe quittera quelques instants la scène avant de revenir pour un rappel avec « What The Fuck » et « Bosozoku ». Un concert bien mené par ROTNS qui continue son ascension dans le paysage Metal en France.

Setlist :
Again and Again
Bejita’s Revenge
Sound of Wolves
The New Path
Protect Ya Chest
One 4 All
Welcame (Furyo State of Mind)
Samuraï Spirit
Dressed All in Black
Show Me Your Respect
Authentic
Demonstrating My Saiya Style
Bullet in the Head (Rage Against the Machine cover)
—————————
What the Fuck
Bosozoku

Galerie :

Straight Hit Back :

The ARRS :

Rise Of The Northstar :

Initialement prévu à la Machine, le concert des amis Suisses de Closet Disco Queen a été reprogrammé à la dernière minute à la Colline, suite au soucis de navigation de la péniche. La Colline, c’est une maison d’habitation qui sert de petite salle pour des concerts intimiste et ultra sympa grâce à l’accueil de Flo et Clem, les propriétaires des lieux. De quoi passer un bon moment avec Jona et Luc qui joue une zik qui colle parfaitement à l’ambiance du soir.

Une petite vingtaine de personnes assistent à la prestation du duo. Attentifs, le public est captivé par la musique et le niveau de jeu des deux compères. Le groupe nous propose une grande partie de son prochain EP qui va sortir au printemps et ça s’annonce tout aussi bon. Le groupe qui commence sa tournée est bien en forme et le set se déroulera dans une ambiance bonne enfant, les deux Suisses n’étant pas les derniers sur la déconnades. Seul petit point faible du set viendra avec le cassage d’une corde qui obligera a avoir un petit entracte au milieu du set. Cela permettra néanmoins au groupe de reprendre tranquillement avec « In Your Dreams » en enchaînant avec « The Shag Wag ». Juste avant de terminer ce bon concert, le groupe dévoile un morceau composé il y a une semaine et joué seulement pour la deuxième fois en live, suivi de « Black Saber » qui vient terminer cet excellent set.

De nouveau surpris et bluffé par la qualité du boulot des Closet Disco Queen, dans une ambiance unique qui a donné un très gros plus à ce concert. Encore merci à Flo et Clem pour l’accueil et forcément à Jona et Luc pour l’heure de rock!

Alors que le groupe est en pleine tournée Européenne, je rencontre Aaron et Mike de Walls Of Jericho pour une petite interview.

Métal Fédération : Bonjour à vous deux. Ca fait presque 8 ans que The American Dream est sorti. Pourquoi autant de temps?

Mike et Aaron : (rires)…

Mike : Euh, quand il a été temps d’écrire notre nouvel album, Candace a décidé d’avoir un enfant et cela prend forcément du temps. Et il y a aussi d’autres points personnels qui ont fait que ça à pris du temps. On essaie de tourner 2 ou 3 ans entre chaque album et ces éléments personnels ont ajoutés 5 années au process.

MF : Ok. L’attente était plutôt importante après cette longue pause. Le résultat est excellent. Comment s’est passé l’écriture durant ce temps?

Mike : Je crois que pendant ces 5 années, avant de vraiment se mettre à enregistrer, on n’a pas vraiment arrêté de composer. Doucement bien sûr. On n’avait aucune pression donc on a pris le temps d’écrire les choses. Certaines parties qui sont sur l’album ont au moins 4 ans maintenant. Mais c’était un truc classique. On a pris un peu plus de temps pour travailler sur les chansons et que ça ne soit pas forcés. Des fois quand tu n’as pas beaucoup de temps, tu es un peu forcé d’écrire des chansons, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Sur celui là, on a eu la possibilité d’écrire des chansons et de vraiment garder ce qu’on aimait.

MF : D’accord.

Aaron : On a écrit beaucoup de chanson à cette époque. C’était la première fois qu’on avait plus de chansons que prévu et on a pu choisir ce qu’on voulait pour avoir le meilleur résultat possible. C’était vraiment différent pour nous mais c’était bien.

MF : Malgré ces années de pause, vous avez gardez cette énergie dans votre musique, est-ce que c’est quelques choses que vous voulez faire pendant encore longtemps ou vous faites juste ce que vous aimez?

Mike : Je pense qu’on a forcément voulu garder un peu de cette énergie. On est un groupe qui déploie de l’énergie. Donc peu importe l’âge qu’on a, on n’a pas envie de faire du mélo ou des trucs ennuyeux. C’est ce qu’on aime faire. Quand je prends une guitare, c’est ce que je préfère jouer. Donc c’est naturellement ce que j’écris.

MF : Ok, le titre de l’album est « No One Can Save You From Yourself », quel message voulez-vous faire passer avec ce titre?

Mike : L’idée principal est qu’on ne peut pas compter sur les autres. On a plein de problème qui ne peuvent pas être résolus par les autres. On ne peut pas attendre que les gens résolvent tes problèmes ou t’aident comme ça. C’est ce genre de problème que tu te dois de résoudre toi même. Et d’un point de vue un peu plus gros, c’est aussi pour dire que tu dois faire ce que t’aime, ce qui te rend meilleur et qui garde ton esprit concentré et heureux. Je pense que c’est surtout ce groupement de chose que l’on veut faire passer depuis quelques années.

MF : Vous êtes engagés avec l’association « Relentless Foundation » (association qui aide les familles touchées par des maladies infantiles). Je suppose que la chanson du même nom leur est dédié. Pourquoi avez-vous voulu travailler avec eux?

Aaron : Ca vient de Candace et de ses compétitions d’haltérophilie. C’est une organisation crée par des haltérophile, qui organise des compétitions pour gagner de l’argent uniquement pour cette association. C’est comme ça qu’elles les a rencontrés et s’est rapidement engagé avec eux. Surtout qu’elle était devenue mère à ce moment et que c’est quelque chose qui lui paraissait importante en tant que mère. Quand on vient de créer une famille, on se dit que ça serait horrible de se retrouver dans cette situation. Et pouvoir aider directement ces personnes étaient normales. C’est une association très bien et on a tous voulu aussi apporté notre soutien à travers le groupe.

MF : Très bien. Aujourd’hui, on se rend compte que beaucoup de groupe, même des gros groupes, ne vivent pas de leur musique. Ils doivent avoir un travail à côté. Est-ce que c’est votre cas?

Aaron : Ouais tout à fait.

Mike : On a tous des vrais travail. On a juste à prendre l’avion et venir ici pour faire du mieux possible (rires).

MF : Comment faites-vous pour concilier les 2?

Mike : Pour moi c’était vraiment d’avoir un vrai boulot. Ca fait pas mal de temps qu’on est dans le groupe et c’est vraiment important d’avoir autre chose à côté quand tu ne tournes pas et que tu puisses quitter facilement, justement pour tourner. Je travail pour quelqu’un actuellement. Pendant beaucoup d’années, j’étais mon propre patron, mais depuis que j’ai commencé avec eux, c’était le deal. Quand j’ai besoin de partir avec WoJ, je pars, sans vraiment leur posez la question (rires). Si les gens ne sont pas d’accord, il faut absolument trouver une chose où tu puisse payer tes factures et pouvoir continuer à jouer.

MF : Ok. Vous commencez seulement votre tournée en Europe, avec des concerts en festival et d’autres en petite salle comme ce soir. Qu’est-ce que vous préférez?

Mike : C’est complètement différents. J’ai toujours préféré les petites salles où le contact est plus facile avec le public. L’énergie est toujours plus importante. Mais quand tu as l’occasion de jouer devant 30000 personnes, c’est une autre énergie. Personne n’est vraiment proche de toi, il y a beaucoup d’espace, mais ça te fait ressentir… Euh je ne sais même pas ce que ça fait ressentir (rires)… Je ne sais pas comment l’expliquer mais je préfère les petites salles. Mais j’aimes aussi les festivals parce que tu as l’impression d’être plus gros que ce que tu n’es. Pas en tant que groupe, mais tout est tellement massif. Mais là on est vraiment connecté avec vous et c’est pour ça qu’on joue. On adore cette connexion.

MF : C’est sûr. Peu importe ce qu’il peut se passer, vous donner toujours des excellents shows, plein d’énergie. Quel est votre secret?

Mike et Aaron : (rires)…

Aaron : C’est juste qu’on fait ce que l’on aime.

Mike : Ouais.

Aaron : Si on était faux dans ce qu’on faisait ou qu’on ne ferait pas quelque chose qu’on aime, les gens le verrait, que tu te fous un peu de ce que tu fais chaque soir. Mais on fait vraiment ce qu’on aime à 100% donc on n’a pas besoin d’écrire des chansons différentes parce qu’on nous le demande. On fait ce qu’on veut et c’est ce qui sort quand on est tous ensemble. Ce n’est pas compliqué d’avoir de l’énergie quand vous êtes content.

MF : Ok…

Mike : C’est le troisième jour pour nous et j’ai vraiment du mal à marcher maintenant. Ca va partir, mais quand tu recommences à tourner, il y a des muscles que tu n’utilises pas, même si tu travailles dessus. Il y a des parties de mon corps que je n’utilise pas pareil et le troisième jour est toujours le pire. Là j’ai du mal à marcher, j’ai l’impression que je ne pourrai jamais monter une nouvelle fois sur scène. Je suis fatigué, j’ai mal à la tête et dès que je monte sur scène ça s’en va.

MF : D’accord. Même si vous avez des chansons très puissantes, vous avez toujours ces petites chansons en « clean » sur vos albums. Est-ce que c’est quelque chose que vous voulez continuer à faire, comme sur l’EP Redemption?

Aaron : On ne sait jamais. On les fait vraiment pour s’amuser. On aime le faire et c’est sympa de faire quelque chose de vraiment différent. Les gens savent qu’on ne la jouera pas, mais peut-être qu’un jour on le fera, mais pas pour l’instant…

Mike : Ouais, c’est vraiment différent pour l’écriture, on utilise le cerveau différemment. Pour le reste, ça fait tellement longtemps qu’on le fait qu’on sait de suite comment faire. Là c’est plus compliqué et on doit tout gérer différemment. C’est cool de faire des choses que t’as pas l’habitude de faire. Ca t’aère le cerveau et ça aide beaucoup pour la création. Pour moi en tout cas. C’est pour ça qu’on arrive toujours avec des choses plutôt pas mal. Comme il l’a dit, plus on avance, plus on a de chanson comme ça. On aimerait bien le faire en live un jour. Mais on ne peut pas en faire qu’une seule…

MF : Ouais.

Mike : Au milieu d’un set comme on le fait, ça serait dommage. On aimerait faire comme un mini-set, avant ou après notre concert et pouvoir jouer ces chansons. Mais pour le faire tu dois avoir les chansons pour. On commence tout doucement à les avoir (rires)… Encore 10 ans et on sera bon (rires)…

MF : J’arrive à la fin de mon interview, si vous avez quelques choses à ajouter?

Mike : Je suis fatiguée (rires)… Mais je suis prêt!!

MF : Ok. Merci beaucoup pour ce moment.

Aaron : De rien.

Mike : Merci à toi.

Quoi de mieux pour faire la fête de la musique (un jour en avance) que d’aller revoir les Américains de Walls Of Jericho défendre leur nouvel album chez Paulette. Pas grand chose je pense. La soirée sera ouverte par les amis Alsaciens de Six Grammes Eight et les Lorrains de Downfall. Malheureusement pas forcément bien placé dans le calendrier (retour de Hellfest), la soirée va manquer de public avec environ 100 personnes, mais qui répondra plutôt bien présent.

On attaque donc avec le Hardcore de Downfall. C’est plutôt bien foutu et bien entraînant, mais ça manque un poil d’énergie pour plus captiver. Xavier se démène pourtant en arpentant la scène de long en large. Le son est bon dans la salle et ça me permet de bien découvrir le groupe. Le public reste un peu discret et se contente de quelques applaudissements entre les morceaux. Un peu dommage mais la soirée commence seulement et les gens sont là pour Walls Of Jericho.

La suite arrive avec les Six Grammes Eight que je n’avais pas revu depuis 3 ans. Je découvre donc le nouveau line up avec le retour d’une deuxième gratte qui va apporter un peu plus de puissance au groupe. Le groupe est bien en forme et va délivrer un bon set. Le public se réveille petit à petit et on voit les premiers mosh arriver. Ca reste plutôt calme mais l’accueil augmente un petit peu en intensité. Il faut dire que Pico, toujours aussi intenable ne lâche pas vraiment le public et demande à tout le monde de bouger. La soirée continue donc de monter en puissance avant l’arrivée de Candace et sa bande.

L’arrivée se fait sur l’intro du nouvel album en enchaînant avec « Illusion of Safety » suivi du tube « A Trigger Full Of Promises ». Le ton est donc donné direct, le groupe est en forme et le public l’est tout autant. Malgré un faible nombre de personne ça bouge vraiment beaucoup devant la scène, pour le plus grand plaisir de Candace qui tient comme à son habitude la scène de main de maître. Le reste du groupe est au diapason et ça saute un peu partout. L’accent est forcément mis sur le nouvel album avec les excellents « Forever Militant » ou « Relentless ». Le reste est plutôt classiques avec les « All Hail The Dead » ou « Feeding Frenzy ». Dans le public, on sent que les nouveaux titres ne sont pas encore tout à fait assimilé et les gens ont du mal à reprendre les paroles avec Candace. L’ambiance reste tout de même au top et ça suit les directives à la lettre, notamment pour le final avec « The American Dream » où les doigts d’honneur sont levés bien haut. Le groupe laisse un petit temps la scène avant de revenir avec « Revival », l’un des titres les plus emblématiques du groupe, où tout le monde va chanter et danser une dernière fois.

Setlist :

Illusion of Safety
A Trigger Full of Promises
Feeding Frenzy
No One Can Save You From Yourself
Forever Militant
I Know Hollywood and You Ain’t It
All Hail the Dead
Reign Supreme
Relentless
Fight the Good Fight
Playing Soldier Again
The American Dream
—————————-
Revival Never Goes Out of Style

En ce début de mois de Juin, les Canadiens de Cancer Bats posaient leurs valises sur la péniche Nancéenne La Machine à Vapeur. L’occasion d’aller faire tanguer le navire avec les énergiques Chauves Souris qui seront accompagné par les Messins de Tess.

Découverte pour moi du groupe, mais c’est un plaisir de retrouver sur scène Vince et Arno que je n’avais pas revu sur scène depuis la fin de X-Vision. Le Metal Hardcore du combo fait mouche tout de suite, il faut dire que pas mal de spectateurs sont venus pour eux et le soutien est donc au beau fixe. Le son est plutôt bon dans la péniche et permet de bien apprécier la musique du combo. Le groupe essaie malgré la petite scène de bouger au maximum. Notamment Vince qui a du mal à tenir en place et qui descendra même dans le public pendant un braveheart bien violent peu avant la fin du set. L’ambiance est donc au top pour ce début de soirée avant la tête d’affiche.

Les Canadiens arrivent sur scène avec un enchaînement qui va donné le ton pour ce set: énergie et puissance. Entamer par « Children Of The Grave », « Hail Destroyer » et « Sabotage » ça défonce bien. Le public met un peu de temps pour se mettre en route, il attendra que Liam nous demande d’arrêter de faire des photos pour vraiment se lâcher. J’avais pas forcément ressenti une gêne pour le public, mais c’est ce que Liam me dira après leur concert. En tout cas sur scène c’est intenable, malgré l’étroite scène. Liam et Jaye bougent partout, Mike martèlent ses fûts, seul Scott est un peu plus discret. Le set s’enchaîne à grande vitesse avec les excellents « Lucifer’s Rocking Chair », « R.A.T.S » ou « Sorceress ». Les nouveaux morceaux sont également très bien reçu par un public tout acquis à la cause des Canadiens. Liam s’efforcera de nous parler en Français, c’est toujours sympa quand un groupe Anglophone prend la peine de nous parler dans notre langue. La fin de set sera elle dévastatrice avec un quatuor final qui fait très mal et surtout un Bricks & Mortar qui aura bien fait tanguer la péniche. Premier set en tête d’affiche avec les Chauve Souris et une bien belle torgnole qui fait du bien.

Setlist :

Children of the Grave (Black Sabbath cover)
Hail Destroyer
Sabotage (Beastie Boys cover)
Lucifer’s Rocking Chair
Beelzebub
Road Sick
Arsenic in the Year of the Snake
Black Metal Bicycle
R.A.T.S
Shillelagh
Sorceress
Satellites
Scared to Death
True Zero
Old Blood
Cursed With A Conscience
Pneumonia Hawk
Deathsmarch
All Hail
Bricks & Mortar

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Metal Fédération sera présent lors du passage de Cancer Bats à la Machine à Vapeur, grâce à KDTS Talents Booking, qui co-organise la soirée.

On vous donne également le programme de KDTS pour Juin/Juillet avec du beau monde!

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Interview de Hypno5e

Posted: 18 mai 2016 in Interviews

Quelques instants après avoir fini leur balance, je retrouve le quatuor Hypno5e pour parler de leur dernier bijou.

MF : Bonjour à vous. Alors comme c’est notre première interview ensemble, présentez le groupe pour ceux qui ne vous connaîtrais encore pas?

Manu : Hypno5e s’est monté en 2004 et on est… attends je recommence (rires). Le groupe a commencé en 2004 à la base avec Thibault et Jérémy qui était les 2 membres d’origine. On a intégré Gredin par la suite. Depuis le line-up a changé, Théo a remplacé Thibault et Jo a remplacé Jérémy. On a sorti 3 albums et un maxi. Notre troisième album vient de sortir il y a deux semaines (ndlr: interview du 3 Mars). C’est une espèce de Métal Cinématographique. C’est des morceaux très long avec des passages très ambiants et des grosses parties très Métal. C’est assez hachurés, assez progressifs. Voilà comment on pourrait définir notre musique.

Gredin : Progressif c’est bien ouais.

MF : C’est ça. Le nouvel album a connu un peu de retard. Que c’est il passé?

Manu : Ouch… Le processus de composition a pas été si long que ça, on a commencé de composé dans la foulée de la fin de la tournée Acid Mist et Mars 2014. On voulait éviter d’avoir une aussi grosse coupure qu’entre nos deux précédents albums et on voulait vraiment enchaîner, parce que les choses ont bien tourner pour le groupe, et surfer sur ce qui se passait. L’album a été composé assez vite, il a été structuré en 3, 4 mois d’enregistrement et après comme on a fait une campagne de financement qui a eu, à notre surprise, pas mal de succès, on a voulu pour la première fois déléguer le mixage à un studio Anglais, parce qu’on a eu l’habitude de tout faire nous même et d’avoir la main mise sur le travail. Là on s’est dit qu’on pouvait tester un peu, ça irait aussi plus vite parce que c’est un long travail. On a pris quelqu’un qui apparemment aimait notre musique et qui pouvait nous aider à expérimenter sur certaines choses aux niveaux du son. On a fait un très mauvais choix. On s’est retrouvé dans un studio où on s’est un peu foutu de notre gueule. Ca s’est très mal passé humainement avec le mec et on a eu un retard de presque 3 mois. On n’a eu 0 nouvelle pendant ces 3 mois. Et on a décalé une première fois et l’album est passé par un autre studio qui a récupéré nos pistes… sous la table…

Gredin : Ouais, le mec a envoyé nos bandes à un autre studio à Los Angeles, sans nous le dire. Et c’est le studio à Los Angeles qui nous a contacté : « Ah, on est content, on a votre album… » (rires)

Manu : Le premier voulait sous-traiter, enfin se débarrasser du travail parce qu’on le pressait pour avoir le mix. Du coup ils ont remixés un peu l’album mais on n’a pas passé beaucoup de temps dans leur studio. Du coup on a récupéré les pistes et on a tout réenregistré et remixé nous même. Ce qui fait qu’on a eu un an et demi de retard sur la sortie. Au final, on a bien fait, parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi même.

Gredin : Exactement. On a pu travailler le son comme on voulait, tout en se concertant tout le temps et au final le résultat nous plaît à tous.

Manu : Au final, on a fait ce qu’on a fait sur chaque album.

MF : C’est vrai que du coup, pour quelqu’un comme moi qui ai déjà pu écouter l’album… Je l’ai vraiment ressenti comme un tout, par rapport à Acid Mist par exemple. Ca serait une piste unique, ça passerait tout seul. C’était quelque chose qui vous cherchiez quand vous avez composé?

Manu : Non en fait la manière dont on compose, en général quand on arrive en studio on n’a pas de morceaux terminés. On arrive avec des thèmes que j’apporte généralement. Des fois c’est un peu construit, mais ça dure 2, 3 minutes, ce n’est pas des morceaux complets. Et en studio on structure ensemble, le puzzle prend forme vraiment quand on enregistre. On a aucune vision globale de l’album avant de l’enregistrer. A part ‘Tio’, qui était une chanson qui était déjà composé avant. Je l’ai composé pour moi, mais elle s’est intégrée naturellement dans l’album, parce que la couleur qu’elle donnait collait parfaitement à l’album. L’album a pris forme quand on a eu fini l’enregistrement parce qu’on a eu du recul sur les morceaux uniquement une fois qu’ils ont été enregistrés. Même pendant le mixage, on travaille sur les arrangements. L’album, tel qu’il est construit, ça s’est fait vraiment à la fin. Les morceaux n’étaient pas agencé comme ça au début. Et finalement les choses prennent forme et la façon dont on a arrangé les choses donnent un sens. Agencé différemment, il n’aurait peut-être pas marché de la même façon.

Gredin : Je pense que si il y a une linéarité comme ça dans l’album c’est parce que le gros du travail s’est fait sur une seule semaine. On s’est réuni et on a vraiment bossé sur la structuration des morceaux et du coup je pense que c’est pour ça qu’on retrouve cette unité.

Manu : Comme ça se fait sur un laps de temps très court, les atmosphères qu’on déploie communiquent pas mal entre elle. Même si c’est des morceaux différents, on est dans une ambiance qui ne varie pas beaucoup pendant ce laps de temps. Donc malgré nous, il y a une logique qui se met en place naturellement.

MF : D’accord. Et quel est le concept derrière l’album?

Hypno5e : (rires)

Manu : En fait on a voulu construire cet album en 5 parties avec une cartographie intérieure d’un personnage qui est en errance sur une espèce d’île imaginaire, qui est composée de 5 rives avec la rive central. Et chaque rive représente une parcelle de mémoire, de souvenir qu’il traverse et on le suit pendant tout ce voyage. Il y a donc les 4 rives Nord, Sud, Est, Ouest et il y a le noyau central qui est la chanson ‘Tio’, qui est en Espagnol.

MF : Justement, sur vos textes, vous avez du Français, de l’Anglais, de l’Espagnol. Pourquoi vous choisissez une langue plus qu’une autre. Les textes viennent naturellement comme ça?

Gredin : C’est surtout pour la musicalité des textes et si ça colle au sens, tant mieux.

Manu : En général, les langues nous viennent naturellement. C’est vrai que la plupart des chansons sont écrites en Anglais, les samples en Français, mais on ne se pose pas la question. Ce qui nous motive, c’est la musicalité que pourra avoir une langue. C’est pour ça que ‘Tio’ n’aurait pas pu être écrite autrement qu’en Espagnol, parce que c’est une langue très poétique, très brute, qu’on ne retrouve pas forcément avec ce que je voulais dire ailleurs. Ce qui prime, c’est la manière dont les mots s’agencent avec la musique. Qu’est ce qu’ils vont signifiés dans la musicalité plus que dans le sens. C’est pour ça qu’on a aussi du Grec et du Suédois dans l’album.

Théo : C’est vraiment pour le son en fait.

Gredin : Ca permet de donner à chacun un sens, quelque soit l’origine. Chaque auditeur peut se faire son avis.

Manu : On se retrouve tous forcément perdu avec cette barrière de la langue et c’est donc que la musicalité qui prime, et ça permet de voyager dans un mélange d’abstrait et de concret.

MF : Et pour les textes qui sont samplés. Comment vous les choisissez?

Manu : En fait on a une bibliothèque qu’on se forge nous même dans nos lectures, dans les films…

Gredin : Ouais, chacun fait sa bibliothèque de son côté et quand on se réunit, on voit ce qui colle niveau couleur.

Manu : Quand on pense qu’il y a la place pour un passage parlé, on fouille un peu dans ce qu’on a. On en a aussi qui sont réenregistrés, avec des extraits d’un film que j’ai réalisé et qui ont été fait pour l’occasion. En général, c’est rare qu’on aille chercher quelque chose en particulier. On a tous les samples qu’on a récolté et on voit au niveau du rythme, du sens que ça pourrait donner et on pioche dans ce qu’on a.

MF : Vous cherchez à ce que ces textes collent textuellement avec ce que vous voulez présenter ou ça reste aussi toujours dans l’ambiance que vous voulez passer?

Manu : Pareil. C’est en priorité la musicalité, mais vu que les samples précèdent l’écriture des paroles, on ne se pose pas vraiment la question du sens en fait. On cherche plus l’état dans lequel va nous mettre ces mots, ces phrases. Quel décor il va donner en fait. Pour moi les samples dessinent une sorte de décor qui correspond à l’ambiance qu’on veut développer dans le morceau. Le sens vient après. Même à nous, ce n’est pas clair tant qu’on n’a pas mis un point final au morceau. Je ne pourrais pas expliquer où on va et ce qu’on veut dire avant que l’album soit fini. Si tu m’avais posé la question du sens de l’album juste avant d’avoir fini le mix, je n’aurais pas pu te répondre.

Gredin : C’est ça. On construit sur le tas et après on digère.

Manu : On y met une intention, une esthétique et le sens nous vient après quand on réécoute. Nous même on redécouvre le tout. C’est quelque chose de pas réfléchi en tout cas. C’est très brut.

Théo : Moi j’ai attendu la sortie de l’album pour vraiment l’écouter d’une traite. Je connaissais les morceaux forcément pour les avoir travaillé. Mais une fois la sortie, je me suis dis je vais me joindre à tous ceux qui vont le découvrir. Et du coup ça m’a permis de découvrir des sons que je n’entendais pas avant, des sens que je n’avais pas pris conscience avant. On est auditeur en plus d’être producteur.

MF : C’est assez rare d’avoir cette démarche. Même moi qui suis musicien, je n’ai pas ce recul là de redécouvrir ses propres morceaux une fois l’album terminé. On veut toujours se faire plaisir quand on compose mais il n’y a pas ce…

Manu : On n’est pas totalement maître de ce qu’on compose. Même si on sait où on va, mais je pense que je m’ennuierais de savoir à l’avance à quoi ça va ressembler. C’est même chiant parce qu’on est toujours surpris et jamais content au final. On a toujours envie de recommencer. C’est aussi ce qui fait le charme, c’est qu’on ai besoin de se surprendre nous même et de ce laisser aller.

Théo : Et ça nous ressemble dans notre façon d’être et de tourner.

Manu : Ouais c’est très brut, on attend que ça nous tombe dessus pour nous rendre compte de ce qu’il se passe.

MF : L’album est sorti chez Pelagic. Comment se passe la collaboration avec Robin?

Gredin : Super cool (rires).

Manu : On a tourné un peu avec eux (ndlr: The Ocean) au début et on le connaissait plutôt bien parce qu’il avait distribué une partie d’Acid Mist en Europe. Il voulait vraiment faire le nouvel album, nous on voulait aussi se retrouver sur un label qui est géré par un musicien et qui sait ce qu’il fait, avec un petit catalogue, pour pas être noyé dans la masse de groupe. Et du coup ça nous plaisait de bosser dans ce cadre là et notre musique colle bien avec ce qu’ils font, puisqu’il n’y a pas de barrière. Tu sais que toutes les possibilités sont là. Il est au service de la musique, que ça soit métal ou pas. Et on s’entend bien donc ça va le faire. On a fait une date à Berlin où on a pu passer une soirée ensemble, enfin une moitié de soirée (rires). Mais on s’est régalé et on va être appelé à partager des dates avec eux…

MF : Pour continuer dans le live, vous êtes très proches du cinéma mais vous aviez abandonner les projections. Vous comptez reprendre?

Gredin : On a repris (rires).

MF : Ah je les ai pas vu en bas.

Gredin : C’est trop petit.

Manu : Elles sont là tout le temps, mais on est tributaire de l’espace dans lequel on joue, et là c’était pas possible. Mais sur la plupart des dates elles seront là.

Théo : On est dans la transition pour jouer que dans des grandes salles (rires). Peut-être bientôt, on pourra avoir la vidéo 9 fois sur 10.

MF : Vous avez fait quelques belles dates pour la sortie de l’album avec Textures et Psykup. Il y en a d’autres qui arrivent. Ca commence bien?

Manu : Ouais c’est terrible. Tout va très bien. Textures c’était sur l’Allemagne, c’était la première fois qu’on jouait à Berlin et on a fait quasiment que des dates dans des endroits où on n’avait jamais joué donc c’était plutôt bien. Et là ça joue tous les week-ends donc c’est vraiment bien. Et les plateaux sont cool. On a joué avec Psykup au Trabendo et à Bethune et ça se complète bien. Même si ce n’est pas le même style, il y a une liberté dans la composition qui fait que ça colle bien. Et les gens aussi qui vont écouter ce genre de musique sont curieux, du coup je pense que le plateau est très cohérent.

Théo : Et ils sont super cool humainement aussi.

Manu : Ca faisait longtemps qu’on n’avait pas joué avec eux. Hypno5e a commencé avec Psykup et Manimal et du coup c’était bien de se retrouver et comme on a fait un morceau sur le premier album avec Milka donc on n’a pu rejouer le morceau après 9 ans et c’était pas mal (rires).

MF : On va parler un peu des Etats-Unis, la dernière expérience ne s’est pas forcément bien déroulé…

Manu : Ca dépend pour qui (rires).

MF : Vous n’y êtes pas tous allez donc…

Théo : Il faut que tu demandes à Gredin (rires).

MF : Du coup vous comptez y retourner quand même?

Manu : Ah oui bien sûr.

Gredin : La revanche est proche (rires).

Manu : C’est un projet pour cet album là de tourner 1 an et demi voir 2 ans. Et on compte bien y retourner.

Théo : On a fait des erreurs qu’on ne veut pas refaire. Même avec des Visa de travail, il y a beaucoup de gens dans notre entourage qui ont eu des soucis pour avoir ces visas et ils n’ont même pas pu, alors qu’ils avaient le contrat parce que le visa n’a pas pu être validé à temps. The Ocean ont eu ce soucis il y a pas longtemps. Donc ça fait un peu flipper quand t’es un projet européen parce qu’on se casse les dents.

Manu : C’est aussi pour ça qu’on ne voulais pas prendre de visas à l’époque parce que ça coûtait très cher. Mais on ne pouvais pas non plus annuler ces dates. On a fait 3 tournées là-bas, les 2 premières ce sont bien passées, sans visas… On devrait pas le dire normalement (rires). Et la 3ème, ben la moitié de l’équipe n’a pas pu partir. Mais l’essentiel était là donc on a pu tourner.

Théo : Ca se retrouve dans le documentaire Asphalt…

MF : Qui est très bien foutu…

Théo : Il a pas été beaucoup regardé, mais qui répond très bien à ta question en fait.

MF : Ouais, après c’est surtout pour la suite, si vous comptiez y retourner.

Manu : D’ailleurs ce documentaire, on va donner suite à ces petites chroniques qu’on faisait. On a deux épisodes en tête. Une fois qu’on sera sorti de rush du début de tournée, on va monter le prochain asphalt. On va essayer de le sortir pour avril (ndlr: interview du 3 mars).

Théo : On veut y retourner mais on ne veut pas perdre trop de fric. On ne veut pas prendre de risque.

Manu : Maintenant on a un booker là-bas donc selon ce qu’il nous propose on ira. Mais on ira au moins une fois pour cette album. Même si on met l’accent sur l’Europe parce qu’on n’a pas fait beaucoup l’Europe et on devrait mettre l’accent là dessus.

MF : Ok. Du coup tu viens de répondre à ma dernière question qui était à propos du futur pour Hypno5e. Donc tournée, tournée, tournée?

Manu : C’est ça.

Théo : On veut jouer là où on n’est jamais allé surtout en Europe. Après on fantasme sur beaucoup de destination mais ce qui peut nous être que bénéfique pour l’instant, c’est l’Europe parce qu’il y a du public qui nous attend et qui nous as jamais vu. On a des festivals au mois d’Août en Europe de l’Est donc on pourra aller dire bonjour à ce public.

Manu : On va commencer à bosser aussi sur d’autres projets qui vont donner suite à cet album. Un quatrième album aussi dans un petit moment et aussi par d’autres intermédiaires avant la sortie du prochain album qu’on va essayer de mettre en place pour 2017, 2018. Il y a beaucoup de choses qui arrivent donc ça ne va pas chômer (rires).

MF : Et ben c’est parfait. J’ai terminé, si vous avez un petit mot pour conclure?

Manu : Merci de nous suivre. Venez nous voir en live, on va passer un peu partout, j’espère. Et n’hésitez pas…

Théo : N’hésitez pas à venir dire bonjour, ça nous fait plaisir de voir du monde (rires).

MF : Merci beaucoup.

Hypno5e : Merci à toi.

Après Textures à la fin du mois de Février, les Montpelliérains de Hypno5e posent leur valise à Colmar pour venir défendre leur nouvel opus. Ils seront accompagnés des amis de The Apostasy et des Mulhousiens de Timeless.

Ce sont les Timeless qui commencent la soirée. La petite salle est plutôt bien garnie et les Mulhousiens sont venus avec quelques potes qui vont mettre l’ambiance. En même temps le chanteur ne tient pas en place et ce pour le grand plaisir du public. Le son est plutôt bon (quelques larsens viendront perturber le set) et permet de bien suivre ce que fait le groupe. De ce côté là, j’ai un peu de mal à me mettre dedans avec de nombreuses longueurs qui me font un peu perdre le fil. Les jeunes sont pourtant bien doués derrière leur instru et il y a tout de même quelques parties intéressantes. La demi-heure passe donc plutôt bien et fait parfaitement office de mise en bouche.

Si Timeless joue devant une partie du public conquis, pour les Apostasy, c’est un autre son de cloche. Premier concert de l’autre côté des montagnes vosgiennes et tout à prouver à un parterre qui réponds finalement parfaitement au Métal Ambiant du duo. Bien aidé par un bon son, le groupe réussi à capter l’attention, même si Tof doit reprendre un peu le public par moment. Sur scène, on regrette le placement scénique du soir qui fait forcément un vide sur scène, mais la taille de la scène ne permet pas vraiment d’autres solutions. Pour le reste le set se déroule bien, malgré quelques pains que seuls les connaisseurs décèleront et les 40 minutes alloués nous mettent bien dans le bain pour Hypno5e.

Le combo est attendu par l’ensemble de l’auditoire et dès les premières notes de « In Our Deaf Lands » on sait que le concert va être bon avec un excellent son, un groupe en forme et des lights magnifiques. Le groupe est très bien soutenu par un public qui est là pour ça. Que ce soit les anciens morceaux, placés en milieu de set, qui ont bien la cote, comme le grandiose « Maintained Relevance Of Destruction Pt.II » (même si je préfère la I) ou « Gehenne » ou les nouveaux morceaux que nous découvrons sur scène. Beaucoup de têtes oscillent au rythme de la musique et le duo vocal Manu / Gredin nous captivent avec une prestation de haute volée. Le gros regret de la soirée va être l’absence des projections qui font leur retour sur cette tournée et dont nous ne profitons pas par manque de place. Le temps passe très vite et le joyeux bordel de « Tutuguri » vient déjà mettre un terme à un set bien ficelé et bien mené par le quatuor. Vu le nombre de CDs vendu à la fin du set, l’avenir paraît bien radieux pour Hypno5e et qui le mérite amplement au vue de la prestation de 5 étoiles de ce soir.

Setlist :
– East Shore – Landscape In The Mist
– East Shore – In Our Deaf Lands
– Maintained Relevance Of Destruction Pt.II
– Acid Mist Tomorrow
– Gehenne Pt.II
– Gehenne Pt.III
– West Shore – Where We Lost The Ones
– West Shore – Memories
– South Shore – Blind Man’s Eye
– Tutuguri

Quelques minutes après la fin de leur set, je retrouve l’ami FT pour parler de son bébé D E L U G E.

MF : On va commencer de façon classique. Comme c’est notre première interview ensemble, présente-moi ton projet.

FT : Euh ouais. Tu me diras ce que tu veux savoir parce que ça peut être long.

MF : Ben commence par le début.

FT : Donc j’ai commencer à bosser sur Déluge je dirais en 2012. A la base c’est parti d’une idée avec Max, que j’avais rencontré dans d’autres groupes avec lesquels on a fait des splits ensemble, tu le sais (NDR : FT dans Fléo et Max dans Petroïska Larma pour le split Noise Coalition). Et on avait ce vieux projet de faire de la musique ensemble sans savoir quoi exactement à la base. On ne savait pas si ce serait acoustique, rock, métal… On ne savait pas du tout. Et on a commencé à bosser sur quelques trucs avant que Max n’aient plus trop le temps. Il s’est mis en retrait par rapport à ça et j’ai vraiment bossé à donf sur le projet et j’ai avancer sur toute l’imagerie, le projet de scène, le concept de Déluge à la fois dans les sonorités et les compos. On a enregistré une démo en juillet 2013 si je ne me trompe pas et on l’a sorti qu’en septembre 2014. Et là on a sorti l’album en septembre dernier chez les Acteurs de l’Ombre.

MF : Ok. Tous les autres membres du groupe sont des potes à toi…

FT : C’est ça ouais.

MF : C’était vraiment important pour toi que vous soyez proche et qu’en plus ce soit des mecs qui aient de la bouteille sur scène?

FT : Absolument ouais. J’ai passé beaucoup de temps avec des mecs motivés mais sans… pragmatisme. Je sais pas si je me plante (rires). Enfin voilà je voulais des mecs qui soient vraiment un soutien pour le projet. C’est mon bébé et j’ai plein d’idée. C’est moi qui prend les décisions mais je voulais une équipe que je puisse consulter et ils sont tous plus compétents dans certains domaines que moi donc c’est ultra pratique parce que ça se fait vraiment dans le respect et dans la volonté d’avancer ensemble vers un bon truc, avec une idée. Pendant longtemps ça a été un peu flou parce que j’avais tout dans la tête et pas forcément le temps ou les moyens pour leur montrer mes idées. Ils m’ont jamais lâchées et on a vraiment galeré. Pour trouver un batteur, on a auditionné une dizaine de mecs, des super mecs qui avaient besoin de tourner tout de suite ou qui n’avaient pas forcément le temps. Et on a rencontré Ben parce que c’est lui qui a enregistré la première démo. On avait un batteur qui n’a pas du tout fait le job en studio. Et du coup pendant l’enregistrement, il m’a demandé si il pouvait essayer un truc. Il voulait me montrer ce que je voulais faire faire au batteur de l’époque qui devait vraiment être un batteur de session. Et il a envoyé un blast qui groovait à mort avec un tempo de malade et on a tout de suite trouvé qui allait enregistrer cette démo. Il n’était pas trop disponible à ce moment là, il avait beaucoup de chose à faire. Et une fois qu’il a mis un bon coup de balais dans son emploi du temps, peut-être 1 an plus tard, ou 6 mois je ne sais plus, il est revenu vers moi en me disant qu’il était dispo. On a donc commencé à bosser, ça l’a vraiment fait directement. On a vraiment beaucoup bossé sur les pistes qu’on avait. On a fait tourner les 5 pistes qu’on avait à l’époque et on avait déjà des opportunités. Les Acteurs de l’Ombres ont failli sortir la démo et au niveau timing et budget c’était un peu serré et ça l’a pas fait. Mais par contre on avait des touches d’autres labels pour sortir un album. Et on s’est dit que ça pouvait être pas mal de bosser pour un album. Je ne voulais pas sortir d’album sans label. Du coup on a bossé sur l’album. J’avais 5 pistes vraiment finies et 20, 30 minutes à orchestrés et arrangés, ce qui a donné les 4 autres pistes de l’album. Il y a ses 5 pistes là, il y a un triptyque que j’ai découpé et quand on l’écoute à l’usure et voit que cette partie là a été composée à côté. Mais ça ne clash pas avec les autres pistes. Et du coup on a sorti ça. Du coup c’était important pour moi d’avoir ce genre d’équipe. Maintenant quand je monte sur scène, je suis détendu pour passer un bon moment parce que je sais que derrière ça envoie la purée. Je suis rassuré, maintenant c’est à moi de tout donner. Je sais que eux, ils envoient la sauce et qu’ils tiennent la route parce qu’ils ont beaucoup tournés. Même si on n’était pas potes, c’est une équipe où je me dirais c’est cool de partir en tournée avec ces mecs là. Et comme c’est mes meilleurs potes et ben… c’est beau (rires).

MF : Tu viens de le dire c’est ton bébé. Mais est-ce que tu leur laisses quand même de la liberté pour structurer des parties?

FT : Alors tout l’album, à part quelques riffs de guitares que Richard a amené et quelques petits arrangements, j’ai vraiment du faire 95% du boulot de composition des « cordes ». J’ai composé les 2 guitares à chaque fois, les lignes de basses. Après c’est de la discussion mais j’avais fait le plus gros du boulot. Le truc qu’on a eu le plus de travail en commun c’est plus les patterns de batterie sur les parties aérées. Il y a beaucoup de blast et j’avais une idée précise de ce que je voulais avec les roulements pour relancés, etc et c’est assez cohérent avec les guitares parce que c’est une composition logique. Il y a pas trop de trucs alambiqués, ça appelle toujours quelque chose. Quand t’avances dans la piste, t’as des références à des choses que t’as avant ou ce qui va arriver à la fin. Mais c’est vraiment pour les parties aérées où pour le coup, il fallait des choses qui groove un peu et que j’ai un peu de mal à composer. C’est pour ça que Jam (Ben, batterie ndlr) a eu un gros rôle à jouer. J’ai remarqué que dans ses blasts, il arrivait à faire groover les cymbales, même la caisse claire sur des blasts, parce qu’il était dans un groupe de grindcore avant mais que c’est aussi un passionné de rock et il est capable d’avoir un jeu très très rock et ça dynamise le truc. Il arrive à faire groover tout ça et il a apporté beaucoup sur ces parties de compositions. Pour le coup Richard et Fred aussi. Enfin ils m’ont bien aidés sur ces parties, mais les cordes, arrangements étaient déjà prêts. Je les consulte aussi sur certains aspects d’imagerie… De méthode de diffusion plutôt parce qu’ils ont aussi beaucoup de passifs, moi ça m’intéresse de plus en plus mais j’avais pas toutes les méthodes qu’ils avaient avec d’autres groupes et ils étaient plus calés que moi donc je les consulte beaucoup. Je prend toujours la décision à la fin, mais si ils ont une meilleure idée que moi, je la retiens. Je ne suis pas un leader tyrannique débile. Je suis un leader tyrannique sympa (rires).

MF : L’album est sorti il y a quelques mois. Les retours sont plutôt très bons…

FT : Carrément ouais.

MF : Ca te conforte dans l’idée que c’était ce qu’il fallait que tu fasses à ce moment de ta vie musical?

FT : Grave. J’en suis vraiment super fier. Je le dis sans rougir, parce que c’est le premier projet de ma vie, enfin de ma vie de musicien où je met toutes mes couilles et toutes mes tripes dedans. Tu vois, je me suis dis: « Maintenant on y va. Tu prends du temps… » et j’ai pris vraiment beaucoup de temps libre. Libre, parce que j’ai eu une phase de ma vie où j’ai eu le temps de faire ce que je voulais et j’avais aussi les moyens qu’il fallait pour le mettre en oeuvre. Donc j’ai beaucoup investi en temps et en argent dans cet album et il y a pas mal d’indicateur. Sur n’importe quel concert qu’on a fait, même dans des endroits avec des plans dépanne avant une grosse date sur un routing ou des trucs comme ça, on a toujours beaucoup de monde. En tout cas suffisamment de monde pour dire que ça intéresse les gens. Ca me fait plaisir, parce que si ça ne marchait pas, je serais forcément triste. Là je me dis, j’ai fait mon truc, c’est vraiment mon truc et il fallait que ça soit fait. Ca fait référence à pas mal d’étapes de ma vie, de nos vie à nous, sur des paroles, sur des parties mélancoliques, sans tomber non plus dans la dépression et la tristesse. Mais du coup voilà, si ça ne prenait pas j’en serais quand même très content. Bon je ne l’écoute pas tous les jours, je ne me fais pas d’auto-fellation systématique (rires). Mais de temps en temps. J’écoute beaucoup de black moderne et je me dis : « Bon, ben il manque encore un truc ». Et je me surprend moi-même à avoir envie d’écouter Déluge et c’est vraiment ça que je voulais. Je le dis vraiment sans égoïsme, je ne me mets pas sur un pied d’estale. Quand j’ai composé, j’avais vraiment l’impression d’être externe à tout ça. J’avais beaucoup de temps à passer sur ma gratte et j’ai trouvé ces riffs qui sonnent. Je me suis dis que ça sonnait comme un truc que je n’avais pas encore trop écouté. J’écoutes beaucoup de Deafheaven, Liturgy, Altar Of Plagues, Amenra, enfin plein de bonnes choses mais il manque un petit truc. Tu vois Deafheaven c’est hyper cool, mais il y a des parties un peu à l’eau de rose, pourtant j’adore des trucs très aériens, mais là c’est trop… je vais pas dire trop californiens (rires) parce que j’adore ça aussi, mais il manque quelque chose. Il y a quelque chose à faire qui n’a pas été fait et j’en suis très très content. En plus les retours sont globalement très bon. A part quelques chroniques, après ça ne peut pas plaire à tout le monde, c’est un peu particulier. Après les retours en termes de ventes, bon il y a la distribution qui joue beaucoup mais pour l’album, on a fait 1000 digi, 300 LP et c’est sold-out depuis 1 mois, 1 mois 1/2. Donc on a repressé des cds et des vinyles. J’en discutais avec Chris notre sondier, les groupes qui arrivent à faire plus de 1000 cds, c’est cool et c’est qu’il se passe un truc. Le boulot de diffusion y est pour beaucoup, le label a vraiment assuré en terme de promotion et distribution. On a 1 ou 2 attachées de presses qui bossent au label pour nous et qui font de l’excellent boulot. Après tu peux avoir le meilleur album du monde, si personne n’en parle tu ne le vendras pas. Et en l’occurence ils ont mis vraiment les moyens et les retours sont hyper cool.

MF : Donc sur l’album, les pistes sont toutes liées entre elles avec ce sample de pluie. Est-ce que c’est liée au concept de l’album?

FT : Ben c’est un truc que je pensais pour le nom de Déluge. Je me suis pas dis de suite il faut qu’on s’appelle Déluge. J’avais pensé à des structures et des ambiances et c’est venu naturellement. Il y avait des grosses nappes de guitares, une batteries soutenues, des aérations de temps en temps avec des parties plus posées. Mais je me suis dis, globalement il faudrait que tu te fasses jamais chier et que quand ça se calme tu sois encore captivé, que tu récupères les mecs et que derrière tu leur en remettes plein la gueule et c’est venu naturellement. Déluge de guitare, déluge d’intensité, déluge de mélodie, ben je me suis dis que je pourrais appeler ça Déluge. C’est venu un peu comme ça. On a vraiment fait le projet autour de ça, l’eau c’est un élément assez intéressant et qui apporte plein d’aspect. Ca peut être la colère, une pluie torrentielle après t’as une bruine pour un dimanche un peu pluvieux. Tu vois c’est des émotions fortes qui correspondent toujours aux paroles et aux mélodies. On s’est bien cassé la tête sur le concept. Ce n’est pas vraiment un concept album mais ça pourrait l’être dans le sens où… J’ai une anecdote là dessus quand j’ai composé les 3 dernières pistes, on est arrivé avec Max en studio avec les pré-prods et lui avait écris 3 textes. Et je ne suis même pas sûr qu’il avait écouté les pré-prods et il est arrivé avec 3 feuilles A4. On a posé les feuilles, je lui ai fait écouté les morceaux et sans se parler, j’ai regardé les paroles et on a avancé comme ça. On a fait 1 ou 2 écoutes et au final on s’est dit ce texte, ça ira avec cette piste. Et on était d’accord du premier coup. Sans avoir même écouté les morceaux en instru, les paroles collaient parfaitement aux ambiances et c’était super marrant. Donc voilà, le lien c’est que ça colle à la peau du projet. Que ce soit sur album ou sur scène, où il y a pas mal de concert où on n’a pas d’applaudissement avant la dernière note. La première fois c’était super déroutant à Rouen. A la fin les mecs étaient complètement fou, mais au départ tu te dis merde, qu’est ce qui se passe. Il n’y a pas eu un applaudissement entre les pistes, pourtant il y a quelques arrêts avec ce sample de pluie qui captive encore les gens où ils se disent, c’est fini ou on attend un peu. Enfin ça fait vraiment partie du projet, c’est pas un concept album mais ça fait partie intégrante du truc.

MF : Sur l’album il y a un feat avec Neige de Alcest, ça s’est passé comment?

FT : Et ben en fait j’ai commencé à écouter Alcest et je comprenais pas pourquoi il y avait cet engouement et pour l’anecdote, c’est comme pour Booba, j’ai commencé par la fin avant de comprendre qu’il était dans Lunatic avant donc qu’il y avait un sacré lascar derrière ce qu’il fait aujourd’hui, même si il y a des trucs que j’aime encore aujourd’hui. Et ben Alcest c’est pareil, j’ai découvert sur la fin et j’avais un peu de mal avec ces parties très chantées, haut perchés dans le chant. Et j’ai remonté l’arbre généalogique et je suis tombé sur la réédition, je crois, du Secret où j’ai pris une rouste. Et j’ai décomposé les anciens albums et je comprends pourquoi ils en sont là actuellement. Ca a mis un temps fou à arriver et c’est un projet que j’ai beaucoup respecté parce que c’est des mecs qui ont tout compris dans le sens où ils partent du black ultra traditionnelle et ils évoluent à donf sans ce soucier de savoir si les gens vont les suivre. Et connaissant Neige, il n’a pas fait ça pour dire : « Là on a bluffé tout le monde, maintenant on fait autre chose. ». C’est vraiment un mec qui fait ce qu’il a envie de faire, mais ça fait plaisir de ce dire qu’il fait ce qu’il veut et que ce qu’il fait c’est cool. Et comme c’est un bon ami de Valnoir qui nous a fait le visuel et a qui j’avais filé les pré-prods avant qu’il bosse sur l’artwork. Comme je savais qu’ils se connaissaient bien, je lui ai demandé s’il pouvait faire écouter ça à Neige pour avoir son avis. Nous on voulait dynamiser un peu le truc. On avait trois titres qui étaient sur la démo, pas avec le même son, ni les mêmes arrangements mais je me suis dis que ça pourrait donner une nouvelle peau sur une piste. Les 2 autres pistes étaient déjà bien changé niveau prod, donc on n’avait pas forcément le besoin mais sur la dernière on n’avait pas grand chose et on s’est dit que ça serait cool. Il a écouté et il a adoré. Et du coup il a été super sympa et ça s’est fait très simplement. Il a fait ça de façon très pro et ça s’est fait comme ça en fait.

MF : Pour vous ça marche plutôt bien. Vous avez pas mal de dates. Vous avez fait Gojira, vous faites Textures ce soir. La machine est bien lancée?

FT : Ouais. Ca commence à bien prendre. J’ai eu une petite absence de dispo ces derniers temps et là je vais commencer à pouvoir faire le ménage et pouvoir remettre le paquet là dessus. L’idée c’est vraiment de s’entourer rapidement en terme de prod. C’est à dire de trouver une boîte de booking rapidement, de trouver un manager rapidement pour vraiment pouvoir se concentrer sur l’essentiel. Le fait d’avoir des gens qui bossent pour nous vont nous faire gagner du temps et surtout nous permettre de passer le niveau au dessus. A l’heure actuelle je fais tout, booking, imagerie, composition mais j’ai pas le temps en ce moment. Donc je garde un peu la main sur tout. Bon les mecs me rencardent sur des plans, ils donnent des idées, ils ont aussi des contacts, mais c’est toujours moi qui deal le truc et rien que ça, ça prend beaucoup de temps. Après avec mes anciens groupes, on était toujours à la recherche de dates. Là c’est quasiment que des réponses à des demandes, donc à des mecs qui nous veulent. Donc c’est super flatteur mais ça prend quand même du temps. Et on veut vraiment passer l’étape du dessus en s’entourant de pro dont c’est le métier et qui vont pouvoir nous consulter et nous proposer des trucs auxquels je n’ai pas forcément pensé pour aller dans le sens du projet. Je sais ce que je veux, mais je ne sais pas à moyen et long terme ce qu’il faut pour arriver à ces résultats là et c’est des mecs qui pourraient me filer plus qu’un gros coup de main.

MF : Pour l’instant vous rester dans la partie francophone. T’as pas peur qu’avec vos paroles en Français, vous ayez un peu de mal à sortir de la Francophonie?

FT : Je ne sais pas trop. Je sais que l’album est distribué quasiment dans le monde entier grâce aux Acteurs de l’ombre, qui passent par Season Of Mist pour l’Europe et d’autres distributeurs en Scandinavie, au Japon ou aux Etats-Unis. Bon après le Québec n’est pas le bon exemple mais on a un super retour là-bas donc ça va dans ton sens, mais on a apparemment aussi un bon retour en Scandinavie, notamment en Norvège, donc c’est très flatteur. Apparemment le Japon, ça marche bien aussi, bon le Japon dès que t’es Français avec 3 poils, tu fonctionnes à donf (rires). Mais je ne sais pas trop. Il y a plein de chose autour. C’est vrai que les paroles, c’est très important pour nous, mais je pense qu’on peut s’y retrouver aussi parce que sur scène on propose quelque chose d’un peu particulier, qui va aussi évoluer. C’est vrai que quand tu ressors, t’as vu un truc que t’as pas beaucoup vu parce que les lights sont un peu particulières mais je pense qu’il y a possibilité de s’y retrouver sans comprendre les paroles. Ou alors chercher un peu les traductions comme ça se fait chez nous. C’est vrai qu’on a fait beaucoup de France, on a fait un peu la Belgique, la Suisse. On va peut-être faire l’Allemagne bientôt mais je pense que ça ne sera pas bloquant parce qu’il y a un peu plus que les paroles. Après c’est sûr que si tu ne traduis pas les paroles tu perds quelque chose, mais je pense que l’expérience est quand même là.

MF : J’ai quasiment terminé et on vient d’en parler un peu. C’est quoi le futur pour Déluge?

FT : Ben comme je l’ai dis c’est de s’entourer le plus rapidement possible pour passer l’étape suivante et continuer à soutenir l’album parce que là, niveau composition on a le temps, et je pense qu’on ne tourne pas assez. On a quelques belles dates mais on a de la disponibilité et on a envie de défendre ça. Même sur scène on ne joue que 60% de l’album donc on a encore beaucoup à faire. Donc voilà, la priorité c’est de tourner à donf. Et on verra d’ici quelques temps. On a déjà quelques idées de riffs. Je suis assez curieux de voir aussi ce que ça va donner. J’avais des idées pour l’album de prendre un peu à contre-pied la scène en faisant quelque chose de très moderne et je me dis qu’on pourrait prendre à contre-pied notre album mais on ne sait pas trop encore. Il y aura peut-être aussi une part plus importante des lascars pour la compo mais je ne sais pas trop ce qu’il en sera, mais on a vraiment envie de défendre l’album, parce qu’il y a un bon gros bloc à défendre et qu’on veut jouer. On avance beaucoup sur le live pour développer un set unique. On l’a déjà un peu mais on veut vraiment passer les étapes du dessus pour le live avec des moyens techniques plus importants. On a plein d’idée et on est en train de réfléchir à ça en ce moment, mais je pense clairement qu’on ne tourne pas assez.

MF : D’accord. Et bien j’ai terminé. Si tu veux ajouter quelques choses?

FT : Merci beaucoup Julien. J’ai passé un excellent moment sur scène. Je suis très égoïste parce qu’apparemment c’était un peu froid.

MF : Ouais, il y avait pas grand monde aussi, mais c’était un bon concert quand même. Le son était pas forcément top mais c’était cool.

FT : C’est vrai?

MF : Ouais ça manquait de définition sur les grattes.

FT : Ouais on m’a dis qu’au début c’était la catastrophe mais que vers la moitié ça s’est amélioré.

MF : Ouais c’est ça. Enfin c’était cool.

FT : Merci. Je suis de plus en plus égoïste là dessus, même si je ne vois pas de mecs bougés et qu moi je passe un bon moment, c’est cool. Et même si les mecs sont à fond, des fois je me fais chier (rires).

MF : Et ben merci encore.

FT : Merci à toi.