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Alors que le groupe était pleine tournée promo, j’ai eu l’occasion de discuter un peu, beaucoup, avec Jona de Coilguns à propos entre autre de leur nouvel album Millenials.

MF : Salut Jona. Ça fait presque 2 ans que Coilguns était endormi. Ça doit faire du bien de enfin défendre ce nouveau disque.

Jona : Ouais c’est clair. On a fait 2 concerts en 2016, mais en 2017 on n’a rien fait jusqu’à la fin de l’année où on a fait 5 concerts pour annoncer la sortie du disque. Et ouais ça fait forcément du bien. Parce qu’on a tous eu un peu développé nos carrières à côté avec d’autres projets et du coup on est revenu avec une énergie qu’on n’avait pas avant. Avec vraiment l’envie de mettre nos vies à la poubelle pour ce groupe quoi. Avec donc toute la compréhension et l’expertise pour savoir comment ça fonctionne de sortir des disques avec un groupe. Et c’est vrai que l’arrivée de Donatien, le quatrième membre, il y a vraiment une énergie et une cohésion de groupe qu’on n’avait pas avant. Genre là on est tous d’accord de plonger les pieds en avant dans le vide de la vie de clochard (rires). Mais c’est assez beau quoi, c’est une belle énergie. C’est hyper bien quoi.

MF : J’imagine. Tu viens d’en parler, Donatien a rejoint le groupe. C’est quoi qui a motivé son intégration ?

Jona : Quand on écrit Millenials, on a ajouté pas mal de synthé en fait. Pas de son de science-fiction mais plutôt des grosses basses. Et finalement avec le son qu’on avait sans bassiste, et seulement le son guitare / basse, il nous manquait de gras. On voulait aussi avoir plus de backing, quelques éléments percussifs aussi. Et Donatien, c’est quelqu’un qu’on connaissait parce que je jouais dans un autre groupe avec lui, il est multi instrumentiste aussi et qui est aussi un sacré numéro en termes de disponibilité on va dire. Lui aussi était disposé à mettre sa vie de côté pour faire partie du groupe quoi. Donc ça s’est fait assez naturellement finalement.

MF : D’accord. Après pas mal d’écoute de Millenials. J’ai un peu l’impression qu’on se retrouve dans une sorte d’hôpital psychiatrique où tu rencontres des mecs qui sont complètement paumés dans le truc. Est-ce que le fait d’être enfermé comme ça dans cette cabane en Allemagne pour composer a donné ce côté fou ?

Jona : Euh ouais. C’est marrant comme image. C’est quelque chose qui est assez ressorti. C’est soit un album assez patchwork qui n’a pas vraiment de sens, avec des morceaux qui n’ont pas vraiment de fin, ce qui est le cas d’ailleurs. Et puis il y en a d’autres qui après plusieurs écoutes trouvent qu’il y a un fil rouge au milieu de tout ça. Pour nous c’est difficile à dire. On voulait faire un truc assez tribal et qui foutait vraiment les jetons. Qui faisait vraiment peur…

MF : On est en plein dedans.

Jona : Voilà. Nous c’est comme ça qu’on s’est lancé là-dedans. Mais on ne s’est pas dit : « Il faut que ce soit un truc frénétique dans un hôpital psychiatrique où on se tape la tête contre les murs ». On voulait que ce soit massif, tribal et puis que ça foute les jetons. Une des influences principales pour ce disque, en tout cas pour moi, c’est quand j’ai découvert Terra Tenebrosa, le premier album, tu vois vraiment très sombre mais pas violent au sens Metal du terme. Quelque chose de noir, d’oppressant, presque indigeste quoi. C’était assez la volonté de faire ça quoi. Après c’est marrant de savoir comment chacun le reçoit.

MF : Ouais. Du coup c’est vrai que les retours sont globalement bons, il y a quelques belles perles aussi. Vous êtes quand même content des retours qui arrivent sur l’album ?

Jona : Carrément ouais. Rien que le fait que des gens prennent le temps de l’écouter et d’écrire dessus, c’est vraiment super. Ceux qui comprennent le propos, enfin qui le reçoivent comme on essaie de l’envoyer, c’est magnifique. Mais tu peux pas demander à tout le monde que ce soit le cas. Après, si c’est vraiment gratuit. On a eu le cas d’un journaleux, qui passe la moitié de la chronique a parlé de nos coupes de cheveux et qui nous fait passer pour un groupe de Indie Rock, c’est pas très intéressant quoi.

MF : C’est sûr.

Jona : Après le mec qui est là : « C’te zik, ça me parle pas tellement, mais en plus c’est vraiment indigeste, mais je peux pas dire que c’est de la merde parce que ça sonne bien et ils ont l’air de bien jouer. Mais en fait moi ça me déprime d’écouter ce disque ». Ben c’est super parce que c’est ça qu’on voulait faire.

MF : Et surtout c’est argumenté.

Jona : Exactement. Donc du coup globalement, assez content des retours. Déjà parce qu’il y en a pas mal. Ça fait déjà plaisir (rires). Il y en a beaucoup d’excellent et beaucoup de mauvais ou en tout cas…

MF : Qui n’ont pas accrochés au truc…

Jona : Ouais, pas qui ne saisisse pas le propos, mais qui ne sont pas pour en tout cas.

MF : Habituellement, c’est toi et Luc qui composé tout pour Coilguns. Est-ce que le fait d’être enfermé à 3 a permis de donner un peu de place à Louis pour apporter ces idées ?

Jona : Ouais beaucoup. Parce qu’en fait depuis qu’on a fait une pause avec Coilguns, on n’a pas fait d’album depuis 2013 tu vois. Ben Louis, il a extrêmement développé son activité de producteur entre guillemets. Il a produit beaucoup de disques, développé une certaine patte, en enregistrant tout en analogique, de tout produire sur des enregistreurs cassettes 2 pistes. Il a vraiment développé son truc et aussi son projet solo, qui est vraiment un projet à chanson quoi. Et ça c’est un truc qu’on a profité. Peut-être que ça s’entend pas forcément (rires), mais c’est en fait vraiment des chansons qu’on a écrit. Après c’est vrai que souvent, il n’y a pas de fin (rires), mais il y a clairement des couplets et des refrains pour nous. Après ça peut être occulte la façon de le percevoir, mais pour nous, on a vraiment écrit des chansons et sans l’apport de Louis ça aurait été jamais fait. Avant j’écrivais des riffs, Luc posait sa batterie dessus. On faisait des pré-prods et Louis mettait sa voix. Même au niveau des paroles ça a eu des conséquences, parce qu’on ne rejoue pas de vieux morceaux, parce que Louis ne s’identifie plus tellement avec les paroles de ce moment-là.

MF : Ok

Jona : En tout cas tout ce qui est avant Commuters, il n’est plus dans cet esprit-là… Comment dire. Là c’est vraiment un tout. Quand on jammait avec Luc, Louis était là. Il faisait vraiment un boulot de producteur. Il disait : « Tiens ce plan, là, il faudrait encore le tourner… », « Peut-être que c’est bien de rester dans cette atmosphère-là, plutôt que de mettre un riff frénétique… ». Mais c’était la première fois qu’on écrivait à trois et ça a donné ce disque, qui est quand même un peu différent de ce qui faisait avant.

MF : Ben il est différent, mais on retrouve quand même cette petite identité que vous aviez déjà. Alors peut-être pas avec l’EP avec Abraham qui était un peu plus rock…

Jona : Qui était le presque faux pas de notre discographie (rires).

MF : Ah non, pas un faux pas. Il est vraiment bien ce split. Mais il est assez différent de Commuters et Millenials. Mais on retrouve quand même cette patte, enfin le mec qui connaît le groupe arrivera à reconnaître ce que vous faites.

Jona : Ça c’est vraiment chic en tout cas. Nous on le vois différent. C’est vrai que Commuters, c’était un peu l’option de jouer plus vite et de ressembler plus à Converge ou à Dillinger. Là on a décidé de ne pas faire ça. Parce que c’est pas ça qu’on avait envie de faire et aussi parce qu’on voulait pas aller plus loin que nos capacités tu vois. On pouvait pas écrire un disque qui allait encore plus vite. C’est quelque chose que physiquement on ne saurait pas faire tu vois (rires). Ça paraît peut-être ridicule pour les mecs qui écoutent du Death ultra technique, mais même quand on réécoute Commuters pour rire, ben on ne comprend même pas pourquoi on a joué ces trucs tu vois (rires). Donc il y a un truc plus groovy dans ce nouveau disque.

MF : Ouais. Et donc comme tu l’as dit, vous avez tout enregistré sur des bandes analogiques. C’est le fait que Louis bosse dessus tout le temps qui vous a fait choisir cette solution ou c’était pour coller avec la musique qui était là ?

Jona : Non, c’était un truc très naturel. On s’est dit qu’on voulait faire ce disque ensemble. Ça faisait un moment qu’on voulait faire ce disque et on n’avait pas le temps, parce qu’on a tous plein de projets et que du coup on fait ça à temps plein dans nos vies la musique. Du coup on est obligé de se fixer des périodes de travails tu vois. On ne peut pas se retrouver une fois par semaine au local pour répéter et écrire des morceaux, ça ne marche pas. Du coup on s’est dit, on arrête ce mois et on fait ce disque tout seul. Louis sait enregistrer des disques, il y avait aussi une histoire de budget dans l’affaire. Il avait envie de faire ce disque et il bosse avec des bandes. Moi, j’ai récupéré un vieux 16 pistes à bandes. Pas vraiment un super deluxe. Un 16 pistes Tascam, vraiment cheapos et on s’est dit qu’on allait le faire comme ça. Et c’était très bien parce que pendant trois semaines on a écrit, bougé des micros, testé différentes techniques de prises de sons. Et puis pendant une semaine on l’a enregistré et mixé. Pis ces trois semaines-là étaient hyper bien parce que tu rentres pas dans les pré-amps d’un 16 pistes à bandes comme tu rentres dans les pré-amps d’une console numérique. Et c’est ça qui a donné ce grain si particulier au disque. Tu peux penser qu’il sonne bien ou qu’il sonne pas bien ou que c’est de la merde ou pas. Ce qui est sûr, c’est que soniquement parlant, il a une identité, il a quelque chose à raconter tu vois…

MF : Ouais. Je trouve que ça aide beaucoup à l’écoute de l’album…

Jona : Ah ouais ?

MF : Ouais.

Jona : Trop bien.

MF : Je trouve que ça colle très bien avec l’ambiance des morceaux. Ce côté un peu roots, à l’ancienne de l’enregistrement, je trouve que ça colle vraiment bien.

Jona : Ça c’est hyper bien à entendre parce qu’on l’a vraiment mixé pendant qu’on l’écrivait en fait. On essayait différents micros, différentes guitares, donc je suis assez rassuré d’entendre ça. Je te cache pas que quand on a signé avec ce management, Aisa, on leur a dit qu’on aimerait signer sur tel ou tel label, les trucs plutôt ricains évidemment. Ben eux nous ont dit : « Là c’est vraiment sans compromis la direction que vous avez prise, c’est cool, c’était peut-être bien il y a quinze ans, mais si vous voulez attaquer sur des gros trucs, il faudrait sonner un peu plus rond ou un peu plus flatteur » tu vois. Et pis du coup on a quand même fait faire des masterings, qui arrondissaient un peu les angles, qui sonnaient un peu plus ricains, un peu plus fat tu vois. Et finalement on était bien content que personnes ne veuillent signer ce disque parce que du coup, si c’est nous qui le sortons, on a le droit de prendre les risques qu’on veut. Donc ça fait toujours plaisir d’entendre que ce son-là, en tout cas pour toi, il colle à ces morceaux tu vois.

MF : Totalement. Si je me plante pas, il n’y a que le master du vinyle qui est fait par Magnus Lindberg. Pourquoi ne pas avoir gardé le même master pour tout ?

Jona : Et ben, le vinyle c’est quand même un peu une science occulte. Si tu veux il y a des fréquences qui ramassent beaucoup plus que d’autres et des effets qui peuvent être complètement smashé sur le vinyle ou qui peuvent ne pas être reproduits comme telle. C’est pour ça que tu dois toujours faire un mastering vinyle et un mastering cd ou digitale. Et là, on était content du master à Louis, mais comme on ne pouvait pas le modifier, parce qu’on a tout fait sur place avec une console analogique qu’on a loué, on n’était vraiment pas sûr qu’il passe sur vinyle. Et il y a personne pour te le dire, donc on aurait été obligé de faire un test press et ça nous aurait couter 500€ de plus, juste pour faire le test…

MF : Et au final se rendre compte que ça va pas…

Jona : Et aussi prendre du retard dans la prod donc on s’est dit : « bon… ». Ce qui est un peu dommage, parce qu’on vend des vinyles et on a choisi ce mastering à Louis. Mais finalement le mix est tellement agressif que même avec le mastering un peu plus rond à Magnus, si tu veux sur vinyle il est quand même ultra agressif, donc moi ça me va très bien comme ça. Mais c’est vrai que sur Commuters, je sais pas si tu as déjà fait attention, mais la version digitale dure 50 minutes et la version vinyle, on l’a réduite à 42 minutes ou quelques choses comme ça. On a coupé des interludes et en gros on 22 minutes par face et le mix est… Enfin il est super, mais c’est à s’arracher la tête. Il y a des murs de guitares dans le visage. Tous les mediums, et la batterie qui disparaît… Pis là on s’est dit que pour ce disque, on prend moins de risque et on fait un truc un peu plus rond et doux.

MF : Ok. Sur vos 2 précédentes sorties, vous aviez des invités. Est-ce que c’est parce que vous vouliez vous retrouvez vraiment tout seul sur cet album ?

Jona : Je crois ouais. C’est marrant parce qu’on n’y a pas pensé avant. Là où on était, perdu en Allemagne, on pouvait pas vraiment invité des copains tu vois.

MF : Après la façon dont vous avez enregistré ne permettais pas de le faire après.

Jona : Ouais, mais on ne s’est même pas posé la question. On a dit qu’on voulait faire ce disque les 3, parce que Donatien n’était pas là à ce moment-là. Puis on a loué cette baraque et on a tout fait comme ça. On s’est pas dit : « Tiens on pourrait inviter ci, on pourrait inviter ça… », mais il y a pas eu de réflexion particulière, ça s’est fait naturellement.

MF : On en a parlé un tout petit peu tout à l’heure. Tout l’album est autoproduit. Est-ce que tu penses que le fait de faire de la musique que personne ne fait vraiment à côté, a été un frein pour signer sur un label ?

Jona : Oui ! Absolument, mais peut-être pas dans le bon sens du terme parce que j’ai envie de croire que quand t’es vraiment unique et… je recommence (rires). En fait c’est un peu du quitte ou double quand tu fais ça. Soit tu continues dans le chemin que t’as choisi et si tu peux exploser, si on peut parler d’exploser dans cette scène, ben tu prends le devant de la scène. Mais si vraiment c’est trop bizarre et que tout le monde s’en fou, ben tout le monde s’en foutra. C’est un peu le principe de l’investissement, ton gain ou ta perte est à la hauteur de ton investissement. Et après ce qui nous a empêché de signer dans d’autres labels, surtout dans les labels chez qui on voulait signer, c’est qu’on ne respecte pas beaucoup de code. Je ne dis pas que ce qu’on fait est hyper original, tu vois. Je dis juste qu’on n’est pas super Doom, on n’est pas super Black Metal, on n’a pas non plus un visuel qui est très codé. On n’a pas un visuel très Hardcore ou Black Metal. On n’a pas des coupes de cheveux qui sont très Hardcore ou Black Metal (rires). On ne respecte pas beaucoup de code et on ne fait pas ça pour être original, on est juste ce qu’on est quoi. Ça c’est une chose. Et peut-être aussi, ça je l’admets volontiers, Millenials, c’est pas encore… C’est sans doute le meilleur disque qu’on ait fait jusque-là, au niveau cohésion de groupe et énergie. Mais je pense pas qu’on soit au top de la composition tu vois. Pis peut-être que ces mecs-là, ils auraient peut-être passé sur le fait qu’on n’a pas de code et qu’on est dur à caler dans une scène, s’ils avaient eu ce petit truc en plus dans les compos. Pis j’ai l’impression qu’on peut définitivement faire mieux, donc je ne trouve pas que ce soit illégitime qu’on soit signé ailleurs.

MF : Après tant que le reste marche et que ça suit derrière.

Jona : C’est ça. Après on retourne dans un processus hyper naturel du coup. Personne ne voulait sortir ce disque, pis en fait on a tout fait nous-même. On a fait l’artwork, tout ça. Ça a permis de rebooster un peu le label aussi et d’avoir un nouveau fonctionnement pour avoir une structure capable d’accueillir un groupe comme Coilguns, qui est finalement plus gros que le label. Et là le prochain disque, attention scoop.

MF : Ouh !

Jona : Ouh la la (rires). On a déjà booké un studio pendant pour Janvier, parce qu’on n’a pas envie d’attendre 5 ans cette fois entre les deux. Donc l’idée est de sortir un disque pour fin 2019. Mais cette fois on ne va pas se dire, on a un mois et il faut qu’on sorte un disque. On a réservé le studio, on va passer un mois à l’écrire. Si on a le temps de l’enregistrer parce qu’on est content des compos, on le fera. Si ça va pas, on reprendra 10 jours de studio 2 mois plus tard pour terminer ça.

MF : D’accord.

Jona : Et j’ai l’espoir aussi avec l’entourage professionnels qu’on a autour du groupe… Si tu veux, on a enfin un entourage professionnel en qui on a confiance. C’est un vrai entourage qui sont déjà qui ont du réseau et qui font des choses, qui accompagnent des groupes, surtout beaucoup plus gros. Donc ça va être bien d‘avoir ce regard externe sur le groupe. On ne parle pas de quelqu’un qui va te dire que ton refrain n’est pas bien ou qu’il faut que tu changes ta ligne de guitare, mais des gens qui auront un avis sur lequel on peut compter et qui nous dira : « Là, ça sent le rush votre affaire ». Pis c’était ça la conclusion, ils ont bossé avec nous sur Millenials et ils disent : « Ouais c’est super, mais ça sent quand même l’arrache quoi ». Ben ouais, on a fait un putain de disque en un mois tu vois.

MF : Ben ouais.

Jona : On a commencé à écrire, jour 1 et on a fini, mixé, masterisé, jour 31. Donc voilà.

MF : C’est sûr que ça fait un peu speed pour tout caler.

Jona : Donc on s’en sort bien au final.

MF : Mais après c’est un beau challenge de se dire, on fait ça en un mois quoi.

Jona : C’était un beau challenge et là où c’est le plus marquant, c’est que ça a été une belle expérience humaine. Parce qu’on n’était que les 3, c’était paumé au milieu de rien. Je veux dire on a pris 2 douches sur le mois, je veux dire littéralement (rires). On se levait le matin, on se faisait à manger ensemble, pis on parlait du disque, on parlait de nos envies dans la vie. Il y a pas mal de trucs sur ce disque qui sont liés aux discussions qu’on a eu là-bas. Que ce soir sur le DIY, sur le punk, sur comment faire des disques, sur toutes ces choses tu vois. Et ça c’est l’exemple un peu cliché, pour imager mon propos, ben le dernier morceau, The Screening, ben si tu lis ces paroles, tu vas trouver des restes de frigo et d’oeuf au plat et de saucisse dans les paroles (rires). Parce qu’on mangeait que ça et que le frigo était rempli de nourriture (rires). Après c’est quand même plus profond que ça mais en gros, c’était magique. Et surtout on a vu qu’on pouvait faire un disque nous-même, que ce soit chic et puis pour Louis, qui a plus l’habitude de faire des trucs Lo-Fi. Tu vois, j’avais pas vraiment envie que mon album sonne comme un aspirateur (rires) alors que ça peut très bien se faire pour d’autres trucs qu’il fait. Ben en fait, ça sonne presque grosse prod.

MF : Carrément.

Jona : On peut dire qu’on a tout fait avec du hardware dégueulasse, qui coûtait rien du tout. Et quand on faisait les exports sur les bandes et qu’il fallait enlever les décomptes de charley au début des morceaux, ben on devait muter toutes les pistes manuellement à 3 et tout rouvrir en même temps. Ça n’avait aucun sens (rires). On a ouvert un ordi, et c’est pas une légende, pour exporter tout le mix pour faire un mastering après. On a tout fait sans ordinateurs avant.

MF : C’est cool.

Jona : C’était chic (rires).

MF : Vous sortez d’une belle tournée un peu partout. Il y en a une autre qui va arriver en Irlande. J’imagine que niveau concert, tout se passe bien aussi ?

Jona : Oui. Les concerts sont super. On a joué devant du monde tout le temps et c’était agréable quand ça fait 4 ans que t’as pas tourné avec un projet. On a vendu beaucoup de disque et tu voyais qu’il y avait des gens qui venaient parce qu’on avait sorti Commuters en 2013 et qu’ils nous ont connus à ce moment-là. C’était vraiment bonne vibe. On ne jouait pas devant des centaines de personnes mais le feeling est bon. Même les lundis il y avait du monde. On a fait des headlines sur quelques festivals punk, à 3, 400 personnes. On fait ça step by step quoi. Gentiment (rires). Et c’est assez agréable d’avoir de la visibilité là-dessus.

MF : Ouais c’est cool. Je sais que vous ne vous arrêtez jamais, donc je suppose que le but va être de jouer un peu plus loin que l’Europe ?

Jona : Ça fait depuis la création de ce groupe qu’on aimerait aller aux Etats-Unis. Mais il y a aussi une réalité, pas financière, mais plutôt du marché. Où on pourrait très bien aller tourner en Chine, en Russie, dans des endroits où on est déjà allé avec d’autres projets, mais c’est moins pertinent. Du coup les US c’est vraiment un endroit où il faut qu’on aille, d’autant que je suis persuadé que c’est un groupe qui fonctionnerait bien là-bas…

MF : Je pense ouais.

Jona : Mais c’est tellement compliqué d’y aller. Pour des histoires de visa de travail qui coûte très cher. Du coup t’es quasi sûr d’y aller à perte. Donc la question est-ce qu’on investit ça et on fait une tournée à l’arrache comme des punks, ou est-ce qu’on attend un petit peu et on monte le profil du groupe de façon un peu plus solide. En tout cas c’est ce que les gens avec qui on bosse et nous même avons envie de faire. On veut pas arriver là-bas par la grande porte tu vois, mais on veut pas arriver comme des clodos quoi. Donc le disque est distribué aux Etats-Unis, avec le label. Donc on a de la promo qui se fait là-bas et c’est super. Maintenant on ne va pas y aller sur un coup de tête et c’est fort possible qu’on attende de sortir le prochain avant d’y aller. En espérant qu’on ait les partenaires idéales pour y aller. Le but c’est vraiment de tout cramer…

MF : De faire les choses bien aussi.

Jona : C’est ça. Le but c’est de foutre nos vies à la poubelle pour ce groupe. Quand on a recommencé, j’ai demandé au zinzin : « là si on part, si on fait le plan qu’on a défini avec Aisa, c’est un plan sur 3, 4 ans ». Et tout le monde a dit oui. Mettre nos vies à la poubelle, c’est super. Ça impliquait aussi d’emprunter beaucoup d’argent. J’ai la chance d’avoir des parents à qui j’ai pu emprunter de l’argent pour presser ce disque, parce que c’est nous qui l’avons pressé, même si on a le label. Represser tout le back-catalogue pour avoir un beau merch, refaire de la promo, enfin toutes ces conneries tu vois (rires). Et maintenant il faut que la machine tourne et surtout on a une chier de plaisir à faire ça et on va se donner corps et âmes et faire pour que ça marche quoi.

MF : Du coup moi j’ai fini. Si tu as un petit mot pour finir.

Jona : Ben le mot du moment c’est chien. Qu’on a transformé en kiens, à l’Italienne. C’est pas exactement ça (rires), mais c’est notre nouveau mot (rires).

MF : C’est sympa comme mot de la fin (rires).

Jona : Je suis désolé, mais pour nous c’est chien tout le temps (rires).

MF : Et ben merci.

Jona : Merci à toi.

En pleine tournée pour les 10 ans de Precambrian, j’ai eu l’opportunité de discuter avec Robin à propos de ce qui se passe chez The Ocean.

MF : Salut Robin. Pelagial est sorti il y a 5 ans maintenant et il y a eu pas mal de changement dans le groupe. Comment se sent le groupe actuellement ?

Robin : Vraiment bien !

MF : Ah ouais ?

Robin : Mieux que jamais. On est vraiment très heureux de revenir sur scène. On a pris un peu de temps après… En fait ces 2 dernières années, nous n’avons quasiment pas tourné. La dernière grosse tournée remonte à 2016. On a tourné en Amérique du Sud puis en Australie, mais même cette année-là, on n’a pas fait grand-chose. En 2017 on n’a pour ainsi dire pas jouer avec seulement 3 concerts. Tout le monde a pris du temps pour faire d’autres choses et c’était vraiment nécessaire. Parfois tu te dois de prendre du recul et te demander si tu veux continuer à faire ça, et surtout pourquoi. Et je pense que tout le monde à trouver sa réponse et on est super heureux maintenant de travailler sur le nouvel album. Cette tournée pour Precambrian nous coupe un peu dans l’élan, parce qu’elle n’est pas vraiment bien placée tu vois. On est en plein milieu de l’enregistrement et on s’est mis une deadline assez serrée, et au milieu de ça, il faut répéter un album qui a 10 ans et qui n’est pas évident à retranscrire en live. C’était un peu fou dans un sens, mais on a réussi à le faire fonctionner et ça fait du bien de jouer quelques concerts, de sortir du studio et d’être dans un environnement de tournée de nouveau. Donc oui, tout le monde est dans un bon état d’esprit.

MF : Parfait. Vous êtes donc au milieu de la tournée anniversaire pour Precambrian. Comment t’es venu l’idée de faire cette tournée ?

Robin : Et bien, je ne suis pas forcément pour ces tournées anniversaires. A un moment donné, tu peux faire des tournées anniversaires tous les ans, tu vois. On pourrait faire une tournée pour les 5 ans de Pelagial ou faire une tournée pour les 10 ans des Centrics dans 2 ans. Je pense que c’est un peu facile à faire, mais Precambrian est vraiment l’album qui a le plus gros ressenti parmi nous. Je pense que c’est l’album qui a été le plus important dans la définition du notre son, même si c’était avant que Loïc ne rejoigne le groupe. Je pense que la deuxième partie, Proterozoic, que nous jouons a tracé le chemin qu’allait suivre The Ocean pour les années suivantes. Et je pense que beaucoup de fans le perçoivent de la même façon. On voulait donc vraiment le faire, parce qu’on ne l’a jamais joué live à l’époque. C’était aussi un vrai challenge. Il y a une raison pour laquelle on ne l’avait jamais fait, c’est parce qu’il y a des morceaux qui sont très dur à faire fonctionner en live. Mais j’avais le sentiment qu’il fallait essayer ça avec le line-up actuel du groupe. Et le fait que le nouvel album sur lequel on travaille actuellement est dans la continuité conceptuel d’où s’était arrêté Precambrian, c’est en fait l’ère géologique suivant le precambrien, on voulait donc faire la connexion entre le passé et le futur en gros.

MF : Ok, c’était ma prochaine question (rires).

Robin : Oh, désolé.

MF : C’est pas grave. On a pu entendre la nouvelle version de Rhyacian avec la voix de Loïc. Cela donne une approche différente au morceau, plus mélodique. Est-ce que c’est une sorte d’avant-goût de ce que va être le nouvel album ?

Robin : Je crois que cette version de Rhyacian donne une bonne idée de ce qu’est le son de The Ocean en 2018. C’est un vieux morceau, mais d’un autre côté, avec cet enregistrement et ce line-up, il revient dans de nouvelles conditions et de nouvelles circonstances. Bon, on a toujours eu des voix mélodiques depuis l’arrivée de Loïc et ça ne va pas changer. Il y aura beaucoup de voix mélodique sur le nouvel album. Le nouvel album sera également vraiment très lourd et ça va vraiment se connecter avec les morceaux récents de Pelagial avec les anciens

MF : Ok. Vous êtes donc en plein enregistrement pour Phanerozoic. Je suppose que ça va être un concept album ?

Robin : Tout à fait.

MF : Est-ce que tu as déjà des idées sur ce qu’il va parler ?

Robin : Comme je l’ai dit, c’est l’ère juste après le précambrien, donc on va continuer là où Precambrian s’est arrêté. En gros, c’est le lien manquant entre Precambrian et Heliocentric pour ainsi dire. Conceptuellement cela va être un gros album parlant du concept du temps, vu sous différents angles, et il va être séparé en 2 parties. La premières, qui sortira le 2 Novembre, s’appellera Phanerozoic I. Et la seconde partie devrait sortir à la fin de l’année 2019 et sera un peu plus expérimental musicalement. On va explorer des territoires que l’on n’a jamais vu par le passé, alors que le premier sera donc le lien entre Precrambrian et les morceaux plus récents comme le ré-enregistrement de Rhyacian ou le morceau The Quiet Observer. Enfin les dernières choses qu’on a sorti quoi.

MF : Ok. Est-ce que c’est toi qui écrit toujours l’intégralité des morceaux pour The Ocean ou est-ce que tu laisses plus de liberté aux autres membres ?

Robin : J’ai composé la première partie tout seul. Sur la seconde, il y a 2 titres qui ont été composé par Paul et dans lesquels je n’ai rien à voir. Mais ils correspondent parfaitement au concept de l’album qui est plus expérimental et qui va dans d’autres directions. Loïc à toujours écris ses lignes de chant. On vient juste de terminer les premières sessions voix pour Phanerozoic, il y a une semaine et ça a toujours été la même approche. Loïc arrive avec sa ligne de chant, ses idées ou mélodies et ensuite j’écris des paroles par-dessus et on met ça en commun. Il a donc toujours été impliqué dans le processus créatif. Et c’est pareil pour les autres. Paul contribue énormément à l’aspect batterie des morceaux. Je n’ai programmé que des idées basiques pour la batterie, comparé à avant, parce que je sais qu’il va embellir la chose à sa façon. Donc tout le monde a été impliqué.

MF : Est-ce que tu peux me parler du choix d’enregistrer au Sundlugin studio en Islande ?

Robin : Pour être franc, ça s’est fait un peu à la dernière minute. A la base, on avait prévu d’enregistrer l’album dans la maison de mes parents. Ils ont une vieille maison médiévale du XVIème siècle à la campagne et on voulait faire ça là. Ils ont des pièces qui sonnent et j’ai toujours voulu faire ça là, mais ma mère est tombée gravement malade et on a dû annuler ça pour raison familial. Mais j’ai discuté avec Xie du groupe chinois Wang Wen, qui était en tournée à Berlin. C’est un groupe que je produits avec Pelagic. Je savais qu’ils avaient enregistrer dans ce studio en Islande, j’avais vu leur documentaire. Je lui ai donc demandé comment était l’endroit et il m’a dit qu’ils avaient vécu une super expérience et qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient en fait. Ils ont amené leur propre ingé. J’ai donc pris contact avec le studio en Janvier et je voulais enregistrer en Février, donc c’était vraiment de la super dernière minute. Ils sont revenus vers moi avec un créneau de libre et on est donc parti en Islande pour enregistrer. Et ça correspond parfaitement avec le concept de l’album. C’est un album très froid et très rude, et ça a été bénéfique de partir dans un environnement que l’on ne connaissait pas, surtout quand c’est avec autant d’inspiration naturelle autour. C’est tellement libérateur quand tu créés de la musique et que tu travailles intensément du matin jusqu’au soir. C’était juste parfait. On ouvrait la porte du studio et il y avait une magnifique cascade juste derrière le studio, ça nous a vraiment aidé à atteindre notre zone de créativité et à réaliser quelques choses de bien. La pièce est incroyable. C’est une ancienne piscine transformée en studio. Il y a donc des très hauts plafonds et c’est parfait pour avoir un son de batterie massif, parce que tu peux mettre les micros très loin. Ils également un énorme balcon au-dessus de la batterie et c’était ce son typée grosse pièce que nous cherchions. Il y a donc plein de raison qui nous ont poussé vers ce choix, et à la fin c’était la meilleure solution qu’on aurait pu imaginer.

MF : J’imagine. Est-ce que vous allez enregistrer juste la batterie là-bas ou le reste de l’album également ?

Robin : Non, on a juste enregistré la batterie et quelques orgues. Le studio appartient à Sigur Ros et ils ont ces vieux orgues que l’on a tout de suite vu et aimé. On a donc commencé à les utiliser pour l’album. C’est venu comme ça. Pour le reste, les basses et les guitares ont été enregistrées à Berlin et c’est Magnus de Cult Of Luna qui va les ré-amper. Et le mix sera fait par Jens Borgren, qui avait djéà bossé sur Pelagial, à la fin du mois de Mai.

MF : Parfait. Donc avec la sortie du nouvel album, j’imagine qu’il va y avoir des tournées de prévues

Robin : Oui. Il va y avoir une tournée à la fin Octobre, début Novembre, pour la sortie de l’album. L’album sort le 2 Novembre donc ça sera autour de ces dates, mais ça sera assez court. Il devrait y avoir une dizaine de dates. Mais on fera une plus grosse tournée européenne, probablement en Février ou en Mars.

MF : Ok. Tu as répondu à toutes mes questions, même si je ne te les ai pas posées. Donc si tu as un petit mot à ajouter ?

Robin : Et bien c’est à peu près tout. Acheter le nouvel album. On est très content de tourner avec Rosetta. C’est un groupe que j’aime beaucoup et je pense qu’on n’a pas mal en commun. Donc je pense que ça va être une bonne soirée.

MF : Et bien, merci à toi.

Robin : Merci !

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ENGLISH VERSION

In the middle of their 10 years anniversary Precambrian tour, I had the opportunity to chat with Robin about what’s going on with The Ocean.

MF : Hi Robin. Pelagial came out 5 years ago and there was quite some change in the band. How is the band felling right now?

Robin : Really good!

MF : Yeah?

Robin : Better than ever. We’re all really keen to be back to doing this. We took quite some time off after… Well basically the last 2 years, we haven’t been touring much. The last big tour we did was in 2016. We toured South America, then Australia again but even that year, we didn’t do that much. In 2017 we barely played any shows, just 3 shows last year. Every one took some time off to do different things and that was necessary. Because sometimes you need to take a step back and ask yourself if you really want to do this. And if so why. And I think everyone find an answer to that and we’re super keen now and very much into working on the new album. This Precambrian tour is kind of cutting in, because it’s not really good timing you know. We’re in the middle of working on the new record, we have a tight deadline that we have set to ourselves and in the middle, you have to rehearse a record you release 10 years ago and it’s not an easy record to play live. So, it was a little bit silly in a way, but we made it work and it’s also good to play some shows now and get off the studio and be in a touring environment again. So yeah everyone is in good spirit.

MF : Good. You’re in the middle of that Precambrian anniversary tour. How did you come up with that idea?

Robin : Well, I’m not usually into that anniversary thing. At one point, you can do an anniversary tour almost every year, you know. We can do a 5 years anniversary tour for Pelagial, Like a 10 years Centrics tour in 2 years. I think it’s a little bit of a cheap thing to do, but Precambrian is really the one record that we all still feel very strongly about. I think it’s the album that was very important for the definition of our sound, even if it was before Loïc join the band. I think that the second part of the album, Proterozoic, which we are playing set the path for The Ocean of the coming years. And I think a lot of our fans perceived it that way as well. So, we wanted to do this, and we never play it live back in the days. It was a challenge as well. There’s a reason why we’ve never done it, because there’s some track that are really hard to make work live. And I felt this make sense to try this now with the current line-up of the band, which is a lot more stable and better that it was back in the days. Also, the new record we’re working on, Phanerozoic, is continuing conceptually where Precrambrian left of. So, it is basically the following geological eon after the precambrian, so we wanted to also established that connection between the past and the future basically.

MF : Ok. That was my next question (laugh).

Robin : Oh sorry.

MF : It’s ok. We could hear a reissue of Rhyacian with Loïc vocals. It gives the song a different approach, more melodic. Is it a snippet of what will come for the new album?

Robin : I think that version of Rhyacian is a very good idea of the contemporary sound of The Ocean for 2018. It is an older track, but at the same time, with this recording and this line-up, it comes with new conditions and new circumstances. Well we always have melodic vocals since Loïc joined the band, so this is not going to change. There are gonna be a lot of melodic vocals on the record. The new record is gonna be a really heavy record and it’s gonna connect to the very recent Ocean material like Pelagial to the old ones.

MF : Ok. You’re in the middle of the recording of Phanerozoic. I supposed it will be a concept album?

Robin : Yes.

MF : Do you have any ideas on what it will talk about?

Robin : Like I said, it’s the next eon after the precambrian era. So, it continues where Precambrian left off, so it’s basically the missing link between Precambrian and Heliocentrics so to speak. Conceptually it’s gonna be a big record about the concept of time, from different angle. And it’s gonna be split into two parts. The first one is gonna be released this year on November 2nd, and its title Phanerozoic I. And the second part will be released in late 2019 and this part will be a bit more experimental on the musical side of things. A little more in territories we never explored in the past, while the first one will be the link between Precambrian and the present which is that Rhyacian rerecording or The Quiet Observer. The last thing we put out basically.

MF : Ok. Are you always writing all the stuff for The Ocean or did you let some liberty to the other members?

Robin : This record, I wrote by myself. The first half. For the second one, there are two tracks that Paul wrote, that I have nothing to do with, but I think they fit perfectly with the concept of that record that is more experimental and going in different direction. Loïc has always written his own vocal lines. We just finish the first vocal session for Phanerozoic, like a week ago, and it’s always been an approach where Loïc comes up with the original melodies, lines or ideas then I write lyrics to it and we bring it together so he’s always been involved in the creative process. And every one on their instrument, Paul is contributing a lot on the drumming side of things. I only program the basic drums as compared to the past, as I know he will embellished the things his own way. So, everyone has been more involved with this record than in the past.

MF : Can you tell me more about the choice of Sundlaugin studio in Iceland?

Robin : This was quite a short notice decision to be honest. We originally planned to record it at my parents house. They have an old medieval house from the 16’s century in the countryside and the plan was to record there. It’s a very sounding room and I always wanted to do this, but my mother got really sick and we kind of had to cancel that for family reason. And I was speaking to Xie from the Chinese band Wang Wen, when they were touring Europe in Berlin. It’s another band we’re releasing on Pelagic. And I knew that they have in that studio in Iceland and watch the documentary. I asked about the place and he said that he had a very good experience. Very good room, very good microphone, good gear. And they could basically do whatever they want there. They bring their own engineer so I reached out to the studio in January and we wanted to record in February, so it was quite on super short notice. They got back to me as they had a free slot. So, we decided to go to Iceland to record there. It’s fits the album concept as well. It’s a very cold record, a very harsh record, and it’s always good to take yourself out of the environment that you know and go to a different place, especially when there is inspiring nature all around. It’s so liberating when you create music and you work intensely in the studio from the morning to the evening, and that was just perfect. We open the studio door and there’s this epic waterfall right behind the studio and it really helped us get to the creative zone and achieved something great. The room is incredible. It’s an old swimming pool they transformed into a studio so it has really high ceiling, so it’s perfect for big drum sound, because you can put the microphone far away. They have that balcony above the drum kit, so it’s a big room like we were looking for. So, there was many reasons that led us to this place. And at the end it’s the best choice we could have.

MF : Certainly. Will you just record the drum or are you recording the rest of the album?

Robin : No we just recorded drums there and some organs. The studio belongs to Sigur Ros, and they have these old organs that we’ve sawed and loved and started using for the record. That was a spontaneous thing. But yeah, bass and guitar was recorded in Berlin, and Magnus from Cult Of Luna is reamping them. And then we’re mixing with Jens Borgren, the same guy we mixed Pelagial in the end of May.

MF : Ok. So apart from the new album, I guess there will be touring plan for the future.

Robin : Yes. There will be a tour at the end of October, early November. For an album release tour. The album will come out November 2nd, so it will be around that time. But it will be rather short, around 10 dates. But we will do a most extended European tour, probably in February or March.

MF : Ok. You basically answered all my question even if I didn’t ask you, so if you have any last word to add?

Robin : Well, that’s pretty much it. Buy the new record, and we’re very happy to go out with the guys of Rosetta. A band I really like a lot. I think there are a common ground between us. So, it would be a good night.

MF : Alright. Thank you.

Robin : Thank you!

Lors du passage de Dagoba chez Paulette, j’ai pu m’entretenir avec Richard, le petit dernier dans le groupe.

MF : Ca fait pas mal de temps que je n’avais pas interviewé le groupe. Du coup il y a eu quelques changements dans le line-up avec l’arrivée de Bastos et la tienne récemment. Est-ce que tu penses que c’était quelque chose qui manquait au groupe pour aller plus loin?

Ritch : Euh, je pense pas. Le line-up d’avant était quand même pas mal avec Franky notamment, qui était un pilier du groupe. Il y a plein de gens qui pensait que son départ allait mettre un gros coup de tête à Dagoba et que le groupe allait s’écraser. Et en fait pas du tout, l’identité de Dagoba c’est Shawter, c’est lui qui fait presque tout donc ça sera toujours comme ça. Donc forcément, c’est pas parce que un mec bouge ou s’en va qui va faire la différence. Le groupe avait pas forcément besoin de ça pour aller plus haut. En tout cas pour l’instant ça marche bien et c’est en bonne voie, donc tant mieux. Ca fait pas très longtemps que je suis dans le groupe donc j’ai pas le recul, mais en tout cas les mecs ont la dalle. Donc on va essayer de faire les choses bien avec ce line-up et ils sont très content de ce line-up.

MF : Du coup ma prochaine question aurait été un peu plus pertinente si c’était un des 2 anciens du groupe, mais c’est pas grave. Du coup parle-moi un peu de ton intégration dans le groupe et surtout pourquoi tu as été choisis?

Ritch : Alors, en ce moment le tour manager du groupe, c’est Fred, le bassiste de DELUGE, donc de mon autre projet. Et un jour il me dit : « Voilà, Dagoba cherche quelqu’un » et ça s’est fait ultra vite. Ca s’est fait en 2 semaines. Ils m’ont contacté : « Viens sur Paris, on joue un morceau ou deux ». J’avais bien bossé à la maison et j’étais fan du groupe quand j’étais plus jeunes donc c’est allé vite. Je suis arrivé là-bas, ça a tout de suite matché. Ca a super bien marché, les mecs ont été super cool, on a fait les morceaux et hop c’était parti. J’ai pris un covoit pour rentrer de Paris et ils m’ont appelés dans la voiture pour dire : « c’est bon, on y va! ».

MF : Donc c’est cool quoi.

Ritch : Ouais.

MF : Ouais, est-ce que tu penses que l’arrivée de Bastos a pu changer la manière de composer de Shawter?

Ritch : Ouais, parce que Shawter laisse vachement de liberté aux musiciens pour l’interprétation. Lui fait le morceau et je sais que Bastos a pu rajouter ses petites pattes, ses petits breaks, enfin les trucs qu’il aime bien faire. Je pense que ça amène un truc différent. Peut-être pas un plus, mais un truc vraiment différent et moi j’aime beaucoup. C’est peut-être pas forcément évident.

MF : Ben c’est vrai que la différence est pas forcément très marqué avec ce que faisait Franky, mais on sent quand même ce petit changement et cette petite patte en plus qui marque un bon changement.

Ritch : Carrément ouais.

MF : Du coup, le nouvel album s’appelle Black Nova. Les précédents traitaient beaucoup de l’eau. Un thème qui tient beaucoup à Shawter. Du coup, de quoi parle ce nouvel album?

Ritch : Ben de ce que j’ai pu discuter avec Shawter. Black Nova c’est vraiment un changement. Déjà de line-up, un changement de direction artistique. Shawter a vraiment voulu faire quelque chose de plus grandiloquent. De mettre la barre un peu au-dessus et Black Nova c’est dans sa tête. Une Nova c’est une étoile et il a essayé de montrer autre chose, le fait d’exploser… Tu vois ce que je veux dire.

MF : Une sorte de nouveau départ?

Ritch : Ouais. Et tu vois il y a quand même un peu le thème de l’eau sur la pochette avec ce visage qui a la tête dans l’eau… Enfin moi j’adore cette pochette. Et je pense que c’est pour marquer ce changement artistique.

MF : Si je me plante pas c’est la première fois que tout l’album est produit par Dagoba?

Ritch : Il me semble que oui…

MF : A part le mix qui est de Jacob Hansen…

Ritch : Ouais ça a été fait là-haut.

MF : C’était une volonté du groupe de se retrouver maître du projet.

Ritch : Complètement. J’étais pas là au moment de la décision, mais c’était vraiment ce qu’ils voulaient. Il y a eu des changements de labels, de directions, de plein plein de trucs et c’était vraiment voulu. D’ailleurs je trouve que c’est pas plus mal.

MF : Ouais, les retours sur l’albums sont plutôt très bon. Ca doit forcément faire plaisir au groupe de toujours continuer à maintenir le cap après toutes ces années?

Ritch : Ouais c’est génial parce que celui d’avant avait pas forcément hyper bien marché. Là avec Black Nova, c’était peu un coup de poker. Tu fais un truc différent, est-ce que ça va accrocher? Et ça marche. La prod, elle est folle. Jacob a bossé comme un fou. On est très content de l’album. C’est vrai qu’il est bien reçu. C’est encore mieux quand les gens apprécient.

MF : C’est sûr.

Ritch : T’es fier de présenter un projet et en plus les gens ont compris ce que tu voulais donc c’est nickel.

MF : Ouais, ouais. Il y a eu 2 clips qui ont été sortis avec Brice de Smash Hit Combo. Il y a d’autres projets avec lui qui peuvent arriver?

Ritch : Ecoute, ça on verra. Il y a rien de fait pour l’instant. Là, on joue beaucoup en ce moment donc tout ce qui est clip… Inner Sun et Stone Ocean ont été fait en clip avec Brice, moi j’étais pas là mais apparemment ça s’est très bien passé.

MF : Le résultat est vraiment top.

Ritch : Ouais. Avec mes autres projets, j’ai déjà bossé avec lui, donc je sais comment il bosse. C’est un tueur et c’est hyper pro. On verra par la suite, pour le prochain ou pour un autre morceau. On n’a rien décidé de ça.

MF : D’accord. T’en parlais justement, vous sortez d’une belle tournée avec Vader, là vous repartez sur pas mal de dates. Je suppose que tout se passe bien?

Ritch : Ouais. La tournée avec Vader et Kreator c’était vraiment une bonne expérience. C’était 3 semaines en tour bus avec des groupes légendaires. Enfin Kreator c’est un truc fou quand même. C’était une expérience de malade, parce que tu te retrouves en ouverture, t’as 30 minutes, tu joues à 20h, il faut que tout soit millimétrés… Le temps de set, le backline. Il faut être ultra pro. Ca te forme…

MF : C’est une bonne mise en pratique pour toi.

Ritch : C’est vrai. Et Dagoba est souvent en tête d’affiche en France. Là t’es en ouverture, t’es tout petit et c’est rigolo. C’est comme passé du collège au lycée. Tu te dis : « Merde c’est plus moi le plus balèze ». Et c’est vraiment drôle. Mais c’est une expérience de malade. C’était génial.

MF : Je sais que pour la plupart des groupes, c’est d’aller le plus loin possible. Là le groupe a découvert des endroits où il n’était jamais allé. Il y a la Grèce je crois…

Ritch : La Grèce c’était la première fois… Macédoine aussi… Ouais il y avait quelques pays comme ça…

MF : Ils ont découvert aussi le Japon et le Maroc. Ca s’est passé comment toutes ces découvertes?

Ritch : C’est marrant que tu parles du Maroc parce qu’on en parlait il y a 2, 3 jours. Ils pensaient : « Merde. On va au Maroc pour faire du Métal. Ca va pas marcher! » et au final les gens en ont rien à foutre… En fait c’était fou. Reçu comme des princes, un public fou. Et tu t’aperçois que le Métal, ça peut marcher partout. C’est pas une question de région ou quoi… Là le Japon, il y a un projet pour y retourner, mais pareil accueil fou quand ils y sont allés. Là quand on est allé en Grèce, tu te dis : « Putain, on est en Grèce… ». On entend plein de truc à la télé, c’est un pays qui est dans la merde et en fait c’était génial. Les salles étaient géantes, les gens te connaissent pas et après 3 mesures c’était le bordel dans la fosse. Ils gueulent. C’était vraiment génial. Les découvertes de pays marchent bien en tout cas. Je pense que Dagoba peut réussir à faire quelques choses.

MF : Tu en as parlé un petit peu. Du coup il y a des projets qui arrivent pour sortir un peu de l’Europe?

Ritch : Alors comme je te l’ai dit il y a le Japon. Après le but de Dagoba c’est de tourner un max, c’est de jouer partout, tout le temps, d’aller toujours plus haut, toujours plus loin. Donc là à part ça, il y a 2, 3 trucs dans les tuyaux, mais rien de concret pour l’instant. On va voir…

MF : C’est en négociations…

Ritch : Exactement!

MF : Le groupe continue a être l’un des fers de lances de la scène Métal en France. Ca met pas une pression supplémentaire d’avoir cette image de gros groupes?

Ritch : Ben, c’est super drôle parce que moi j’ai 28 ans, Shawter en a 38. Il y a un décalage générationnel et c’est vrai que je me suis dit : « Putain je vais être dans Dagoba… ». C’est un groupe que j’écoutais quand j’étais ado. Eux ça fait 20 ans qu’ils tournent. J’ai jamais tourné comme ça autant et t’as la pression sans l’avoir parce que ça coule de source. Tu le sens chez les gens. Là hier à Savigny quand t’es au merch, t’as des gens de 45 ans, t’as des jeunes. Et les gens sont avenants et contents. Ca reste humain, et même si t’es un des fers de lances de la scène Française, tu reste un mec normal. Donc non on peut pas dire qu’il y a de la pression. Ca roule, on continue à faire ce qu’on fait et si ça marche tant mieux.

MF : Ouais. On sait que pour beaucoup de groupe de Métal, surtout en France c’est compliqué de vivre que de sa musique. Est-ce que Dagoba arrive à le faire maintenant?

Ritch : Ouais, ouais. Dagoba vit de sa musique. C’est vrai que c’est rare dans le Metal, mais Dagoba peut vivre de sa musique.

MF : Ok.

Ritch : C’est compliqué hein…

MF : Je me doute, quand je pense à Walls Of Jericho que j’ai interviewé ici et qui m’ont dit qu’ils avaient un boulot à côté…

Ritch : Sérieusement?

MF : Ouais ouais…

Ritch : Wow!

MF : Ouais, j’ai halluciné qu’un groupe comme ça, qui tourne énormément…

Ritch : Après c’est des ricains. Et les ricains c’est compliqué vu qu’ils ont pas le statut d’intermittent et toutes ces choses-là. Je sais qu’on a joué avec pas mal de groupe ricains avant et ils nous disaient que c’était la misère chez eux… Ils jouent pour 3 bouts de pain. Mais tu vois Walls Of Jericho, je pensais pas quand même.

MF : Ca m’avait vachement surpris aussi.

Ritch : Même Candace?

MF : Il me semble qu’ils sont tous dans ce cas là.

Ritch : Parce que l’autre gratteux joue aussi dans Stick To Your Guns et ils tournent beaucoup.

MF : Ben là, il était pas avec eux donc je sais pas…

Ricth : Parce que Stick To Your Guns ça tourne 6 mois dans l’année, c’est un truc de fou…

MF : C’est clair. Bon ben j’en ai fini avec cette interview. Si tu as un petit mot pour finir.

Ritch : Ben merci. C’est rigolo de se recroiser ici, parce que comme je suis du coin…

MF : Tu joues à la maison là…

Ritch : C’est ça, je joue à domicile, donc je suis super content et on va forcément se recroiser! Merci à toi.

MF : Merci.

Interview de The ARRS

Posted: 13 février 2017 in Interviews

Alors que la fin du groupe vient d’être annoncée, je profite de la première date du Crépuscule Tour pour interviewer les The ARRS. A mon arrivée, Nico m’indique qu’ils ne parleront pas de la séparation tant que la tournée ne sera pas finie. Ca me sucre quelques questions, mais j’ai quand même de quoi faire parler un peu Nico et Pierre.

MF : Bon alors on peut zapper les questions sur la fin du groupe…

Nico : C’est ça.

MF : Vous allez quand même sortir 3 nouveaux morceaux avec le dernier line-up du groupe. On peut s’attendre à quoi musicalement?

Nico : Une dans la lignée et deux tests.

MF : D’accord. Un peu d’expérience?

Nico : Une un peu plus extrême… une un peu plus moderne…

Pierre : Ouais, il y en a une dans la patte The ARRS, vraiment Hardcore, plus Hardcore que Metal d’ailleurs. L’autre un peu plus mélo, un peu plus actuelle. Et la dernière, très très sombre.

MF : Ok. Vous allez sortir ça gratuitement, pour remercier les fans. C’est une sortie physique ou numérique?

Nico : Pour l’instant, ça va être numérique. Après on ne sais pas trop encore comment on va exploiter ça. Si on fait ça pour des assos, pour un split avec un autre groupe. On attend d’avoir le produit dans les mains et on verra. On peut le donner, on ne sera pas à la SACEM.

Pierre : On garde ça juste pour nous.

Nico : On l’offrira aux magasines, on verra.

MF : Ca marche. Est-ce que Mickael, qui vient d’arriver, à participé beaucoup à la composition de ces morceaux?

Nico : Ouais, on a vraiment voulu… Enfin quand il est arrivé au mois de mai dernier, on a dit que de base pour 2017, même si on avait déjà pensé à arrêter, on voulait qu’il participe vraiment au son de The ARRS. Et donc voilà, il a réfléchi à plusieurs riffs, ils se sont vu avec Pierre et Phil et voilà. Ca a accouché de plusieurs titres et on en a gardé 3.

MF : Donc du coup, c’était quand même une volonté de sortir un truc avec Mickael, en plus de sortir quelque chose pour les fans?

Nico : Ouais c’est important pour nous. Ca reste famille. A la base, c’était avant tout pour Mick. Et après, c’était une évidence qu’il fallait le sortir pour tout le monde. Mais sans chercher un label ou quoi que ce soit.

MF : Donc malheureusement, c’est la fin. Ca fait quasiment 12 après la sortie de « Et la douleur est la même », quasiment 20 ans après la création du groupe…

Nico : Oui (rires).

MF : Vous pouvez me faire un petit bilan de toutes ces années avec The ARRS?

Nico : Ben c’est les gars de base depuis le lycée. C’est 5 albums, des lives, des belles tournées, des festivals, des grosses barres de rires… des grosses cuites (rires).

Pierre : Ouais c’est des souvenirs de fous.

Nico : C’est toute une vie. C’est toute notre vie quoi. Et en fait c’est pas vraiment fini, on a du mal à en parler au passé parce qu’il y a encore du très très lourd qui arrive jusqu’à la fin de l’année.

Pierre : C’est pour ça aussi qu’on en profite à fond. On tourne une page, mais c’est vrai que c’est fou. On ne pensait pas en arriver là quand on a commencé. On a fait des trucs ouf…

Nico : A la base, on a créé le groupe pour jouer dans un bar.

Pierre : Ouais, c’est ça.

Nico : C’est un peu ça le concept, jouer dans un bar sur Paris, pour avoir des consos gratos (rires).

Pierre : Après t’as des trucs un peu clés. La première fois où on a…

Nico : Ca y est, tu pars dans le « Member berries ». « Oh I love Chewbacca » (avec une petite voix)…

Pierre : Non, je réponds à la question monsieur…

Nico : (En voyant que je comprenais pas la blague). Ah t’as pas vu la dernière saison de South Park en fait?

MF : Non j’ai raté ça.

Nico : Ah ben il faut, c’est magnifique. Ils attendaient l’élection de Trump… Mais c’est pour les trentenaires, sinon tu comprends pas. Et t’as les « Member berries ». C’est des petits fruits qui te rappellent ton enfance dans les 80’s… Et là c’est un peu pareil, il part dans les souvenirs (rires)…

Pierre : Mais non, je répond à la question, mais je t’en prie, parles Nicolas. T’as tellement envie de parler que je vais te laisser répondre.

Nico : Ben non justement, j’ai pas envie de répondre à ces questions là… T’auras le temps d’en parler…

MF : C’est pas grave…

Nico : Bon allez vas-y…

Pierre : Non, non…

Nico : C’est vrai que ça me fait mal au coeur de parler des trucs d’avant. On a l’impression qu’on est déjà mort.

Pierre : Ben on est vieux hein… On n’a plus 20 ans…

Nico : Faut arrêter de faire du son de jeune (rires).

MF : Ben du coup, The ARRS a toujours été un groupe de live. C’est quoi le meilleur souvenir que vous avez avec The ARRS?

Pierre : Il y en a pas mal…

Nico : Il n’y en aura pas qu’un. Ca c’est sûr…

Pierre : Moi, je dirais la tournée avec Suicidal Tendencies.

Nico : C’était cool ouais.

Pierre : Ca c’était cool, déjà pour la légende, pour avoir tourner avec eux. Ca nous a beaucoup appris. Et puis le tour bus, c’est assez confortable aussi (rires)…

Nico : Après la première date au Nouveau Casino en septembre 2005, avec celle du Trabendo… Et les Hellfest…

Pierre : Les Hellfest aussi…

Nico : L’Olympia c’était bien…

Pierre : Avec Mass ouais… Il y en a beaucoup quoi. On en parlait tout à l’heure dans le cametard, mais quand on fait des petits clubs et que c’est blindé. Comme quand on a joué à Angoulême, c’était chanmé…

Nico : C’est vrai qu’on adore les clubs donc on en inclus toujours dans les tournées. On peut pas faire que de la SMAC ou des grosses salles comme ça. Et voilà, jouer avec des assos qui se cassent le cul comme nous on a fait au début. Ca donne un peu de crédibilité aux orgas aussi.

Pierre : On a fait le Brin de Zinc aussi où on a joué avec In Arkadia. C’était une toute petite salle et c’était la guerre.

Nico : Ouais, super accueil et un public de fou.

Pierre : C’était fou, les murs suintaient, ça slammait de partout…

MF : Le bonheur quoi…

Pierre : C’est ça.

MF : Bon, bous allez finir avec une belle grosse tournée en France. C’était important pour vous de finir avec tout le monde, on va dire, plutôt que de faire une ou deux grosses dates sur Paris?

Nico : Non, on avait vraiment besoin de revoir tout le monde. De te revoir, de recroiser les gens et de voir ce qu’ils veulent nous dire pour finir. On va s’exprimer encore et avec les 3 nouvelles chansons, ça donne encore plus la gouache de voir ce que ça va donner en live. Bon, ça ne sera qu’à partir du mois d’avril mais…

MF : Ben moi, du coup, en tant que vieux fan, j’ai la petite question de savoir si il y aura des surprises dans le set?

Nico : On va changer souvent de titres. Ce soir il y aura pas mal de nouveau, demain il y aura plus d’anciennes…

MF : Fallait que je vienne demain en fait (rires)?

Nico : Ben en fait, on a 50 titres dans la discographie donc on aime bien jouer de tout à droite à gauche.

Pierre : Et c’est vrai que ces derniers temps, on a joué pas mal d’anciennes mine de rien.

Nico : Et il y a des chansons de Khronos qu’on n’avait jamais joué et on va en jouer 1 ou 2 ce soir.

Pierre : Enfin c’est un petit mix de tous les albums.

MF : Ok.

Pierre : Mais on s’est dit qu’on allait souvent changer la setlist cette année. D’essayer de la changer à chaque concert. Pour nous et pour le public aussi.

Nico : Si tu veux venir 10 fois, t’auras 10 setlists différentes (rires). On a des gars, qui font des bornes et des bornes à chaque fois et c’est incroyable. 2, 3 heures de caisses des fois, c’est fou. Et comme on boit souvent des coups au merch, on connaît tout le monde (rires).

MF : Et ben du coup, je vais arriver au mot de la fin. C’est compliqué quand un groupe arrête d’avoir plein de chose à raconter…

Nico : Ben on peut parler de plein de chose après. Pierre a envie de parler de Trump je crois (rires)…

Pierre : Je préférerais parler de sa fille ou de sa femme (rires)…

Nico : Non mais il y aura encore de l’actu. On va sortir 3 titres avec 3 clips. On va faire quelques trucs pour des titres de Khronos. On va laisser pas mal de souvenir cette année.

MF : C’est fini, mais pas tout de suite.

Nico : C’est ça. On va vivre chaque date comme si c’était la dernière, mais c’est pas fini.

MF : En tout cas merci à vous.

Nico : Merci à toi et du coup cul sec. C’est la tradition (rires)…

Me voilà à boire ma bière cul sec avec Nico, juste avant de continuer la soirée avec le groupe. Je n’ai pas pu poser toutes mes questions, mais la bonne humeur de Pierre et Nico ont fait le reste.

Alors que le groupe est en pleine tournée Européenne, je rencontre Aaron et Mike de Walls Of Jericho pour une petite interview.

Métal Fédération : Bonjour à vous deux. Ca fait presque 8 ans que The American Dream est sorti. Pourquoi autant de temps?

Mike et Aaron : (rires)…

Mike : Euh, quand il a été temps d’écrire notre nouvel album, Candace a décidé d’avoir un enfant et cela prend forcément du temps. Et il y a aussi d’autres points personnels qui ont fait que ça à pris du temps. On essaie de tourner 2 ou 3 ans entre chaque album et ces éléments personnels ont ajoutés 5 années au process.

MF : Ok. L’attente était plutôt importante après cette longue pause. Le résultat est excellent. Comment s’est passé l’écriture durant ce temps?

Mike : Je crois que pendant ces 5 années, avant de vraiment se mettre à enregistrer, on n’a pas vraiment arrêté de composer. Doucement bien sûr. On n’avait aucune pression donc on a pris le temps d’écrire les choses. Certaines parties qui sont sur l’album ont au moins 4 ans maintenant. Mais c’était un truc classique. On a pris un peu plus de temps pour travailler sur les chansons et que ça ne soit pas forcés. Des fois quand tu n’as pas beaucoup de temps, tu es un peu forcé d’écrire des chansons, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Sur celui là, on a eu la possibilité d’écrire des chansons et de vraiment garder ce qu’on aimait.

MF : D’accord.

Aaron : On a écrit beaucoup de chanson à cette époque. C’était la première fois qu’on avait plus de chansons que prévu et on a pu choisir ce qu’on voulait pour avoir le meilleur résultat possible. C’était vraiment différent pour nous mais c’était bien.

MF : Malgré ces années de pause, vous avez gardez cette énergie dans votre musique, est-ce que c’est quelques choses que vous voulez faire pendant encore longtemps ou vous faites juste ce que vous aimez?

Mike : Je pense qu’on a forcément voulu garder un peu de cette énergie. On est un groupe qui déploie de l’énergie. Donc peu importe l’âge qu’on a, on n’a pas envie de faire du mélo ou des trucs ennuyeux. C’est ce qu’on aime faire. Quand je prends une guitare, c’est ce que je préfère jouer. Donc c’est naturellement ce que j’écris.

MF : Ok, le titre de l’album est « No One Can Save You From Yourself », quel message voulez-vous faire passer avec ce titre?

Mike : L’idée principal est qu’on ne peut pas compter sur les autres. On a plein de problème qui ne peuvent pas être résolus par les autres. On ne peut pas attendre que les gens résolvent tes problèmes ou t’aident comme ça. C’est ce genre de problème que tu te dois de résoudre toi même. Et d’un point de vue un peu plus gros, c’est aussi pour dire que tu dois faire ce que t’aime, ce qui te rend meilleur et qui garde ton esprit concentré et heureux. Je pense que c’est surtout ce groupement de chose que l’on veut faire passer depuis quelques années.

MF : Vous êtes engagés avec l’association « Relentless Foundation » (association qui aide les familles touchées par des maladies infantiles). Je suppose que la chanson du même nom leur est dédié. Pourquoi avez-vous voulu travailler avec eux?

Aaron : Ca vient de Candace et de ses compétitions d’haltérophilie. C’est une organisation crée par des haltérophile, qui organise des compétitions pour gagner de l’argent uniquement pour cette association. C’est comme ça qu’elles les a rencontrés et s’est rapidement engagé avec eux. Surtout qu’elle était devenue mère à ce moment et que c’est quelque chose qui lui paraissait importante en tant que mère. Quand on vient de créer une famille, on se dit que ça serait horrible de se retrouver dans cette situation. Et pouvoir aider directement ces personnes étaient normales. C’est une association très bien et on a tous voulu aussi apporté notre soutien à travers le groupe.

MF : Très bien. Aujourd’hui, on se rend compte que beaucoup de groupe, même des gros groupes, ne vivent pas de leur musique. Ils doivent avoir un travail à côté. Est-ce que c’est votre cas?

Aaron : Ouais tout à fait.

Mike : On a tous des vrais travail. On a juste à prendre l’avion et venir ici pour faire du mieux possible (rires).

MF : Comment faites-vous pour concilier les 2?

Mike : Pour moi c’était vraiment d’avoir un vrai boulot. Ca fait pas mal de temps qu’on est dans le groupe et c’est vraiment important d’avoir autre chose à côté quand tu ne tournes pas et que tu puisses quitter facilement, justement pour tourner. Je travail pour quelqu’un actuellement. Pendant beaucoup d’années, j’étais mon propre patron, mais depuis que j’ai commencé avec eux, c’était le deal. Quand j’ai besoin de partir avec WoJ, je pars, sans vraiment leur posez la question (rires). Si les gens ne sont pas d’accord, il faut absolument trouver une chose où tu puisse payer tes factures et pouvoir continuer à jouer.

MF : Ok. Vous commencez seulement votre tournée en Europe, avec des concerts en festival et d’autres en petite salle comme ce soir. Qu’est-ce que vous préférez?

Mike : C’est complètement différents. J’ai toujours préféré les petites salles où le contact est plus facile avec le public. L’énergie est toujours plus importante. Mais quand tu as l’occasion de jouer devant 30000 personnes, c’est une autre énergie. Personne n’est vraiment proche de toi, il y a beaucoup d’espace, mais ça te fait ressentir… Euh je ne sais même pas ce que ça fait ressentir (rires)… Je ne sais pas comment l’expliquer mais je préfère les petites salles. Mais j’aimes aussi les festivals parce que tu as l’impression d’être plus gros que ce que tu n’es. Pas en tant que groupe, mais tout est tellement massif. Mais là on est vraiment connecté avec vous et c’est pour ça qu’on joue. On adore cette connexion.

MF : C’est sûr. Peu importe ce qu’il peut se passer, vous donner toujours des excellents shows, plein d’énergie. Quel est votre secret?

Mike et Aaron : (rires)…

Aaron : C’est juste qu’on fait ce que l’on aime.

Mike : Ouais.

Aaron : Si on était faux dans ce qu’on faisait ou qu’on ne ferait pas quelque chose qu’on aime, les gens le verrait, que tu te fous un peu de ce que tu fais chaque soir. Mais on fait vraiment ce qu’on aime à 100% donc on n’a pas besoin d’écrire des chansons différentes parce qu’on nous le demande. On fait ce qu’on veut et c’est ce qui sort quand on est tous ensemble. Ce n’est pas compliqué d’avoir de l’énergie quand vous êtes content.

MF : Ok…

Mike : C’est le troisième jour pour nous et j’ai vraiment du mal à marcher maintenant. Ca va partir, mais quand tu recommences à tourner, il y a des muscles que tu n’utilises pas, même si tu travailles dessus. Il y a des parties de mon corps que je n’utilise pas pareil et le troisième jour est toujours le pire. Là j’ai du mal à marcher, j’ai l’impression que je ne pourrai jamais monter une nouvelle fois sur scène. Je suis fatigué, j’ai mal à la tête et dès que je monte sur scène ça s’en va.

MF : D’accord. Même si vous avez des chansons très puissantes, vous avez toujours ces petites chansons en « clean » sur vos albums. Est-ce que c’est quelque chose que vous voulez continuer à faire, comme sur l’EP Redemption?

Aaron : On ne sait jamais. On les fait vraiment pour s’amuser. On aime le faire et c’est sympa de faire quelque chose de vraiment différent. Les gens savent qu’on ne la jouera pas, mais peut-être qu’un jour on le fera, mais pas pour l’instant…

Mike : Ouais, c’est vraiment différent pour l’écriture, on utilise le cerveau différemment. Pour le reste, ça fait tellement longtemps qu’on le fait qu’on sait de suite comment faire. Là c’est plus compliqué et on doit tout gérer différemment. C’est cool de faire des choses que t’as pas l’habitude de faire. Ca t’aère le cerveau et ça aide beaucoup pour la création. Pour moi en tout cas. C’est pour ça qu’on arrive toujours avec des choses plutôt pas mal. Comme il l’a dit, plus on avance, plus on a de chanson comme ça. On aimerait bien le faire en live un jour. Mais on ne peut pas en faire qu’une seule…

MF : Ouais.

Mike : Au milieu d’un set comme on le fait, ça serait dommage. On aimerait faire comme un mini-set, avant ou après notre concert et pouvoir jouer ces chansons. Mais pour le faire tu dois avoir les chansons pour. On commence tout doucement à les avoir (rires)… Encore 10 ans et on sera bon (rires)…

MF : J’arrive à la fin de mon interview, si vous avez quelques choses à ajouter?

Mike : Je suis fatiguée (rires)… Mais je suis prêt!!

MF : Ok. Merci beaucoup pour ce moment.

Aaron : De rien.

Mike : Merci à toi.

Interview de Hypno5e

Posted: 18 mai 2016 in Interviews

Quelques instants après avoir fini leur balance, je retrouve le quatuor Hypno5e pour parler de leur dernier bijou.

MF : Bonjour à vous. Alors comme c’est notre première interview ensemble, présentez le groupe pour ceux qui ne vous connaîtrais encore pas?

Manu : Hypno5e s’est monté en 2004 et on est… attends je recommence (rires). Le groupe a commencé en 2004 à la base avec Thibault et Jérémy qui était les 2 membres d’origine. On a intégré Gredin par la suite. Depuis le line-up a changé, Théo a remplacé Thibault et Jo a remplacé Jérémy. On a sorti 3 albums et un maxi. Notre troisième album vient de sortir il y a deux semaines (ndlr: interview du 3 Mars). C’est une espèce de Métal Cinématographique. C’est des morceaux très long avec des passages très ambiants et des grosses parties très Métal. C’est assez hachurés, assez progressifs. Voilà comment on pourrait définir notre musique.

Gredin : Progressif c’est bien ouais.

MF : C’est ça. Le nouvel album a connu un peu de retard. Que c’est il passé?

Manu : Ouch… Le processus de composition a pas été si long que ça, on a commencé de composé dans la foulée de la fin de la tournée Acid Mist et Mars 2014. On voulait éviter d’avoir une aussi grosse coupure qu’entre nos deux précédents albums et on voulait vraiment enchaîner, parce que les choses ont bien tourner pour le groupe, et surfer sur ce qui se passait. L’album a été composé assez vite, il a été structuré en 3, 4 mois d’enregistrement et après comme on a fait une campagne de financement qui a eu, à notre surprise, pas mal de succès, on a voulu pour la première fois déléguer le mixage à un studio Anglais, parce qu’on a eu l’habitude de tout faire nous même et d’avoir la main mise sur le travail. Là on s’est dit qu’on pouvait tester un peu, ça irait aussi plus vite parce que c’est un long travail. On a pris quelqu’un qui apparemment aimait notre musique et qui pouvait nous aider à expérimenter sur certaines choses aux niveaux du son. On a fait un très mauvais choix. On s’est retrouvé dans un studio où on s’est un peu foutu de notre gueule. Ca s’est très mal passé humainement avec le mec et on a eu un retard de presque 3 mois. On n’a eu 0 nouvelle pendant ces 3 mois. Et on a décalé une première fois et l’album est passé par un autre studio qui a récupéré nos pistes… sous la table…

Gredin : Ouais, le mec a envoyé nos bandes à un autre studio à Los Angeles, sans nous le dire. Et c’est le studio à Los Angeles qui nous a contacté : « Ah, on est content, on a votre album… » (rires)

Manu : Le premier voulait sous-traiter, enfin se débarrasser du travail parce qu’on le pressait pour avoir le mix. Du coup ils ont remixés un peu l’album mais on n’a pas passé beaucoup de temps dans leur studio. Du coup on a récupéré les pistes et on a tout réenregistré et remixé nous même. Ce qui fait qu’on a eu un an et demi de retard sur la sortie. Au final, on a bien fait, parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi même.

Gredin : Exactement. On a pu travailler le son comme on voulait, tout en se concertant tout le temps et au final le résultat nous plaît à tous.

Manu : Au final, on a fait ce qu’on a fait sur chaque album.

MF : C’est vrai que du coup, pour quelqu’un comme moi qui ai déjà pu écouter l’album… Je l’ai vraiment ressenti comme un tout, par rapport à Acid Mist par exemple. Ca serait une piste unique, ça passerait tout seul. C’était quelque chose qui vous cherchiez quand vous avez composé?

Manu : Non en fait la manière dont on compose, en général quand on arrive en studio on n’a pas de morceaux terminés. On arrive avec des thèmes que j’apporte généralement. Des fois c’est un peu construit, mais ça dure 2, 3 minutes, ce n’est pas des morceaux complets. Et en studio on structure ensemble, le puzzle prend forme vraiment quand on enregistre. On a aucune vision globale de l’album avant de l’enregistrer. A part ‘Tio’, qui était une chanson qui était déjà composé avant. Je l’ai composé pour moi, mais elle s’est intégrée naturellement dans l’album, parce que la couleur qu’elle donnait collait parfaitement à l’album. L’album a pris forme quand on a eu fini l’enregistrement parce qu’on a eu du recul sur les morceaux uniquement une fois qu’ils ont été enregistrés. Même pendant le mixage, on travaille sur les arrangements. L’album, tel qu’il est construit, ça s’est fait vraiment à la fin. Les morceaux n’étaient pas agencé comme ça au début. Et finalement les choses prennent forme et la façon dont on a arrangé les choses donnent un sens. Agencé différemment, il n’aurait peut-être pas marché de la même façon.

Gredin : Je pense que si il y a une linéarité comme ça dans l’album c’est parce que le gros du travail s’est fait sur une seule semaine. On s’est réuni et on a vraiment bossé sur la structuration des morceaux et du coup je pense que c’est pour ça qu’on retrouve cette unité.

Manu : Comme ça se fait sur un laps de temps très court, les atmosphères qu’on déploie communiquent pas mal entre elle. Même si c’est des morceaux différents, on est dans une ambiance qui ne varie pas beaucoup pendant ce laps de temps. Donc malgré nous, il y a une logique qui se met en place naturellement.

MF : D’accord. Et quel est le concept derrière l’album?

Hypno5e : (rires)

Manu : En fait on a voulu construire cet album en 5 parties avec une cartographie intérieure d’un personnage qui est en errance sur une espèce d’île imaginaire, qui est composée de 5 rives avec la rive central. Et chaque rive représente une parcelle de mémoire, de souvenir qu’il traverse et on le suit pendant tout ce voyage. Il y a donc les 4 rives Nord, Sud, Est, Ouest et il y a le noyau central qui est la chanson ‘Tio’, qui est en Espagnol.

MF : Justement, sur vos textes, vous avez du Français, de l’Anglais, de l’Espagnol. Pourquoi vous choisissez une langue plus qu’une autre. Les textes viennent naturellement comme ça?

Gredin : C’est surtout pour la musicalité des textes et si ça colle au sens, tant mieux.

Manu : En général, les langues nous viennent naturellement. C’est vrai que la plupart des chansons sont écrites en Anglais, les samples en Français, mais on ne se pose pas la question. Ce qui nous motive, c’est la musicalité que pourra avoir une langue. C’est pour ça que ‘Tio’ n’aurait pas pu être écrite autrement qu’en Espagnol, parce que c’est une langue très poétique, très brute, qu’on ne retrouve pas forcément avec ce que je voulais dire ailleurs. Ce qui prime, c’est la manière dont les mots s’agencent avec la musique. Qu’est ce qu’ils vont signifiés dans la musicalité plus que dans le sens. C’est pour ça qu’on a aussi du Grec et du Suédois dans l’album.

Théo : C’est vraiment pour le son en fait.

Gredin : Ca permet de donner à chacun un sens, quelque soit l’origine. Chaque auditeur peut se faire son avis.

Manu : On se retrouve tous forcément perdu avec cette barrière de la langue et c’est donc que la musicalité qui prime, et ça permet de voyager dans un mélange d’abstrait et de concret.

MF : Et pour les textes qui sont samplés. Comment vous les choisissez?

Manu : En fait on a une bibliothèque qu’on se forge nous même dans nos lectures, dans les films…

Gredin : Ouais, chacun fait sa bibliothèque de son côté et quand on se réunit, on voit ce qui colle niveau couleur.

Manu : Quand on pense qu’il y a la place pour un passage parlé, on fouille un peu dans ce qu’on a. On en a aussi qui sont réenregistrés, avec des extraits d’un film que j’ai réalisé et qui ont été fait pour l’occasion. En général, c’est rare qu’on aille chercher quelque chose en particulier. On a tous les samples qu’on a récolté et on voit au niveau du rythme, du sens que ça pourrait donner et on pioche dans ce qu’on a.

MF : Vous cherchez à ce que ces textes collent textuellement avec ce que vous voulez présenter ou ça reste aussi toujours dans l’ambiance que vous voulez passer?

Manu : Pareil. C’est en priorité la musicalité, mais vu que les samples précèdent l’écriture des paroles, on ne se pose pas vraiment la question du sens en fait. On cherche plus l’état dans lequel va nous mettre ces mots, ces phrases. Quel décor il va donner en fait. Pour moi les samples dessinent une sorte de décor qui correspond à l’ambiance qu’on veut développer dans le morceau. Le sens vient après. Même à nous, ce n’est pas clair tant qu’on n’a pas mis un point final au morceau. Je ne pourrais pas expliquer où on va et ce qu’on veut dire avant que l’album soit fini. Si tu m’avais posé la question du sens de l’album juste avant d’avoir fini le mix, je n’aurais pas pu te répondre.

Gredin : C’est ça. On construit sur le tas et après on digère.

Manu : On y met une intention, une esthétique et le sens nous vient après quand on réécoute. Nous même on redécouvre le tout. C’est quelque chose de pas réfléchi en tout cas. C’est très brut.

Théo : Moi j’ai attendu la sortie de l’album pour vraiment l’écouter d’une traite. Je connaissais les morceaux forcément pour les avoir travaillé. Mais une fois la sortie, je me suis dis je vais me joindre à tous ceux qui vont le découvrir. Et du coup ça m’a permis de découvrir des sons que je n’entendais pas avant, des sens que je n’avais pas pris conscience avant. On est auditeur en plus d’être producteur.

MF : C’est assez rare d’avoir cette démarche. Même moi qui suis musicien, je n’ai pas ce recul là de redécouvrir ses propres morceaux une fois l’album terminé. On veut toujours se faire plaisir quand on compose mais il n’y a pas ce…

Manu : On n’est pas totalement maître de ce qu’on compose. Même si on sait où on va, mais je pense que je m’ennuierais de savoir à l’avance à quoi ça va ressembler. C’est même chiant parce qu’on est toujours surpris et jamais content au final. On a toujours envie de recommencer. C’est aussi ce qui fait le charme, c’est qu’on ai besoin de se surprendre nous même et de ce laisser aller.

Théo : Et ça nous ressemble dans notre façon d’être et de tourner.

Manu : Ouais c’est très brut, on attend que ça nous tombe dessus pour nous rendre compte de ce qu’il se passe.

MF : L’album est sorti chez Pelagic. Comment se passe la collaboration avec Robin?

Gredin : Super cool (rires).

Manu : On a tourné un peu avec eux (ndlr: The Ocean) au début et on le connaissait plutôt bien parce qu’il avait distribué une partie d’Acid Mist en Europe. Il voulait vraiment faire le nouvel album, nous on voulait aussi se retrouver sur un label qui est géré par un musicien et qui sait ce qu’il fait, avec un petit catalogue, pour pas être noyé dans la masse de groupe. Et du coup ça nous plaisait de bosser dans ce cadre là et notre musique colle bien avec ce qu’ils font, puisqu’il n’y a pas de barrière. Tu sais que toutes les possibilités sont là. Il est au service de la musique, que ça soit métal ou pas. Et on s’entend bien donc ça va le faire. On a fait une date à Berlin où on a pu passer une soirée ensemble, enfin une moitié de soirée (rires). Mais on s’est régalé et on va être appelé à partager des dates avec eux…

MF : Pour continuer dans le live, vous êtes très proches du cinéma mais vous aviez abandonner les projections. Vous comptez reprendre?

Gredin : On a repris (rires).

MF : Ah je les ai pas vu en bas.

Gredin : C’est trop petit.

Manu : Elles sont là tout le temps, mais on est tributaire de l’espace dans lequel on joue, et là c’était pas possible. Mais sur la plupart des dates elles seront là.

Théo : On est dans la transition pour jouer que dans des grandes salles (rires). Peut-être bientôt, on pourra avoir la vidéo 9 fois sur 10.

MF : Vous avez fait quelques belles dates pour la sortie de l’album avec Textures et Psykup. Il y en a d’autres qui arrivent. Ca commence bien?

Manu : Ouais c’est terrible. Tout va très bien. Textures c’était sur l’Allemagne, c’était la première fois qu’on jouait à Berlin et on a fait quasiment que des dates dans des endroits où on n’avait jamais joué donc c’était plutôt bien. Et là ça joue tous les week-ends donc c’est vraiment bien. Et les plateaux sont cool. On a joué avec Psykup au Trabendo et à Bethune et ça se complète bien. Même si ce n’est pas le même style, il y a une liberté dans la composition qui fait que ça colle bien. Et les gens aussi qui vont écouter ce genre de musique sont curieux, du coup je pense que le plateau est très cohérent.

Théo : Et ils sont super cool humainement aussi.

Manu : Ca faisait longtemps qu’on n’avait pas joué avec eux. Hypno5e a commencé avec Psykup et Manimal et du coup c’était bien de se retrouver et comme on a fait un morceau sur le premier album avec Milka donc on n’a pu rejouer le morceau après 9 ans et c’était pas mal (rires).

MF : On va parler un peu des Etats-Unis, la dernière expérience ne s’est pas forcément bien déroulé…

Manu : Ca dépend pour qui (rires).

MF : Vous n’y êtes pas tous allez donc…

Théo : Il faut que tu demandes à Gredin (rires).

MF : Du coup vous comptez y retourner quand même?

Manu : Ah oui bien sûr.

Gredin : La revanche est proche (rires).

Manu : C’est un projet pour cet album là de tourner 1 an et demi voir 2 ans. Et on compte bien y retourner.

Théo : On a fait des erreurs qu’on ne veut pas refaire. Même avec des Visa de travail, il y a beaucoup de gens dans notre entourage qui ont eu des soucis pour avoir ces visas et ils n’ont même pas pu, alors qu’ils avaient le contrat parce que le visa n’a pas pu être validé à temps. The Ocean ont eu ce soucis il y a pas longtemps. Donc ça fait un peu flipper quand t’es un projet européen parce qu’on se casse les dents.

Manu : C’est aussi pour ça qu’on ne voulais pas prendre de visas à l’époque parce que ça coûtait très cher. Mais on ne pouvais pas non plus annuler ces dates. On a fait 3 tournées là-bas, les 2 premières ce sont bien passées, sans visas… On devrait pas le dire normalement (rires). Et la 3ème, ben la moitié de l’équipe n’a pas pu partir. Mais l’essentiel était là donc on a pu tourner.

Théo : Ca se retrouve dans le documentaire Asphalt…

MF : Qui est très bien foutu…

Théo : Il a pas été beaucoup regardé, mais qui répond très bien à ta question en fait.

MF : Ouais, après c’est surtout pour la suite, si vous comptiez y retourner.

Manu : D’ailleurs ce documentaire, on va donner suite à ces petites chroniques qu’on faisait. On a deux épisodes en tête. Une fois qu’on sera sorti de rush du début de tournée, on va monter le prochain asphalt. On va essayer de le sortir pour avril (ndlr: interview du 3 mars).

Théo : On veut y retourner mais on ne veut pas perdre trop de fric. On ne veut pas prendre de risque.

Manu : Maintenant on a un booker là-bas donc selon ce qu’il nous propose on ira. Mais on ira au moins une fois pour cette album. Même si on met l’accent sur l’Europe parce qu’on n’a pas fait beaucoup l’Europe et on devrait mettre l’accent là dessus.

MF : Ok. Du coup tu viens de répondre à ma dernière question qui était à propos du futur pour Hypno5e. Donc tournée, tournée, tournée?

Manu : C’est ça.

Théo : On veut jouer là où on n’est jamais allé surtout en Europe. Après on fantasme sur beaucoup de destination mais ce qui peut nous être que bénéfique pour l’instant, c’est l’Europe parce qu’il y a du public qui nous attend et qui nous as jamais vu. On a des festivals au mois d’Août en Europe de l’Est donc on pourra aller dire bonjour à ce public.

Manu : On va commencer à bosser aussi sur d’autres projets qui vont donner suite à cet album. Un quatrième album aussi dans un petit moment et aussi par d’autres intermédiaires avant la sortie du prochain album qu’on va essayer de mettre en place pour 2017, 2018. Il y a beaucoup de choses qui arrivent donc ça ne va pas chômer (rires).

MF : Et ben c’est parfait. J’ai terminé, si vous avez un petit mot pour conclure?

Manu : Merci de nous suivre. Venez nous voir en live, on va passer un peu partout, j’espère. Et n’hésitez pas…

Théo : N’hésitez pas à venir dire bonjour, ça nous fait plaisir de voir du monde (rires).

MF : Merci beaucoup.

Hypno5e : Merci à toi.

Quelques minutes après la fin de leur set, je retrouve l’ami FT pour parler de son bébé D E L U G E.

MF : On va commencer de façon classique. Comme c’est notre première interview ensemble, présente-moi ton projet.

FT : Euh ouais. Tu me diras ce que tu veux savoir parce que ça peut être long.

MF : Ben commence par le début.

FT : Donc j’ai commencer à bosser sur Déluge je dirais en 2012. A la base c’est parti d’une idée avec Max, que j’avais rencontré dans d’autres groupes avec lesquels on a fait des splits ensemble, tu le sais (NDR : FT dans Fléo et Max dans Petroïska Larma pour le split Noise Coalition). Et on avait ce vieux projet de faire de la musique ensemble sans savoir quoi exactement à la base. On ne savait pas si ce serait acoustique, rock, métal… On ne savait pas du tout. Et on a commencé à bosser sur quelques trucs avant que Max n’aient plus trop le temps. Il s’est mis en retrait par rapport à ça et j’ai vraiment bossé à donf sur le projet et j’ai avancer sur toute l’imagerie, le projet de scène, le concept de Déluge à la fois dans les sonorités et les compos. On a enregistré une démo en juillet 2013 si je ne me trompe pas et on l’a sorti qu’en septembre 2014. Et là on a sorti l’album en septembre dernier chez les Acteurs de l’Ombre.

MF : Ok. Tous les autres membres du groupe sont des potes à toi…

FT : C’est ça ouais.

MF : C’était vraiment important pour toi que vous soyez proche et qu’en plus ce soit des mecs qui aient de la bouteille sur scène?

FT : Absolument ouais. J’ai passé beaucoup de temps avec des mecs motivés mais sans… pragmatisme. Je sais pas si je me plante (rires). Enfin voilà je voulais des mecs qui soient vraiment un soutien pour le projet. C’est mon bébé et j’ai plein d’idée. C’est moi qui prend les décisions mais je voulais une équipe que je puisse consulter et ils sont tous plus compétents dans certains domaines que moi donc c’est ultra pratique parce que ça se fait vraiment dans le respect et dans la volonté d’avancer ensemble vers un bon truc, avec une idée. Pendant longtemps ça a été un peu flou parce que j’avais tout dans la tête et pas forcément le temps ou les moyens pour leur montrer mes idées. Ils m’ont jamais lâchées et on a vraiment galeré. Pour trouver un batteur, on a auditionné une dizaine de mecs, des super mecs qui avaient besoin de tourner tout de suite ou qui n’avaient pas forcément le temps. Et on a rencontré Ben parce que c’est lui qui a enregistré la première démo. On avait un batteur qui n’a pas du tout fait le job en studio. Et du coup pendant l’enregistrement, il m’a demandé si il pouvait essayer un truc. Il voulait me montrer ce que je voulais faire faire au batteur de l’époque qui devait vraiment être un batteur de session. Et il a envoyé un blast qui groovait à mort avec un tempo de malade et on a tout de suite trouvé qui allait enregistrer cette démo. Il n’était pas trop disponible à ce moment là, il avait beaucoup de chose à faire. Et une fois qu’il a mis un bon coup de balais dans son emploi du temps, peut-être 1 an plus tard, ou 6 mois je ne sais plus, il est revenu vers moi en me disant qu’il était dispo. On a donc commencé à bosser, ça l’a vraiment fait directement. On a vraiment beaucoup bossé sur les pistes qu’on avait. On a fait tourner les 5 pistes qu’on avait à l’époque et on avait déjà des opportunités. Les Acteurs de l’Ombres ont failli sortir la démo et au niveau timing et budget c’était un peu serré et ça l’a pas fait. Mais par contre on avait des touches d’autres labels pour sortir un album. Et on s’est dit que ça pouvait être pas mal de bosser pour un album. Je ne voulais pas sortir d’album sans label. Du coup on a bossé sur l’album. J’avais 5 pistes vraiment finies et 20, 30 minutes à orchestrés et arrangés, ce qui a donné les 4 autres pistes de l’album. Il y a ses 5 pistes là, il y a un triptyque que j’ai découpé et quand on l’écoute à l’usure et voit que cette partie là a été composée à côté. Mais ça ne clash pas avec les autres pistes. Et du coup on a sorti ça. Du coup c’était important pour moi d’avoir ce genre d’équipe. Maintenant quand je monte sur scène, je suis détendu pour passer un bon moment parce que je sais que derrière ça envoie la purée. Je suis rassuré, maintenant c’est à moi de tout donner. Je sais que eux, ils envoient la sauce et qu’ils tiennent la route parce qu’ils ont beaucoup tournés. Même si on n’était pas potes, c’est une équipe où je me dirais c’est cool de partir en tournée avec ces mecs là. Et comme c’est mes meilleurs potes et ben… c’est beau (rires).

MF : Tu viens de le dire c’est ton bébé. Mais est-ce que tu leur laisses quand même de la liberté pour structurer des parties?

FT : Alors tout l’album, à part quelques riffs de guitares que Richard a amené et quelques petits arrangements, j’ai vraiment du faire 95% du boulot de composition des « cordes ». J’ai composé les 2 guitares à chaque fois, les lignes de basses. Après c’est de la discussion mais j’avais fait le plus gros du boulot. Le truc qu’on a eu le plus de travail en commun c’est plus les patterns de batterie sur les parties aérées. Il y a beaucoup de blast et j’avais une idée précise de ce que je voulais avec les roulements pour relancés, etc et c’est assez cohérent avec les guitares parce que c’est une composition logique. Il y a pas trop de trucs alambiqués, ça appelle toujours quelque chose. Quand t’avances dans la piste, t’as des références à des choses que t’as avant ou ce qui va arriver à la fin. Mais c’est vraiment pour les parties aérées où pour le coup, il fallait des choses qui groove un peu et que j’ai un peu de mal à composer. C’est pour ça que Jam (Ben, batterie ndlr) a eu un gros rôle à jouer. J’ai remarqué que dans ses blasts, il arrivait à faire groover les cymbales, même la caisse claire sur des blasts, parce qu’il était dans un groupe de grindcore avant mais que c’est aussi un passionné de rock et il est capable d’avoir un jeu très très rock et ça dynamise le truc. Il arrive à faire groover tout ça et il a apporté beaucoup sur ces parties de compositions. Pour le coup Richard et Fred aussi. Enfin ils m’ont bien aidés sur ces parties, mais les cordes, arrangements étaient déjà prêts. Je les consulte aussi sur certains aspects d’imagerie… De méthode de diffusion plutôt parce qu’ils ont aussi beaucoup de passifs, moi ça m’intéresse de plus en plus mais j’avais pas toutes les méthodes qu’ils avaient avec d’autres groupes et ils étaient plus calés que moi donc je les consulte beaucoup. Je prend toujours la décision à la fin, mais si ils ont une meilleure idée que moi, je la retiens. Je ne suis pas un leader tyrannique débile. Je suis un leader tyrannique sympa (rires).

MF : L’album est sorti il y a quelques mois. Les retours sont plutôt très bons…

FT : Carrément ouais.

MF : Ca te conforte dans l’idée que c’était ce qu’il fallait que tu fasses à ce moment de ta vie musical?

FT : Grave. J’en suis vraiment super fier. Je le dis sans rougir, parce que c’est le premier projet de ma vie, enfin de ma vie de musicien où je met toutes mes couilles et toutes mes tripes dedans. Tu vois, je me suis dis: « Maintenant on y va. Tu prends du temps… » et j’ai pris vraiment beaucoup de temps libre. Libre, parce que j’ai eu une phase de ma vie où j’ai eu le temps de faire ce que je voulais et j’avais aussi les moyens qu’il fallait pour le mettre en oeuvre. Donc j’ai beaucoup investi en temps et en argent dans cet album et il y a pas mal d’indicateur. Sur n’importe quel concert qu’on a fait, même dans des endroits avec des plans dépanne avant une grosse date sur un routing ou des trucs comme ça, on a toujours beaucoup de monde. En tout cas suffisamment de monde pour dire que ça intéresse les gens. Ca me fait plaisir, parce que si ça ne marchait pas, je serais forcément triste. Là je me dis, j’ai fait mon truc, c’est vraiment mon truc et il fallait que ça soit fait. Ca fait référence à pas mal d’étapes de ma vie, de nos vie à nous, sur des paroles, sur des parties mélancoliques, sans tomber non plus dans la dépression et la tristesse. Mais du coup voilà, si ça ne prenait pas j’en serais quand même très content. Bon je ne l’écoute pas tous les jours, je ne me fais pas d’auto-fellation systématique (rires). Mais de temps en temps. J’écoute beaucoup de black moderne et je me dis : « Bon, ben il manque encore un truc ». Et je me surprend moi-même à avoir envie d’écouter Déluge et c’est vraiment ça que je voulais. Je le dis vraiment sans égoïsme, je ne me mets pas sur un pied d’estale. Quand j’ai composé, j’avais vraiment l’impression d’être externe à tout ça. J’avais beaucoup de temps à passer sur ma gratte et j’ai trouvé ces riffs qui sonnent. Je me suis dis que ça sonnait comme un truc que je n’avais pas encore trop écouté. J’écoutes beaucoup de Deafheaven, Liturgy, Altar Of Plagues, Amenra, enfin plein de bonnes choses mais il manque un petit truc. Tu vois Deafheaven c’est hyper cool, mais il y a des parties un peu à l’eau de rose, pourtant j’adore des trucs très aériens, mais là c’est trop… je vais pas dire trop californiens (rires) parce que j’adore ça aussi, mais il manque quelque chose. Il y a quelque chose à faire qui n’a pas été fait et j’en suis très très content. En plus les retours sont globalement très bon. A part quelques chroniques, après ça ne peut pas plaire à tout le monde, c’est un peu particulier. Après les retours en termes de ventes, bon il y a la distribution qui joue beaucoup mais pour l’album, on a fait 1000 digi, 300 LP et c’est sold-out depuis 1 mois, 1 mois 1/2. Donc on a repressé des cds et des vinyles. J’en discutais avec Chris notre sondier, les groupes qui arrivent à faire plus de 1000 cds, c’est cool et c’est qu’il se passe un truc. Le boulot de diffusion y est pour beaucoup, le label a vraiment assuré en terme de promotion et distribution. On a 1 ou 2 attachées de presses qui bossent au label pour nous et qui font de l’excellent boulot. Après tu peux avoir le meilleur album du monde, si personne n’en parle tu ne le vendras pas. Et en l’occurence ils ont mis vraiment les moyens et les retours sont hyper cool.

MF : Donc sur l’album, les pistes sont toutes liées entre elles avec ce sample de pluie. Est-ce que c’est liée au concept de l’album?

FT : Ben c’est un truc que je pensais pour le nom de Déluge. Je me suis pas dis de suite il faut qu’on s’appelle Déluge. J’avais pensé à des structures et des ambiances et c’est venu naturellement. Il y avait des grosses nappes de guitares, une batteries soutenues, des aérations de temps en temps avec des parties plus posées. Mais je me suis dis, globalement il faudrait que tu te fasses jamais chier et que quand ça se calme tu sois encore captivé, que tu récupères les mecs et que derrière tu leur en remettes plein la gueule et c’est venu naturellement. Déluge de guitare, déluge d’intensité, déluge de mélodie, ben je me suis dis que je pourrais appeler ça Déluge. C’est venu un peu comme ça. On a vraiment fait le projet autour de ça, l’eau c’est un élément assez intéressant et qui apporte plein d’aspect. Ca peut être la colère, une pluie torrentielle après t’as une bruine pour un dimanche un peu pluvieux. Tu vois c’est des émotions fortes qui correspondent toujours aux paroles et aux mélodies. On s’est bien cassé la tête sur le concept. Ce n’est pas vraiment un concept album mais ça pourrait l’être dans le sens où… J’ai une anecdote là dessus quand j’ai composé les 3 dernières pistes, on est arrivé avec Max en studio avec les pré-prods et lui avait écris 3 textes. Et je ne suis même pas sûr qu’il avait écouté les pré-prods et il est arrivé avec 3 feuilles A4. On a posé les feuilles, je lui ai fait écouté les morceaux et sans se parler, j’ai regardé les paroles et on a avancé comme ça. On a fait 1 ou 2 écoutes et au final on s’est dit ce texte, ça ira avec cette piste. Et on était d’accord du premier coup. Sans avoir même écouté les morceaux en instru, les paroles collaient parfaitement aux ambiances et c’était super marrant. Donc voilà, le lien c’est que ça colle à la peau du projet. Que ce soit sur album ou sur scène, où il y a pas mal de concert où on n’a pas d’applaudissement avant la dernière note. La première fois c’était super déroutant à Rouen. A la fin les mecs étaient complètement fou, mais au départ tu te dis merde, qu’est ce qui se passe. Il n’y a pas eu un applaudissement entre les pistes, pourtant il y a quelques arrêts avec ce sample de pluie qui captive encore les gens où ils se disent, c’est fini ou on attend un peu. Enfin ça fait vraiment partie du projet, c’est pas un concept album mais ça fait partie intégrante du truc.

MF : Sur l’album il y a un feat avec Neige de Alcest, ça s’est passé comment?

FT : Et ben en fait j’ai commencé à écouter Alcest et je comprenais pas pourquoi il y avait cet engouement et pour l’anecdote, c’est comme pour Booba, j’ai commencé par la fin avant de comprendre qu’il était dans Lunatic avant donc qu’il y avait un sacré lascar derrière ce qu’il fait aujourd’hui, même si il y a des trucs que j’aime encore aujourd’hui. Et ben Alcest c’est pareil, j’ai découvert sur la fin et j’avais un peu de mal avec ces parties très chantées, haut perchés dans le chant. Et j’ai remonté l’arbre généalogique et je suis tombé sur la réédition, je crois, du Secret où j’ai pris une rouste. Et j’ai décomposé les anciens albums et je comprends pourquoi ils en sont là actuellement. Ca a mis un temps fou à arriver et c’est un projet que j’ai beaucoup respecté parce que c’est des mecs qui ont tout compris dans le sens où ils partent du black ultra traditionnelle et ils évoluent à donf sans ce soucier de savoir si les gens vont les suivre. Et connaissant Neige, il n’a pas fait ça pour dire : « Là on a bluffé tout le monde, maintenant on fait autre chose. ». C’est vraiment un mec qui fait ce qu’il a envie de faire, mais ça fait plaisir de ce dire qu’il fait ce qu’il veut et que ce qu’il fait c’est cool. Et comme c’est un bon ami de Valnoir qui nous a fait le visuel et a qui j’avais filé les pré-prods avant qu’il bosse sur l’artwork. Comme je savais qu’ils se connaissaient bien, je lui ai demandé s’il pouvait faire écouter ça à Neige pour avoir son avis. Nous on voulait dynamiser un peu le truc. On avait trois titres qui étaient sur la démo, pas avec le même son, ni les mêmes arrangements mais je me suis dis que ça pourrait donner une nouvelle peau sur une piste. Les 2 autres pistes étaient déjà bien changé niveau prod, donc on n’avait pas forcément le besoin mais sur la dernière on n’avait pas grand chose et on s’est dit que ça serait cool. Il a écouté et il a adoré. Et du coup il a été super sympa et ça s’est fait très simplement. Il a fait ça de façon très pro et ça s’est fait comme ça en fait.

MF : Pour vous ça marche plutôt bien. Vous avez pas mal de dates. Vous avez fait Gojira, vous faites Textures ce soir. La machine est bien lancée?

FT : Ouais. Ca commence à bien prendre. J’ai eu une petite absence de dispo ces derniers temps et là je vais commencer à pouvoir faire le ménage et pouvoir remettre le paquet là dessus. L’idée c’est vraiment de s’entourer rapidement en terme de prod. C’est à dire de trouver une boîte de booking rapidement, de trouver un manager rapidement pour vraiment pouvoir se concentrer sur l’essentiel. Le fait d’avoir des gens qui bossent pour nous vont nous faire gagner du temps et surtout nous permettre de passer le niveau au dessus. A l’heure actuelle je fais tout, booking, imagerie, composition mais j’ai pas le temps en ce moment. Donc je garde un peu la main sur tout. Bon les mecs me rencardent sur des plans, ils donnent des idées, ils ont aussi des contacts, mais c’est toujours moi qui deal le truc et rien que ça, ça prend beaucoup de temps. Après avec mes anciens groupes, on était toujours à la recherche de dates. Là c’est quasiment que des réponses à des demandes, donc à des mecs qui nous veulent. Donc c’est super flatteur mais ça prend quand même du temps. Et on veut vraiment passer l’étape du dessus en s’entourant de pro dont c’est le métier et qui vont pouvoir nous consulter et nous proposer des trucs auxquels je n’ai pas forcément pensé pour aller dans le sens du projet. Je sais ce que je veux, mais je ne sais pas à moyen et long terme ce qu’il faut pour arriver à ces résultats là et c’est des mecs qui pourraient me filer plus qu’un gros coup de main.

MF : Pour l’instant vous rester dans la partie francophone. T’as pas peur qu’avec vos paroles en Français, vous ayez un peu de mal à sortir de la Francophonie?

FT : Je ne sais pas trop. Je sais que l’album est distribué quasiment dans le monde entier grâce aux Acteurs de l’ombre, qui passent par Season Of Mist pour l’Europe et d’autres distributeurs en Scandinavie, au Japon ou aux Etats-Unis. Bon après le Québec n’est pas le bon exemple mais on a un super retour là-bas donc ça va dans ton sens, mais on a apparemment aussi un bon retour en Scandinavie, notamment en Norvège, donc c’est très flatteur. Apparemment le Japon, ça marche bien aussi, bon le Japon dès que t’es Français avec 3 poils, tu fonctionnes à donf (rires). Mais je ne sais pas trop. Il y a plein de chose autour. C’est vrai que les paroles, c’est très important pour nous, mais je pense qu’on peut s’y retrouver aussi parce que sur scène on propose quelque chose d’un peu particulier, qui va aussi évoluer. C’est vrai que quand tu ressors, t’as vu un truc que t’as pas beaucoup vu parce que les lights sont un peu particulières mais je pense qu’il y a possibilité de s’y retrouver sans comprendre les paroles. Ou alors chercher un peu les traductions comme ça se fait chez nous. C’est vrai qu’on a fait beaucoup de France, on a fait un peu la Belgique, la Suisse. On va peut-être faire l’Allemagne bientôt mais je pense que ça ne sera pas bloquant parce qu’il y a un peu plus que les paroles. Après c’est sûr que si tu ne traduis pas les paroles tu perds quelque chose, mais je pense que l’expérience est quand même là.

MF : J’ai quasiment terminé et on vient d’en parler un peu. C’est quoi le futur pour Déluge?

FT : Ben comme je l’ai dis c’est de s’entourer le plus rapidement possible pour passer l’étape suivante et continuer à soutenir l’album parce que là, niveau composition on a le temps, et je pense qu’on ne tourne pas assez. On a quelques belles dates mais on a de la disponibilité et on a envie de défendre ça. Même sur scène on ne joue que 60% de l’album donc on a encore beaucoup à faire. Donc voilà, la priorité c’est de tourner à donf. Et on verra d’ici quelques temps. On a déjà quelques idées de riffs. Je suis assez curieux de voir aussi ce que ça va donner. J’avais des idées pour l’album de prendre un peu à contre-pied la scène en faisant quelque chose de très moderne et je me dis qu’on pourrait prendre à contre-pied notre album mais on ne sait pas trop encore. Il y aura peut-être aussi une part plus importante des lascars pour la compo mais je ne sais pas trop ce qu’il en sera, mais on a vraiment envie de défendre l’album, parce qu’il y a un bon gros bloc à défendre et qu’on veut jouer. On avance beaucoup sur le live pour développer un set unique. On l’a déjà un peu mais on veut vraiment passer les étapes du dessus pour le live avec des moyens techniques plus importants. On a plein d’idée et on est en train de réfléchir à ça en ce moment, mais je pense clairement qu’on ne tourne pas assez.

MF : D’accord. Et bien j’ai terminé. Si tu veux ajouter quelques choses?

FT : Merci beaucoup Julien. J’ai passé un excellent moment sur scène. Je suis très égoïste parce qu’apparemment c’était un peu froid.

MF : Ouais, il y avait pas grand monde aussi, mais c’était un bon concert quand même. Le son était pas forcément top mais c’était cool.

FT : C’est vrai?

MF : Ouais ça manquait de définition sur les grattes.

FT : Ouais on m’a dis qu’au début c’était la catastrophe mais que vers la moitié ça s’est amélioré.

MF : Ouais c’est ça. Enfin c’était cool.

FT : Merci. Je suis de plus en plus égoïste là dessus, même si je ne vois pas de mecs bougés et qu moi je passe un bon moment, c’est cool. Et même si les mecs sont à fond, des fois je me fais chier (rires).

MF : Et ben merci encore.

FT : Merci à toi.

Interview de Textures avec Uri

Posted: 16 mars 2016 in Interviews

Alors que le groupe vient de sortir son cinquième, j’ai le plaisir de rencontrer Uri pour parler de ce dernier opus, de la tournée en cours et du futur de Textures.

MF : Bonjour Uri. La première partie de la tournée va se terminer. Comment ça s’est passé?

Uri : Salut. Ecoute c’était cool. Quasiment chaque soir était complet et les réponses étaient vraiment bonnes. Le public était vraiment enthousiaste. Je pense qu’ils sont heureux d’entendre de nouveaux morceaux et du fait que l’on soit de retour. On a eu de très bon retour et c’est vraiment sympa pour nous de rejouer après autant de temps.

MF : C’est votre dernière date ici en France. Vous aimez venir ici?

Uri : Ouais, énormément. La France à toujours été excellente pour nous. A chaque fois on a eu des bonnes salles et beaucoup de monde. C’est vraiment cool. Par exemple l’Allemagne est beaucoup moins accueillante. On joue dans des petites salles et avec moins de public, alors oui la France est toujours en haut de notre liste de pays à visiter.

MF : Ok.

Uri : On essaie de revenir autant que possible.

MF : Cool. Le nouvel album vient de sortir. Comment à réagi le public à ces nouveaux morceaux?

Uri : C’est sympa de voir que sur le premier morceau que l’on a présenté, « New Horizons », les gens connaissent déjà les paroles et chantent avec nous. Et c’est pareil pour « Shaping A Single Grain Of Sand », pour lequel on a sorti un clip, dès que Bart lance le morceau, tout le monde est vraiment dedans. Les gens reconnaissent déjà les morceaux et c’est vraiment bien parce qu’habituellement il faut du temps, genre 6 mois pour que les gens ai bien assimilé l’album. Donc voir que les gens connaissent déjà les paroles est un vrai bon signe, je pense.

MF : Ouais. Il s’est passé presque 5 ans entre Dualism et Phenotype. Pourquoi aussi longtemps?

Uri : C’est vrai (rires). Il y a plusieurs raisons à ça. La première et une des grosses raisons est que notre guitariste, Jochem, a quitté le groupe. Joe l’a remplacé mais il a fallu du temps, déjà pour trouver quelqu’un et ensuite de se connaître dans le jeu et l’écriture. Ensuite 3 des membres ont eu des enfants à 1 mois d’intervalle et ils ont forcément changés de priorité.

MF : Ouais normal.

Uri : Et comme tout le monde à un job à plein temps. On fait ça à côté donc quand ce genre de chose arrive, ça retarde le processus et comme on a aussi fait la tournée anniversaire pour Polars, ça a retardé l’écriture. Je pense que la plus grosse raison est que nous avons une façon de travailler qui est très démocratique. Tout le monde dans le groupe doit approuver ce qu’on fait et sinon on essaie de le corriger pour que tout le monde approuve. Si ça ne le fait pas alors on ne l’utilise pas. Alors il peut être vraiment dur d’avoir quelque chose de bon parce qu’il faut que tout le monde aime. Mais quand tu travailles comme ça, le résultat est bien meilleur, mais il prend plus de temps. Si on avait qu’une seule personne qui écrivait tout, ça sera beaucoup plus rapide, parce que les morceaux arriveraient comme ça. Mais ce n’est pas du tout notre façon de faire. Tout le monde à écrit pour cet album et c’est aussi pour ça qu’il est aussi varié, que ce soit pour les parties heavy et plus légères. Ca prend du temps (rires).

MF : Tu viens un peu d’en parler, j’ai beaucoup écouté le nouvel album.

Uri : Merci.

MF : Vous avez gardé votre patte, on reconnaît tout de suite Textures, mais chaque partie est vraiment poussé à l’extrême. Que ce soit les parties rapides qui sont vraiment heavy et les parties calmes qui sont vraiment prenantes. Est-ce que c’était prévu comme ça?

Uri : Complètement. La principale raison est que tout le monde a composé pour cet album. Le feeling est donc beaucoup plus varié. On essaie toujours de faire quelque chose qui nous plait à nous d’abord. On essaie de nous surprendre nous même. Dualism n’est pas si heavy que ça, c’est beaucoup de chanson mid-tempo et plus direct. Et on savait qu’on voulait faire quelque chose de plus violent. Après quand on compose il y a tellement de parties différentes, comme par exemple le morceau « Zman » au piano, que j’ai écris complètement. Il est beaucoup plus calme mais il colle parfaitement avec l’album.

MF : Totalement.

Uri : Une fois qu’on a commencé à écrire, on fait uniquement ce qui nous plait et c’est ce qui est sorti.

MF : Ok. Vous avez également ajoutés pas mal de solos. C’est l’arrivée de Joe qui a changé ça?

Uri : Exactement. C’est un guitariste extrêmement talentueux et on s’est dit qu’il n’y avait jamais eu beaucoup de solo chez Textures. Jochem faisait tous les solos mais à un moment il ne sentait plus ça dans nos morceaux. Alors il n’écrivait plus pour avoir des choses plus mélodiques ou de solos. Et on s’est dit que si ça colle, ça colle, tu vois. Cela donne donc à tout le monde de quoi faire ce qu’il veut. On a également écris des parties rapides avec la guitare et le clavier et c’est quelque chose qu’on avait en tête depuis pas mal de temps. Comme on est parti de 0, on s’est dit que ce serait bon pour l’album.

MF : Le départ de Jochem a été gros pour le groupe. Est-ce que ça a été dur de continuer sans lui, vu l’importance qu’il avait dans le groupe?

Uri : Hmm. Oui et non en fait. C’est toujours dur d’avoir quelqu’un comme lui quitter le groupe. Il avait également un grand rôle dans le groupe du côté du management et il avait une vue d’ensemble sur la production. Mais quand il nous a dit qu’il partait, on s’est dit: « qu’est-ce qu’on fait? ». La musique était trop précieuse pour nous et le reste du groupe ne voulait pas s’arrêter là. Ca a pris presque un an ou un peu plus de 6 mois pour trouver Joe après le départ de Jochem. Et chacun d’entre nous a pu prendre contact avec le job qu’il faisait dans le groupe. Chacun avait sa tâche, on a divisé son boulot vers chacun et on a dû tous faire un petit peu plus. Ca a pris du temps, mais maintenant c’est devenu naturel pour nous. Et dès que Joe est arrivé, on a tout de suite su que ça fonctionnerait. Il comprend la musique et humainement ça se passe très bien. Au départ ça a été un choc mais on a fait ce qu’il fallait pour passer par dessus sans problème.

MF : Ok. Vous avez toujours un concept sur chaque album. Qu’est-ce que tu peux me dire sur Phenotype.

Uri : Et bien, cela commence par le fait qu’il y a 3 ans quand on a commencé à écrire. On s’est assis ensemble et s’est demandé ce qu’on devait faire. Et Stef, notre batteur, a dit qu’on devrait faire quelque chose de plus spécial qu’un simple album. Alors il est venu avec l’idée de faire un double album avec un album qui serait juste une longue chanson et un autre qui serait plus traditionnel. C’est ce qu’on a fait. Genotype, qui devrait sortir l’an prochain, sera la long morceau et Phenotype est l’album classique. Pour le concept, mon petit frère étudie la biologie et je l’ai fait aussi avant d’étudier la musique, et en discutant avec lui alors qu’il faisait une thèse en Suède sur les « Tadpole » (en Anglais) tu vois ce que je veux dire?

MF : Non.

Uri : C’est quand les grenouilles sont petites.

MF : Ah d’accord.

Uri : J’aurais du dire bébés grenouilles (rires). Et c’était à propos du phénotype et du génotype des têtards. En écoutant la musique que l’on avait, il y a beaucoup d’élément de Genotype que l’on retrouve dans Phenotype et inversement. Et je me suis dis comme on a écris l’album tous ensemble, ça allait être comme 2 parents qui donnent leurs ADN et qui donnent un enfant. Si le père a des yeux bleus et la mère des yeux marrons, le génotype est le fait qu’il peut avoir les yeux bleus ou marrons, mais comment cela ressort, c’est le phénotype. Si il a des yeux marrons, c’est son phénotype. La long morceau est vraiment tout ce qu’on sait faire et on a pris quelques unes de ces parties et on en a fait des chansons. Et cela donne Phenotype. Musicalement c’est comme ça que ça se passe, mais même au niveau des paroles, c’est aussi l’innée et l’acquis. C’est quelque chose qui faisait déjà un peu partie des concepts de Silhouettes et Drawing Circles. C’est intéressant de regarder les gens et de voir les choix qu’ils font, comment ils se comportent. On pourrait y regarder d’une certaine façon et apprendre les choses comme elle vienne et faire les choses comme t’en as envie. Et c’est en tout cas un concept très intéressant pour nous.

MF : Ok, tu viens de me dire que Genotype allait sortir l’année prochaine. Est-ce qu’il est fini?

Uri : Quasiment. On l’a écrit au même moment, mais c’est un peu dur à dire. On a voulu les sortir en même temps, mais on s’est dit que ça ferait trop d’informations pour l’auditeur et on avait peur qu’un des albums prennent plus d’ampleur que l’autre. Et ça ne donnerait pas ce qu’on voulait. On a donc décidé de ne pas les sortir ensemble. Du coup Genotype est prêt à 90%. On a presque toute la musique de prête, les paroles aussi. Mais il faut encore quelques arrangements et certaines parties demandes un peu de travail encore. Mais pour l’instant on se concentre sur les tournées, avec celle du mois prochain. On peut faire 2, 3 trucs dans le bus (rires). Mais après ces tournées on va se remettre au boulot pour le sortir l’année prochaine.

MF : Tu viens d’en parler, vous allez partir avec Amorphis. C’est une belle tournée.

Uri : Ouais complètement. C’est vraiment cool de se retrouver aussi longtemps sur la route. La dernière fois que l’on a fait ça, c’était avec Periphery aux USA. C’était même un peu plus long, mais c’est bien pour nous de faire ce genre de chose. De jouer dans des endroits que l’on ne connaît pas encore. Amorphis n’est pas vraiment dans le même style que nous donc je pense qu’on va jouer devant des gens qui ne nous connaissent peut-être pas du tout et c’est une bonne chose. Si tu joues avec un groupe qui fait la même chose que toi, les fans du premier groupe connaissent aussi le deuxième. Alors ça va être bien de pouvoir faire découvrir notre musique. Et en même temps ça va être dur de convaincre les gens. Donc je suis pressé de voir ce qu’il va se passer. C’est un bon pari mais ça va être cool. Je ne connais pas vraiment Amorphis…

MF : Moi non plus (rires).

Uri : Je connais de nom et qu’ils sont là depuis longtemps mais je ne connais pas trop leur musique.

MF : On est deux alors. Tu en as parler au début de l’interview, vous travaillez tous à côté. Ce n’est pas trop compliqué de faire ces tournées?

Uri : Ouais, ça peut être un peu problématique, mais pour la plupart on est freelance et on a des emplois du temps flexibles donc on a plus de temps libres. On est beaucoup à enseigner la musique donc c’est plus facile d’avoir un remplaçant. On a beaucoup d’amis qui peuvent prendre notre place et on l’a déjà fait plusieurs fois. Quand tu as du monde pour te remplacer quand tu veux ça va. C’est pour ça qu’on ne veux pas être dans un groupe à plein temps. Si tu fais 200 concerts à l’année alors oui tu peux payer tes factures, mais si il se passe quelque chose et que le groupe arrête, alors tu n’as plus rien.

MF : Oui.

Uri : Et du coup tu n’as plus de vie de famille ou de contact avec tes amis. Et pour être honnête, je pense que c’est moins sympa de faire plein de concert qu’une cinquantaine. A un moment donnée, ça se résume à faire des concerts. Pour moi c’est bien de tourner 3 ou 4 fois dans l’année avec quelques festivals, mais je ne me vois pas faire ça à plein temps. Comme le reste du groupe on a aussi envie de faire d’autres choses que de faire que notre musique. Je fait également des meubles et c’est une passion que j’ai aussi envie de faire quand je suis à la maison. On a toujours été claire là dessus dans le groupe.

MF : Ok. J’ai presque fini. Vous avez des plans pour retourner aux Etats-Unis.

Uri : Euh oui (rires). On a quelques offres pour y retourner avec quelques idées de tournée. Mais les Etats-Unis sont toujours compliqués parce que quand on va là-bas, on est encore un petit groupe. Les cachets sont très bas comparés à ici et le prix pour y aller est très cher. Le fait de partir là-bas coûte en gros 10000€ pour tout le groupe et la location d’un van. C’est difficile mais je pense qu’on va arriver à y retourner. Peut-être cette année ou l’année prochaine.

MF : Ok.

Uri : On y est déjà allé et c’était très cool et on a réussi à revenir à 0, tu vois. On n’a pas perdu d’argent mais on n’a pas rentré d’argent non plus. C’est difficile quand tu y vas avec tout le groupe et que tu dois quand même devoir payer les factures. Pour nous ce genre tournée est quand même mieux parce qu’on arrive à gagner un peu et à payer ces factures. C’est bien de pouvoir quitter son boulot pendant un mois sans se mettre dedans. Mais on aimerait vraiment y retourner parce que c’est cool (rires).

MF : Très bien. J’en ai terminé. Si tu as quelques choses à ajouter?

Uri : Merci à toi. C’est toujours cool de venir jouer en France alors venez nous voir quand vous pouvez. On sera de retour bientôt avec Amorphis alors n’hésitez pas!

MF : Merci beaucoup Uri.

Uri : Mais de rien.

Interview de Lo! avec Carl

Posted: 10 mars 2015 in Interviews

Version française

MF : Bonjour Carl. Comme c’est notre première interview ensemble, peux-tu présenter le groupe pour nos lecteurs?

Carl Whitbread : Nous sommes Lo! de Sydney en Australie. Nous sommes un groupe de hardcore / sludge / metal dans la lignée de Breach, Old Man Gloom, Converge, etc…

MF : Après l’écoute de The Tongueless, il semble que Sam soit le meilleur choix après le départ de Jamie. Est-ce que ça a été dur de trouver et de choisir Sam?

Carl : On connaissait déjà Sam avec son ancien groupe Snakes Get Bad Press avec qui on a joué à de nombreuses reprises. Nous avons toujours aimé sa voix et sa présence sur scène. C’était donc notre premier choix lorsqu’il a fallu trouver un nouveau chanteur. Notre principal inquiétude était que le style ne soit pas trop éloigné de celui de Jamie, mais on pense que ça nous a poussé dans une direction légèrement différente et ça nous a fait beaucoup de bien.

MF : Vous avez sorti The Tongueless sous la forme d’un EP. Pourquoi avoir choisi ces 4 chansons avec Sam, plutôt qu’un album?

Carl : Dès que Sam nous a rejoint, nous avons voulu sortir du nouveau avec lui le plus tôt possible. L’écriture d’un album aurait pris trop de temps alors on a décidé de sortir cet EP pour faire le rôle d’apéritif à ce qui va arriver.

MF : La chansons « Megafauna » est un peu différente de ce que vous avez l’habitude de proposer, avec cette approche plus ambiante. Est-ce que c’est une évolution que vous allez explorer dans le future?

Carl : On a toujours des éléments ambiant dans nos musique. On n’a jamais essayé de forcé certains style ou direction. On prend juste ce qu’on croit marcher pour une chanson en particulier.
Pour « Megafauna » on aimait tellement le riff principal, qu’on a juste décidé de le répéter tout au long de la chanson et de construire les parties clean autour.

MF : Parlons un peu du clip pour « Orca ». D’où est venue cette idée de boue rose?

Carl : L’idée est venue du réalisateur Matt Devine. Il travail principalement pour des publicités et a travaillé avec notre bassiste Adrian (qui est producteur) dans le passée sur différents projets. Il est également un fan de Lo! et a accepté de travailler sur notre clip depuis pas mal de temps. Un soir lors d’un concert de Lo! il nous a soumis l’idée de rendre Sam comme une ‘créature’ qui prend vie avec la musique que nous lui jouons, et on a tous aimé directement. La couleur rose a simplement été choisie parce qu’elle contraste tellement avec le noir et que c’est une couleur qu’on ne voit jamais dans les clips metal.

MF : Le clip a été réalisé par Adrian. Est-ce que c’est un vrai avantage pour le groupe de pouvoir contrôler l’avancé d’un projet comme celui-là?

Carl : Le clip a été réalisé par un groupe de gens talentueux et dévoués. Comme je te l’ai dis, l’idée est venue de notre ami et réalisateur Matt Devine, alors il était au manette de la partie créative et on lui faisait confiance à 100%. Adrian est producteur donc il a pu organiser tout les éléments avec l’équipe, les lieux de tournages et matériels, mais il a aussi pu trouver des deals avec des personnes avec qui il a travaillé par le passé. Et c’était un vrai gain financier pour nous, vu qu’on n’avait pas énormément de monnaie pour le faire.

MF : Vous êtes plutôt bien installé en Australie. Est-ce que tu penses que l’Europe à un truc pour vous également?

Carl : Carrément, Je pense qu’on se sent plus à la maison en Europe. Aussi bien qu’est l’Australie, la scène métal est plutôt petite et il n’y a pas beaucoup d’endroit où aller. L’Europe semble avoir un plus large public et une meilleure appréciation du metal. Les opportunités de tournées sont également meilleures et plus simples, alors qu’en Australie, il n’y a que les 6 grandes villes où jouer et elles sont toutes à 10 heures de routes. Ce qui rend les choses compliquées et très chères.

MF : Vous travaillez avec Robin Staps et Pelagic Records. Est-ce que c’est une bonne opportunité pour exporter votre musique chez nous?

Carl : Ca nous a tellement aidé. Les choses sont plus simples aujourd’hui avec Internet, qui permet au groupe de tout de suite être vu en dehors de chez eux. Mais avoir quelqu’un qui connaît et comprend la scène metal dans le coin, poussant ta musique vers les bonnes personnes, est quelque chose qu’il est très difficile de faire tout seul.

MF : Ca fait deux ans depuis votre tournée avec The Ocean et Cult Of Luna. Comment c’est passé votre première expérience Européenne?

Carl : Nous étions tellement touchés d’avoir eu cette opportunité. C’est très rare qu’un groupe Australien puisse faire ça. Chaque point de cette tournée a été exceptionnel, des gens rencontrés, aux paysages en passant par les salles. Je dois admettre que c’était dur de devoir conduire d’aussi longue distance tous les jours et de ne pas avoir de jours de repos, mais c’est ce qui fait partie de cette expérience unique et on le referait sans hésitation.

MF : Les deux concerts que j’ai pu voir était vraiment excellent. Est-ce que vous prévoyez de revenir bientôt?

Carl : On a essayé depuis le jour où on est parti. C’est juste dur pour nous. On est encore en train de construire une base de fan et ce n’est pas facile de trouver des gros concerts. On croise les doigts pour pouvoir revenir bientôt.

MF : Merci d’avoir répondu à mes questions. Je te laisse avec le dernier mot.

Carl : Merci encore pour ton soutien! J’espère qu’on se verra bientôt.


English version

MF : Hello guys. As it’s our first interview, could you present the band for our readers?

Carl Whitbread : We’re Lo! from Sydney, Australia. We are a hardcore / sludge / metal band in the vain of Breach, Old Man Gloom, Converge, etc…

MF : After listening to The Tongueless, it feels like Sam was the right choice after Jamie’s departure. Was it hard to find and choose Sam?

Carl : We already knew Sam from his previous band Snakes Get Bad Press who we had played with on numerous occasions. We had always liked his voice and stage presence, so he was our first choice once we had to find a new singer. Our only initial concern was that his vocal style was quite different from Jamies, but we feel this has pushed us in a slightly different direction which has been refreshing for us.

MF : The Tongueless came out as an EP. Why did you chose to have those 4 songs with Sam over releasing a full length?

Carl : Once Sam joined we were very eager to get out new material with him on it as soon as possible. Since writing a whole album would have taken too long, we decided to just do an EP to act as a ‘taster’ of things to come.

MF : The song « Megafauna » is a bit different of what you use to do, with a more ambiant feeling. Is it an evolution you’re willing to approach in the future?

Carl : We’ve always had elements of ambience throughout our music, we’ve never really forced a certain style or direction, it’s just whatever we think works for a particular song.
For Megafauna we really loved the main riff so much, we just decided to repeat it for the whole song then build the clean parts before and after around.

MF : Let’s talk a bit about the video clip for « Orca ». Where did the idea of that pink slime came from?

Carl : The idea came from director Matt Devine. He primarily works on commercials and has worked with our bass player Adrian (producer) in the past on various projects. He’s also a fan of Lo! and had been keen to work on a clip for us for a long time. One night at a Lo! gig he was telling us about this idea of Sam being like a ‘creature’ that forms and rises up and down with the music that we’re playing at him, which we all loved straight away. The pink colour was simply chosen as it contrasted so well with black and was a really different colour to use in a metal film clip.

MF : The clip was made by Adrian. Is it a real advantage for small band to control the process for that kind of things?

Carl : The clip was made by a group of talented and dedicated people. As mentioned, the idea for it came from our friend and director Matt Devine, so he was basically in control of the creative side and we had 100% trust in him. Adrian is a producer so not only was he able to organise all the elements of the crew, locations and props, but he was able to call in favours and deals from people he had worked with previously, which was a huge benefit for us financially, as we didn’t have much money to make it.

MF : You are pretty well established in Australia. Do you feel that Europe has a thing for you as well?

Carl : Definitely, I think we’d feel more at home in Europe. As great as Australia is, the metal scene here is quite small, so there’s only so far you can go. Europe seems to have not only a wider audience but a greater appreciation for heavy music. Touring opportunities are greater and easier as well, whereas in Australia, there’s only really 3-6 major cities to play that are all at least 10 hours apart. It makes things very hard and expensive.

MF : You’re working with Robin Staps and Pelagic Records. Is it a great opportunity for you to export your music here?

Carl : It has helped us so much. Things are obviously much easier these days with the internet allowing bands to instantly expose themselves to an overseas market, but having someone who really knows and understands the heavy music scene in your corner, pushing your music to all right people, is something that is very hard to achieve on your own.

MF : It’s been two years now since you toured with The Ocean and Cult Of Luna. How was your first experience in Europe?

Carl : We were so humbled to be given the opportunity, it’s very rare an Australian metal band can do that. Every aspect of it was amazing – from the people we met, to the countryside, to the venues. Admittedly it was very tough having to drive such long distances every day and we didn’t really have any days off, but that’s all part of the unique experience and we would do it all again in a heartbeat.

MF : The two shows I saw back then were really good. Are you guys planning on coming back here soon?

Carl : We’ve been trying since the day we left. It’s just hard for us as we’re still building a fan base there so it’s not super easy to get a big run shows. Fingers crossed we can get back soon though.

MF : Thanks for answering my question. I will let you the last words.

Carl : Thanks again for all the support! Hopefully see you soon.