Interview de Textures avec Uri

Posted: 16 mars 2016 in Interviews

Alors que le groupe vient de sortir son cinquième, j’ai le plaisir de rencontrer Uri pour parler de ce dernier opus, de la tournée en cours et du futur de Textures.

MF : Bonjour Uri. La première partie de la tournée va se terminer. Comment ça s’est passé?

Uri : Salut. Ecoute c’était cool. Quasiment chaque soir était complet et les réponses étaient vraiment bonnes. Le public était vraiment enthousiaste. Je pense qu’ils sont heureux d’entendre de nouveaux morceaux et du fait que l’on soit de retour. On a eu de très bon retour et c’est vraiment sympa pour nous de rejouer après autant de temps.

MF : C’est votre dernière date ici en France. Vous aimez venir ici?

Uri : Ouais, énormément. La France à toujours été excellente pour nous. A chaque fois on a eu des bonnes salles et beaucoup de monde. C’est vraiment cool. Par exemple l’Allemagne est beaucoup moins accueillante. On joue dans des petites salles et avec moins de public, alors oui la France est toujours en haut de notre liste de pays à visiter.

MF : Ok.

Uri : On essaie de revenir autant que possible.

MF : Cool. Le nouvel album vient de sortir. Comment à réagi le public à ces nouveaux morceaux?

Uri : C’est sympa de voir que sur le premier morceau que l’on a présenté, « New Horizons », les gens connaissent déjà les paroles et chantent avec nous. Et c’est pareil pour « Shaping A Single Grain Of Sand », pour lequel on a sorti un clip, dès que Bart lance le morceau, tout le monde est vraiment dedans. Les gens reconnaissent déjà les morceaux et c’est vraiment bien parce qu’habituellement il faut du temps, genre 6 mois pour que les gens ai bien assimilé l’album. Donc voir que les gens connaissent déjà les paroles est un vrai bon signe, je pense.

MF : Ouais. Il s’est passé presque 5 ans entre Dualism et Phenotype. Pourquoi aussi longtemps?

Uri : C’est vrai (rires). Il y a plusieurs raisons à ça. La première et une des grosses raisons est que notre guitariste, Jochem, a quitté le groupe. Joe l’a remplacé mais il a fallu du temps, déjà pour trouver quelqu’un et ensuite de se connaître dans le jeu et l’écriture. Ensuite 3 des membres ont eu des enfants à 1 mois d’intervalle et ils ont forcément changés de priorité.

MF : Ouais normal.

Uri : Et comme tout le monde à un job à plein temps. On fait ça à côté donc quand ce genre de chose arrive, ça retarde le processus et comme on a aussi fait la tournée anniversaire pour Polars, ça a retardé l’écriture. Je pense que la plus grosse raison est que nous avons une façon de travailler qui est très démocratique. Tout le monde dans le groupe doit approuver ce qu’on fait et sinon on essaie de le corriger pour que tout le monde approuve. Si ça ne le fait pas alors on ne l’utilise pas. Alors il peut être vraiment dur d’avoir quelque chose de bon parce qu’il faut que tout le monde aime. Mais quand tu travailles comme ça, le résultat est bien meilleur, mais il prend plus de temps. Si on avait qu’une seule personne qui écrivait tout, ça sera beaucoup plus rapide, parce que les morceaux arriveraient comme ça. Mais ce n’est pas du tout notre façon de faire. Tout le monde à écrit pour cet album et c’est aussi pour ça qu’il est aussi varié, que ce soit pour les parties heavy et plus légères. Ca prend du temps (rires).

MF : Tu viens un peu d’en parler, j’ai beaucoup écouté le nouvel album.

Uri : Merci.

MF : Vous avez gardé votre patte, on reconnaît tout de suite Textures, mais chaque partie est vraiment poussé à l’extrême. Que ce soit les parties rapides qui sont vraiment heavy et les parties calmes qui sont vraiment prenantes. Est-ce que c’était prévu comme ça?

Uri : Complètement. La principale raison est que tout le monde a composé pour cet album. Le feeling est donc beaucoup plus varié. On essaie toujours de faire quelque chose qui nous plait à nous d’abord. On essaie de nous surprendre nous même. Dualism n’est pas si heavy que ça, c’est beaucoup de chanson mid-tempo et plus direct. Et on savait qu’on voulait faire quelque chose de plus violent. Après quand on compose il y a tellement de parties différentes, comme par exemple le morceau « Zman » au piano, que j’ai écris complètement. Il est beaucoup plus calme mais il colle parfaitement avec l’album.

MF : Totalement.

Uri : Une fois qu’on a commencé à écrire, on fait uniquement ce qui nous plait et c’est ce qui est sorti.

MF : Ok. Vous avez également ajoutés pas mal de solos. C’est l’arrivée de Joe qui a changé ça?

Uri : Exactement. C’est un guitariste extrêmement talentueux et on s’est dit qu’il n’y avait jamais eu beaucoup de solo chez Textures. Jochem faisait tous les solos mais à un moment il ne sentait plus ça dans nos morceaux. Alors il n’écrivait plus pour avoir des choses plus mélodiques ou de solos. Et on s’est dit que si ça colle, ça colle, tu vois. Cela donne donc à tout le monde de quoi faire ce qu’il veut. On a également écris des parties rapides avec la guitare et le clavier et c’est quelque chose qu’on avait en tête depuis pas mal de temps. Comme on est parti de 0, on s’est dit que ce serait bon pour l’album.

MF : Le départ de Jochem a été gros pour le groupe. Est-ce que ça a été dur de continuer sans lui, vu l’importance qu’il avait dans le groupe?

Uri : Hmm. Oui et non en fait. C’est toujours dur d’avoir quelqu’un comme lui quitter le groupe. Il avait également un grand rôle dans le groupe du côté du management et il avait une vue d’ensemble sur la production. Mais quand il nous a dit qu’il partait, on s’est dit: « qu’est-ce qu’on fait? ». La musique était trop précieuse pour nous et le reste du groupe ne voulait pas s’arrêter là. Ca a pris presque un an ou un peu plus de 6 mois pour trouver Joe après le départ de Jochem. Et chacun d’entre nous a pu prendre contact avec le job qu’il faisait dans le groupe. Chacun avait sa tâche, on a divisé son boulot vers chacun et on a dû tous faire un petit peu plus. Ca a pris du temps, mais maintenant c’est devenu naturel pour nous. Et dès que Joe est arrivé, on a tout de suite su que ça fonctionnerait. Il comprend la musique et humainement ça se passe très bien. Au départ ça a été un choc mais on a fait ce qu’il fallait pour passer par dessus sans problème.

MF : Ok. Vous avez toujours un concept sur chaque album. Qu’est-ce que tu peux me dire sur Phenotype.

Uri : Et bien, cela commence par le fait qu’il y a 3 ans quand on a commencé à écrire. On s’est assis ensemble et s’est demandé ce qu’on devait faire. Et Stef, notre batteur, a dit qu’on devrait faire quelque chose de plus spécial qu’un simple album. Alors il est venu avec l’idée de faire un double album avec un album qui serait juste une longue chanson et un autre qui serait plus traditionnel. C’est ce qu’on a fait. Genotype, qui devrait sortir l’an prochain, sera la long morceau et Phenotype est l’album classique. Pour le concept, mon petit frère étudie la biologie et je l’ai fait aussi avant d’étudier la musique, et en discutant avec lui alors qu’il faisait une thèse en Suède sur les « Tadpole » (en Anglais) tu vois ce que je veux dire?

MF : Non.

Uri : C’est quand les grenouilles sont petites.

MF : Ah d’accord.

Uri : J’aurais du dire bébés grenouilles (rires). Et c’était à propos du phénotype et du génotype des têtards. En écoutant la musique que l’on avait, il y a beaucoup d’élément de Genotype que l’on retrouve dans Phenotype et inversement. Et je me suis dis comme on a écris l’album tous ensemble, ça allait être comme 2 parents qui donnent leurs ADN et qui donnent un enfant. Si le père a des yeux bleus et la mère des yeux marrons, le génotype est le fait qu’il peut avoir les yeux bleus ou marrons, mais comment cela ressort, c’est le phénotype. Si il a des yeux marrons, c’est son phénotype. La long morceau est vraiment tout ce qu’on sait faire et on a pris quelques unes de ces parties et on en a fait des chansons. Et cela donne Phenotype. Musicalement c’est comme ça que ça se passe, mais même au niveau des paroles, c’est aussi l’innée et l’acquis. C’est quelque chose qui faisait déjà un peu partie des concepts de Silhouettes et Drawing Circles. C’est intéressant de regarder les gens et de voir les choix qu’ils font, comment ils se comportent. On pourrait y regarder d’une certaine façon et apprendre les choses comme elle vienne et faire les choses comme t’en as envie. Et c’est en tout cas un concept très intéressant pour nous.

MF : Ok, tu viens de me dire que Genotype allait sortir l’année prochaine. Est-ce qu’il est fini?

Uri : Quasiment. On l’a écrit au même moment, mais c’est un peu dur à dire. On a voulu les sortir en même temps, mais on s’est dit que ça ferait trop d’informations pour l’auditeur et on avait peur qu’un des albums prennent plus d’ampleur que l’autre. Et ça ne donnerait pas ce qu’on voulait. On a donc décidé de ne pas les sortir ensemble. Du coup Genotype est prêt à 90%. On a presque toute la musique de prête, les paroles aussi. Mais il faut encore quelques arrangements et certaines parties demandes un peu de travail encore. Mais pour l’instant on se concentre sur les tournées, avec celle du mois prochain. On peut faire 2, 3 trucs dans le bus (rires). Mais après ces tournées on va se remettre au boulot pour le sortir l’année prochaine.

MF : Tu viens d’en parler, vous allez partir avec Amorphis. C’est une belle tournée.

Uri : Ouais complètement. C’est vraiment cool de se retrouver aussi longtemps sur la route. La dernière fois que l’on a fait ça, c’était avec Periphery aux USA. C’était même un peu plus long, mais c’est bien pour nous de faire ce genre de chose. De jouer dans des endroits que l’on ne connaît pas encore. Amorphis n’est pas vraiment dans le même style que nous donc je pense qu’on va jouer devant des gens qui ne nous connaissent peut-être pas du tout et c’est une bonne chose. Si tu joues avec un groupe qui fait la même chose que toi, les fans du premier groupe connaissent aussi le deuxième. Alors ça va être bien de pouvoir faire découvrir notre musique. Et en même temps ça va être dur de convaincre les gens. Donc je suis pressé de voir ce qu’il va se passer. C’est un bon pari mais ça va être cool. Je ne connais pas vraiment Amorphis…

MF : Moi non plus (rires).

Uri : Je connais de nom et qu’ils sont là depuis longtemps mais je ne connais pas trop leur musique.

MF : On est deux alors. Tu en as parler au début de l’interview, vous travaillez tous à côté. Ce n’est pas trop compliqué de faire ces tournées?

Uri : Ouais, ça peut être un peu problématique, mais pour la plupart on est freelance et on a des emplois du temps flexibles donc on a plus de temps libres. On est beaucoup à enseigner la musique donc c’est plus facile d’avoir un remplaçant. On a beaucoup d’amis qui peuvent prendre notre place et on l’a déjà fait plusieurs fois. Quand tu as du monde pour te remplacer quand tu veux ça va. C’est pour ça qu’on ne veux pas être dans un groupe à plein temps. Si tu fais 200 concerts à l’année alors oui tu peux payer tes factures, mais si il se passe quelque chose et que le groupe arrête, alors tu n’as plus rien.

MF : Oui.

Uri : Et du coup tu n’as plus de vie de famille ou de contact avec tes amis. Et pour être honnête, je pense que c’est moins sympa de faire plein de concert qu’une cinquantaine. A un moment donnée, ça se résume à faire des concerts. Pour moi c’est bien de tourner 3 ou 4 fois dans l’année avec quelques festivals, mais je ne me vois pas faire ça à plein temps. Comme le reste du groupe on a aussi envie de faire d’autres choses que de faire que notre musique. Je fait également des meubles et c’est une passion que j’ai aussi envie de faire quand je suis à la maison. On a toujours été claire là dessus dans le groupe.

MF : Ok. J’ai presque fini. Vous avez des plans pour retourner aux Etats-Unis.

Uri : Euh oui (rires). On a quelques offres pour y retourner avec quelques idées de tournée. Mais les Etats-Unis sont toujours compliqués parce que quand on va là-bas, on est encore un petit groupe. Les cachets sont très bas comparés à ici et le prix pour y aller est très cher. Le fait de partir là-bas coûte en gros 10000€ pour tout le groupe et la location d’un van. C’est difficile mais je pense qu’on va arriver à y retourner. Peut-être cette année ou l’année prochaine.

MF : Ok.

Uri : On y est déjà allé et c’était très cool et on a réussi à revenir à 0, tu vois. On n’a pas perdu d’argent mais on n’a pas rentré d’argent non plus. C’est difficile quand tu y vas avec tout le groupe et que tu dois quand même devoir payer les factures. Pour nous ce genre tournée est quand même mieux parce qu’on arrive à gagner un peu et à payer ces factures. C’est bien de pouvoir quitter son boulot pendant un mois sans se mettre dedans. Mais on aimerait vraiment y retourner parce que c’est cool (rires).

MF : Très bien. J’en ai terminé. Si tu as quelques choses à ajouter?

Uri : Merci à toi. C’est toujours cool de venir jouer en France alors venez nous voir quand vous pouvez. On sera de retour bientôt avec Amorphis alors n’hésitez pas!

MF : Merci beaucoup Uri.

Uri : Mais de rien.

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