Interview de Hypno5e

Posted: 18 mai 2016 in Interviews

Quelques instants après avoir fini leur balance, je retrouve le quatuor Hypno5e pour parler de leur dernier bijou.

MF : Bonjour à vous. Alors comme c’est notre première interview ensemble, présentez le groupe pour ceux qui ne vous connaîtrais encore pas?

Manu : Hypno5e s’est monté en 2004 et on est… attends je recommence (rires). Le groupe a commencé en 2004 à la base avec Thibault et Jérémy qui était les 2 membres d’origine. On a intégré Gredin par la suite. Depuis le line-up a changé, Théo a remplacé Thibault et Jo a remplacé Jérémy. On a sorti 3 albums et un maxi. Notre troisième album vient de sortir il y a deux semaines (ndlr: interview du 3 Mars). C’est une espèce de Métal Cinématographique. C’est des morceaux très long avec des passages très ambiants et des grosses parties très Métal. C’est assez hachurés, assez progressifs. Voilà comment on pourrait définir notre musique.

Gredin : Progressif c’est bien ouais.

MF : C’est ça. Le nouvel album a connu un peu de retard. Que c’est il passé?

Manu : Ouch… Le processus de composition a pas été si long que ça, on a commencé de composé dans la foulée de la fin de la tournée Acid Mist et Mars 2014. On voulait éviter d’avoir une aussi grosse coupure qu’entre nos deux précédents albums et on voulait vraiment enchaîner, parce que les choses ont bien tourner pour le groupe, et surfer sur ce qui se passait. L’album a été composé assez vite, il a été structuré en 3, 4 mois d’enregistrement et après comme on a fait une campagne de financement qui a eu, à notre surprise, pas mal de succès, on a voulu pour la première fois déléguer le mixage à un studio Anglais, parce qu’on a eu l’habitude de tout faire nous même et d’avoir la main mise sur le travail. Là on s’est dit qu’on pouvait tester un peu, ça irait aussi plus vite parce que c’est un long travail. On a pris quelqu’un qui apparemment aimait notre musique et qui pouvait nous aider à expérimenter sur certaines choses aux niveaux du son. On a fait un très mauvais choix. On s’est retrouvé dans un studio où on s’est un peu foutu de notre gueule. Ca s’est très mal passé humainement avec le mec et on a eu un retard de presque 3 mois. On n’a eu 0 nouvelle pendant ces 3 mois. Et on a décalé une première fois et l’album est passé par un autre studio qui a récupéré nos pistes… sous la table…

Gredin : Ouais, le mec a envoyé nos bandes à un autre studio à Los Angeles, sans nous le dire. Et c’est le studio à Los Angeles qui nous a contacté : « Ah, on est content, on a votre album… » (rires)

Manu : Le premier voulait sous-traiter, enfin se débarrasser du travail parce qu’on le pressait pour avoir le mix. Du coup ils ont remixés un peu l’album mais on n’a pas passé beaucoup de temps dans leur studio. Du coup on a récupéré les pistes et on a tout réenregistré et remixé nous même. Ce qui fait qu’on a eu un an et demi de retard sur la sortie. Au final, on a bien fait, parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi même.

Gredin : Exactement. On a pu travailler le son comme on voulait, tout en se concertant tout le temps et au final le résultat nous plaît à tous.

Manu : Au final, on a fait ce qu’on a fait sur chaque album.

MF : C’est vrai que du coup, pour quelqu’un comme moi qui ai déjà pu écouter l’album… Je l’ai vraiment ressenti comme un tout, par rapport à Acid Mist par exemple. Ca serait une piste unique, ça passerait tout seul. C’était quelque chose qui vous cherchiez quand vous avez composé?

Manu : Non en fait la manière dont on compose, en général quand on arrive en studio on n’a pas de morceaux terminés. On arrive avec des thèmes que j’apporte généralement. Des fois c’est un peu construit, mais ça dure 2, 3 minutes, ce n’est pas des morceaux complets. Et en studio on structure ensemble, le puzzle prend forme vraiment quand on enregistre. On a aucune vision globale de l’album avant de l’enregistrer. A part ‘Tio’, qui était une chanson qui était déjà composé avant. Je l’ai composé pour moi, mais elle s’est intégrée naturellement dans l’album, parce que la couleur qu’elle donnait collait parfaitement à l’album. L’album a pris forme quand on a eu fini l’enregistrement parce qu’on a eu du recul sur les morceaux uniquement une fois qu’ils ont été enregistrés. Même pendant le mixage, on travaille sur les arrangements. L’album, tel qu’il est construit, ça s’est fait vraiment à la fin. Les morceaux n’étaient pas agencé comme ça au début. Et finalement les choses prennent forme et la façon dont on a arrangé les choses donnent un sens. Agencé différemment, il n’aurait peut-être pas marché de la même façon.

Gredin : Je pense que si il y a une linéarité comme ça dans l’album c’est parce que le gros du travail s’est fait sur une seule semaine. On s’est réuni et on a vraiment bossé sur la structuration des morceaux et du coup je pense que c’est pour ça qu’on retrouve cette unité.

Manu : Comme ça se fait sur un laps de temps très court, les atmosphères qu’on déploie communiquent pas mal entre elle. Même si c’est des morceaux différents, on est dans une ambiance qui ne varie pas beaucoup pendant ce laps de temps. Donc malgré nous, il y a une logique qui se met en place naturellement.

MF : D’accord. Et quel est le concept derrière l’album?

Hypno5e : (rires)

Manu : En fait on a voulu construire cet album en 5 parties avec une cartographie intérieure d’un personnage qui est en errance sur une espèce d’île imaginaire, qui est composée de 5 rives avec la rive central. Et chaque rive représente une parcelle de mémoire, de souvenir qu’il traverse et on le suit pendant tout ce voyage. Il y a donc les 4 rives Nord, Sud, Est, Ouest et il y a le noyau central qui est la chanson ‘Tio’, qui est en Espagnol.

MF : Justement, sur vos textes, vous avez du Français, de l’Anglais, de l’Espagnol. Pourquoi vous choisissez une langue plus qu’une autre. Les textes viennent naturellement comme ça?

Gredin : C’est surtout pour la musicalité des textes et si ça colle au sens, tant mieux.

Manu : En général, les langues nous viennent naturellement. C’est vrai que la plupart des chansons sont écrites en Anglais, les samples en Français, mais on ne se pose pas la question. Ce qui nous motive, c’est la musicalité que pourra avoir une langue. C’est pour ça que ‘Tio’ n’aurait pas pu être écrite autrement qu’en Espagnol, parce que c’est une langue très poétique, très brute, qu’on ne retrouve pas forcément avec ce que je voulais dire ailleurs. Ce qui prime, c’est la manière dont les mots s’agencent avec la musique. Qu’est ce qu’ils vont signifiés dans la musicalité plus que dans le sens. C’est pour ça qu’on a aussi du Grec et du Suédois dans l’album.

Théo : C’est vraiment pour le son en fait.

Gredin : Ca permet de donner à chacun un sens, quelque soit l’origine. Chaque auditeur peut se faire son avis.

Manu : On se retrouve tous forcément perdu avec cette barrière de la langue et c’est donc que la musicalité qui prime, et ça permet de voyager dans un mélange d’abstrait et de concret.

MF : Et pour les textes qui sont samplés. Comment vous les choisissez?

Manu : En fait on a une bibliothèque qu’on se forge nous même dans nos lectures, dans les films…

Gredin : Ouais, chacun fait sa bibliothèque de son côté et quand on se réunit, on voit ce qui colle niveau couleur.

Manu : Quand on pense qu’il y a la place pour un passage parlé, on fouille un peu dans ce qu’on a. On en a aussi qui sont réenregistrés, avec des extraits d’un film que j’ai réalisé et qui ont été fait pour l’occasion. En général, c’est rare qu’on aille chercher quelque chose en particulier. On a tous les samples qu’on a récolté et on voit au niveau du rythme, du sens que ça pourrait donner et on pioche dans ce qu’on a.

MF : Vous cherchez à ce que ces textes collent textuellement avec ce que vous voulez présenter ou ça reste aussi toujours dans l’ambiance que vous voulez passer?

Manu : Pareil. C’est en priorité la musicalité, mais vu que les samples précèdent l’écriture des paroles, on ne se pose pas vraiment la question du sens en fait. On cherche plus l’état dans lequel va nous mettre ces mots, ces phrases. Quel décor il va donner en fait. Pour moi les samples dessinent une sorte de décor qui correspond à l’ambiance qu’on veut développer dans le morceau. Le sens vient après. Même à nous, ce n’est pas clair tant qu’on n’a pas mis un point final au morceau. Je ne pourrais pas expliquer où on va et ce qu’on veut dire avant que l’album soit fini. Si tu m’avais posé la question du sens de l’album juste avant d’avoir fini le mix, je n’aurais pas pu te répondre.

Gredin : C’est ça. On construit sur le tas et après on digère.

Manu : On y met une intention, une esthétique et le sens nous vient après quand on réécoute. Nous même on redécouvre le tout. C’est quelque chose de pas réfléchi en tout cas. C’est très brut.

Théo : Moi j’ai attendu la sortie de l’album pour vraiment l’écouter d’une traite. Je connaissais les morceaux forcément pour les avoir travaillé. Mais une fois la sortie, je me suis dis je vais me joindre à tous ceux qui vont le découvrir. Et du coup ça m’a permis de découvrir des sons que je n’entendais pas avant, des sens que je n’avais pas pris conscience avant. On est auditeur en plus d’être producteur.

MF : C’est assez rare d’avoir cette démarche. Même moi qui suis musicien, je n’ai pas ce recul là de redécouvrir ses propres morceaux une fois l’album terminé. On veut toujours se faire plaisir quand on compose mais il n’y a pas ce…

Manu : On n’est pas totalement maître de ce qu’on compose. Même si on sait où on va, mais je pense que je m’ennuierais de savoir à l’avance à quoi ça va ressembler. C’est même chiant parce qu’on est toujours surpris et jamais content au final. On a toujours envie de recommencer. C’est aussi ce qui fait le charme, c’est qu’on ai besoin de se surprendre nous même et de ce laisser aller.

Théo : Et ça nous ressemble dans notre façon d’être et de tourner.

Manu : Ouais c’est très brut, on attend que ça nous tombe dessus pour nous rendre compte de ce qu’il se passe.

MF : L’album est sorti chez Pelagic. Comment se passe la collaboration avec Robin?

Gredin : Super cool (rires).

Manu : On a tourné un peu avec eux (ndlr: The Ocean) au début et on le connaissait plutôt bien parce qu’il avait distribué une partie d’Acid Mist en Europe. Il voulait vraiment faire le nouvel album, nous on voulait aussi se retrouver sur un label qui est géré par un musicien et qui sait ce qu’il fait, avec un petit catalogue, pour pas être noyé dans la masse de groupe. Et du coup ça nous plaisait de bosser dans ce cadre là et notre musique colle bien avec ce qu’ils font, puisqu’il n’y a pas de barrière. Tu sais que toutes les possibilités sont là. Il est au service de la musique, que ça soit métal ou pas. Et on s’entend bien donc ça va le faire. On a fait une date à Berlin où on a pu passer une soirée ensemble, enfin une moitié de soirée (rires). Mais on s’est régalé et on va être appelé à partager des dates avec eux…

MF : Pour continuer dans le live, vous êtes très proches du cinéma mais vous aviez abandonner les projections. Vous comptez reprendre?

Gredin : On a repris (rires).

MF : Ah je les ai pas vu en bas.

Gredin : C’est trop petit.

Manu : Elles sont là tout le temps, mais on est tributaire de l’espace dans lequel on joue, et là c’était pas possible. Mais sur la plupart des dates elles seront là.

Théo : On est dans la transition pour jouer que dans des grandes salles (rires). Peut-être bientôt, on pourra avoir la vidéo 9 fois sur 10.

MF : Vous avez fait quelques belles dates pour la sortie de l’album avec Textures et Psykup. Il y en a d’autres qui arrivent. Ca commence bien?

Manu : Ouais c’est terrible. Tout va très bien. Textures c’était sur l’Allemagne, c’était la première fois qu’on jouait à Berlin et on a fait quasiment que des dates dans des endroits où on n’avait jamais joué donc c’était plutôt bien. Et là ça joue tous les week-ends donc c’est vraiment bien. Et les plateaux sont cool. On a joué avec Psykup au Trabendo et à Bethune et ça se complète bien. Même si ce n’est pas le même style, il y a une liberté dans la composition qui fait que ça colle bien. Et les gens aussi qui vont écouter ce genre de musique sont curieux, du coup je pense que le plateau est très cohérent.

Théo : Et ils sont super cool humainement aussi.

Manu : Ca faisait longtemps qu’on n’avait pas joué avec eux. Hypno5e a commencé avec Psykup et Manimal et du coup c’était bien de se retrouver et comme on a fait un morceau sur le premier album avec Milka donc on n’a pu rejouer le morceau après 9 ans et c’était pas mal (rires).

MF : On va parler un peu des Etats-Unis, la dernière expérience ne s’est pas forcément bien déroulé…

Manu : Ca dépend pour qui (rires).

MF : Vous n’y êtes pas tous allez donc…

Théo : Il faut que tu demandes à Gredin (rires).

MF : Du coup vous comptez y retourner quand même?

Manu : Ah oui bien sûr.

Gredin : La revanche est proche (rires).

Manu : C’est un projet pour cet album là de tourner 1 an et demi voir 2 ans. Et on compte bien y retourner.

Théo : On a fait des erreurs qu’on ne veut pas refaire. Même avec des Visa de travail, il y a beaucoup de gens dans notre entourage qui ont eu des soucis pour avoir ces visas et ils n’ont même pas pu, alors qu’ils avaient le contrat parce que le visa n’a pas pu être validé à temps. The Ocean ont eu ce soucis il y a pas longtemps. Donc ça fait un peu flipper quand t’es un projet européen parce qu’on se casse les dents.

Manu : C’est aussi pour ça qu’on ne voulais pas prendre de visas à l’époque parce que ça coûtait très cher. Mais on ne pouvais pas non plus annuler ces dates. On a fait 3 tournées là-bas, les 2 premières ce sont bien passées, sans visas… On devrait pas le dire normalement (rires). Et la 3ème, ben la moitié de l’équipe n’a pas pu partir. Mais l’essentiel était là donc on a pu tourner.

Théo : Ca se retrouve dans le documentaire Asphalt…

MF : Qui est très bien foutu…

Théo : Il a pas été beaucoup regardé, mais qui répond très bien à ta question en fait.

MF : Ouais, après c’est surtout pour la suite, si vous comptiez y retourner.

Manu : D’ailleurs ce documentaire, on va donner suite à ces petites chroniques qu’on faisait. On a deux épisodes en tête. Une fois qu’on sera sorti de rush du début de tournée, on va monter le prochain asphalt. On va essayer de le sortir pour avril (ndlr: interview du 3 mars).

Théo : On veut y retourner mais on ne veut pas perdre trop de fric. On ne veut pas prendre de risque.

Manu : Maintenant on a un booker là-bas donc selon ce qu’il nous propose on ira. Mais on ira au moins une fois pour cette album. Même si on met l’accent sur l’Europe parce qu’on n’a pas fait beaucoup l’Europe et on devrait mettre l’accent là dessus.

MF : Ok. Du coup tu viens de répondre à ma dernière question qui était à propos du futur pour Hypno5e. Donc tournée, tournée, tournée?

Manu : C’est ça.

Théo : On veut jouer là où on n’est jamais allé surtout en Europe. Après on fantasme sur beaucoup de destination mais ce qui peut nous être que bénéfique pour l’instant, c’est l’Europe parce qu’il y a du public qui nous attend et qui nous as jamais vu. On a des festivals au mois d’Août en Europe de l’Est donc on pourra aller dire bonjour à ce public.

Manu : On va commencer à bosser aussi sur d’autres projets qui vont donner suite à cet album. Un quatrième album aussi dans un petit moment et aussi par d’autres intermédiaires avant la sortie du prochain album qu’on va essayer de mettre en place pour 2017, 2018. Il y a beaucoup de choses qui arrivent donc ça ne va pas chômer (rires).

MF : Et ben c’est parfait. J’ai terminé, si vous avez un petit mot pour conclure?

Manu : Merci de nous suivre. Venez nous voir en live, on va passer un peu partout, j’espère. Et n’hésitez pas…

Théo : N’hésitez pas à venir dire bonjour, ça nous fait plaisir de voir du monde (rires).

MF : Merci beaucoup.

Hypno5e : Merci à toi.

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