Interview de Coilguns avec Jona – Mai 2018

Posted: 22 août 2018 in Interviews

Alors que le groupe était pleine tournée promo, j’ai eu l’occasion de discuter un peu, beaucoup, avec Jona de Coilguns à propos entre autre de leur nouvel album Millenials.

MF : Salut Jona. Ça fait presque 2 ans que Coilguns était endormi. Ça doit faire du bien de enfin défendre ce nouveau disque.

Jona : Ouais c’est clair. On a fait 2 concerts en 2016, mais en 2017 on n’a rien fait jusqu’à la fin de l’année où on a fait 5 concerts pour annoncer la sortie du disque. Et ouais ça fait forcément du bien. Parce qu’on a tous eu un peu développé nos carrières à côté avec d’autres projets et du coup on est revenu avec une énergie qu’on n’avait pas avant. Avec vraiment l’envie de mettre nos vies à la poubelle pour ce groupe quoi. Avec donc toute la compréhension et l’expertise pour savoir comment ça fonctionne de sortir des disques avec un groupe. Et c’est vrai que l’arrivée de Donatien, le quatrième membre, il y a vraiment une énergie et une cohésion de groupe qu’on n’avait pas avant. Genre là on est tous d’accord de plonger les pieds en avant dans le vide de la vie de clochard (rires). Mais c’est assez beau quoi, c’est une belle énergie. C’est hyper bien quoi.

MF : J’imagine. Tu viens d’en parler, Donatien a rejoint le groupe. C’est quoi qui a motivé son intégration ?

Jona : Quand on écrit Millenials, on a ajouté pas mal de synthé en fait. Pas de son de science-fiction mais plutôt des grosses basses. Et finalement avec le son qu’on avait sans bassiste, et seulement le son guitare / basse, il nous manquait de gras. On voulait aussi avoir plus de backing, quelques éléments percussifs aussi. Et Donatien, c’est quelqu’un qu’on connaissait parce que je jouais dans un autre groupe avec lui, il est multi instrumentiste aussi et qui est aussi un sacré numéro en termes de disponibilité on va dire. Lui aussi était disposé à mettre sa vie de côté pour faire partie du groupe quoi. Donc ça s’est fait assez naturellement finalement.

MF : D’accord. Après pas mal d’écoute de Millenials. J’ai un peu l’impression qu’on se retrouve dans une sorte d’hôpital psychiatrique où tu rencontres des mecs qui sont complètement paumés dans le truc. Est-ce que le fait d’être enfermé comme ça dans cette cabane en Allemagne pour composer a donné ce côté fou ?

Jona : Euh ouais. C’est marrant comme image. C’est quelque chose qui est assez ressorti. C’est soit un album assez patchwork qui n’a pas vraiment de sens, avec des morceaux qui n’ont pas vraiment de fin, ce qui est le cas d’ailleurs. Et puis il y en a d’autres qui après plusieurs écoutes trouvent qu’il y a un fil rouge au milieu de tout ça. Pour nous c’est difficile à dire. On voulait faire un truc assez tribal et qui foutait vraiment les jetons. Qui faisait vraiment peur…

MF : On est en plein dedans.

Jona : Voilà. Nous c’est comme ça qu’on s’est lancé là-dedans. Mais on ne s’est pas dit : « Il faut que ce soit un truc frénétique dans un hôpital psychiatrique où on se tape la tête contre les murs ». On voulait que ce soit massif, tribal et puis que ça foute les jetons. Une des influences principales pour ce disque, en tout cas pour moi, c’est quand j’ai découvert Terra Tenebrosa, le premier album, tu vois vraiment très sombre mais pas violent au sens Metal du terme. Quelque chose de noir, d’oppressant, presque indigeste quoi. C’était assez la volonté de faire ça quoi. Après c’est marrant de savoir comment chacun le reçoit.

MF : Ouais. Du coup c’est vrai que les retours sont globalement bons, il y a quelques belles perles aussi. Vous êtes quand même content des retours qui arrivent sur l’album ?

Jona : Carrément ouais. Rien que le fait que des gens prennent le temps de l’écouter et d’écrire dessus, c’est vraiment super. Ceux qui comprennent le propos, enfin qui le reçoivent comme on essaie de l’envoyer, c’est magnifique. Mais tu peux pas demander à tout le monde que ce soit le cas. Après, si c’est vraiment gratuit. On a eu le cas d’un journaleux, qui passe la moitié de la chronique a parlé de nos coupes de cheveux et qui nous fait passer pour un groupe de Indie Rock, c’est pas très intéressant quoi.

MF : C’est sûr.

Jona : Après le mec qui est là : « C’te zik, ça me parle pas tellement, mais en plus c’est vraiment indigeste, mais je peux pas dire que c’est de la merde parce que ça sonne bien et ils ont l’air de bien jouer. Mais en fait moi ça me déprime d’écouter ce disque ». Ben c’est super parce que c’est ça qu’on voulait faire.

MF : Et surtout c’est argumenté.

Jona : Exactement. Donc du coup globalement, assez content des retours. Déjà parce qu’il y en a pas mal. Ça fait déjà plaisir (rires). Il y en a beaucoup d’excellent et beaucoup de mauvais ou en tout cas…

MF : Qui n’ont pas accrochés au truc…

Jona : Ouais, pas qui ne saisisse pas le propos, mais qui ne sont pas pour en tout cas.

MF : Habituellement, c’est toi et Luc qui composé tout pour Coilguns. Est-ce que le fait d’être enfermé à 3 a permis de donner un peu de place à Louis pour apporter ces idées ?

Jona : Ouais beaucoup. Parce qu’en fait depuis qu’on a fait une pause avec Coilguns, on n’a pas fait d’album depuis 2013 tu vois. Ben Louis, il a extrêmement développé son activité de producteur entre guillemets. Il a produit beaucoup de disques, développé une certaine patte, en enregistrant tout en analogique, de tout produire sur des enregistreurs cassettes 2 pistes. Il a vraiment développé son truc et aussi son projet solo, qui est vraiment un projet à chanson quoi. Et ça c’est un truc qu’on a profité. Peut-être que ça s’entend pas forcément (rires), mais c’est en fait vraiment des chansons qu’on a écrit. Après c’est vrai que souvent, il n’y a pas de fin (rires), mais il y a clairement des couplets et des refrains pour nous. Après ça peut être occulte la façon de le percevoir, mais pour nous, on a vraiment écrit des chansons et sans l’apport de Louis ça aurait été jamais fait. Avant j’écrivais des riffs, Luc posait sa batterie dessus. On faisait des pré-prods et Louis mettait sa voix. Même au niveau des paroles ça a eu des conséquences, parce qu’on ne rejoue pas de vieux morceaux, parce que Louis ne s’identifie plus tellement avec les paroles de ce moment-là.

MF : Ok

Jona : En tout cas tout ce qui est avant Commuters, il n’est plus dans cet esprit-là… Comment dire. Là c’est vraiment un tout. Quand on jammait avec Luc, Louis était là. Il faisait vraiment un boulot de producteur. Il disait : « Tiens ce plan, là, il faudrait encore le tourner… », « Peut-être que c’est bien de rester dans cette atmosphère-là, plutôt que de mettre un riff frénétique… ». Mais c’était la première fois qu’on écrivait à trois et ça a donné ce disque, qui est quand même un peu différent de ce qui faisait avant.

MF : Ben il est différent, mais on retrouve quand même cette petite identité que vous aviez déjà. Alors peut-être pas avec l’EP avec Abraham qui était un peu plus rock…

Jona : Qui était le presque faux pas de notre discographie (rires).

MF : Ah non, pas un faux pas. Il est vraiment bien ce split. Mais il est assez différent de Commuters et Millenials. Mais on retrouve quand même cette patte, enfin le mec qui connaît le groupe arrivera à reconnaître ce que vous faites.

Jona : Ça c’est vraiment chic en tout cas. Nous on le vois différent. C’est vrai que Commuters, c’était un peu l’option de jouer plus vite et de ressembler plus à Converge ou à Dillinger. Là on a décidé de ne pas faire ça. Parce que c’est pas ça qu’on avait envie de faire et aussi parce qu’on voulait pas aller plus loin que nos capacités tu vois. On pouvait pas écrire un disque qui allait encore plus vite. C’est quelque chose que physiquement on ne saurait pas faire tu vois (rires). Ça paraît peut-être ridicule pour les mecs qui écoutent du Death ultra technique, mais même quand on réécoute Commuters pour rire, ben on ne comprend même pas pourquoi on a joué ces trucs tu vois (rires). Donc il y a un truc plus groovy dans ce nouveau disque.

MF : Ouais. Et donc comme tu l’as dit, vous avez tout enregistré sur des bandes analogiques. C’est le fait que Louis bosse dessus tout le temps qui vous a fait choisir cette solution ou c’était pour coller avec la musique qui était là ?

Jona : Non, c’était un truc très naturel. On s’est dit qu’on voulait faire ce disque ensemble. Ça faisait un moment qu’on voulait faire ce disque et on n’avait pas le temps, parce qu’on a tous plein de projets et que du coup on fait ça à temps plein dans nos vies la musique. Du coup on est obligé de se fixer des périodes de travails tu vois. On ne peut pas se retrouver une fois par semaine au local pour répéter et écrire des morceaux, ça ne marche pas. Du coup on s’est dit, on arrête ce mois et on fait ce disque tout seul. Louis sait enregistrer des disques, il y avait aussi une histoire de budget dans l’affaire. Il avait envie de faire ce disque et il bosse avec des bandes. Moi, j’ai récupéré un vieux 16 pistes à bandes. Pas vraiment un super deluxe. Un 16 pistes Tascam, vraiment cheapos et on s’est dit qu’on allait le faire comme ça. Et c’était très bien parce que pendant trois semaines on a écrit, bougé des micros, testé différentes techniques de prises de sons. Et puis pendant une semaine on l’a enregistré et mixé. Pis ces trois semaines-là étaient hyper bien parce que tu rentres pas dans les pré-amps d’un 16 pistes à bandes comme tu rentres dans les pré-amps d’une console numérique. Et c’est ça qui a donné ce grain si particulier au disque. Tu peux penser qu’il sonne bien ou qu’il sonne pas bien ou que c’est de la merde ou pas. Ce qui est sûr, c’est que soniquement parlant, il a une identité, il a quelque chose à raconter tu vois…

MF : Ouais. Je trouve que ça aide beaucoup à l’écoute de l’album…

Jona : Ah ouais ?

MF : Ouais.

Jona : Trop bien.

MF : Je trouve que ça colle très bien avec l’ambiance des morceaux. Ce côté un peu roots, à l’ancienne de l’enregistrement, je trouve que ça colle vraiment bien.

Jona : Ça c’est hyper bien à entendre parce qu’on l’a vraiment mixé pendant qu’on l’écrivait en fait. On essayait différents micros, différentes guitares, donc je suis assez rassuré d’entendre ça. Je te cache pas que quand on a signé avec ce management, Aisa, on leur a dit qu’on aimerait signer sur tel ou tel label, les trucs plutôt ricains évidemment. Ben eux nous ont dit : « Là c’est vraiment sans compromis la direction que vous avez prise, c’est cool, c’était peut-être bien il y a quinze ans, mais si vous voulez attaquer sur des gros trucs, il faudrait sonner un peu plus rond ou un peu plus flatteur » tu vois. Et pis du coup on a quand même fait faire des masterings, qui arrondissaient un peu les angles, qui sonnaient un peu plus ricains, un peu plus fat tu vois. Et finalement on était bien content que personnes ne veuillent signer ce disque parce que du coup, si c’est nous qui le sortons, on a le droit de prendre les risques qu’on veut. Donc ça fait toujours plaisir d’entendre que ce son-là, en tout cas pour toi, il colle à ces morceaux tu vois.

MF : Totalement. Si je me plante pas, il n’y a que le master du vinyle qui est fait par Magnus Lindberg. Pourquoi ne pas avoir gardé le même master pour tout ?

Jona : Et ben, le vinyle c’est quand même un peu une science occulte. Si tu veux il y a des fréquences qui ramassent beaucoup plus que d’autres et des effets qui peuvent être complètement smashé sur le vinyle ou qui peuvent ne pas être reproduits comme telle. C’est pour ça que tu dois toujours faire un mastering vinyle et un mastering cd ou digitale. Et là, on était content du master à Louis, mais comme on ne pouvait pas le modifier, parce qu’on a tout fait sur place avec une console analogique qu’on a loué, on n’était vraiment pas sûr qu’il passe sur vinyle. Et il y a personne pour te le dire, donc on aurait été obligé de faire un test press et ça nous aurait couter 500€ de plus, juste pour faire le test…

MF : Et au final se rendre compte que ça va pas…

Jona : Et aussi prendre du retard dans la prod donc on s’est dit : « bon… ». Ce qui est un peu dommage, parce qu’on vend des vinyles et on a choisi ce mastering à Louis. Mais finalement le mix est tellement agressif que même avec le mastering un peu plus rond à Magnus, si tu veux sur vinyle il est quand même ultra agressif, donc moi ça me va très bien comme ça. Mais c’est vrai que sur Commuters, je sais pas si tu as déjà fait attention, mais la version digitale dure 50 minutes et la version vinyle, on l’a réduite à 42 minutes ou quelques choses comme ça. On a coupé des interludes et en gros on 22 minutes par face et le mix est… Enfin il est super, mais c’est à s’arracher la tête. Il y a des murs de guitares dans le visage. Tous les mediums, et la batterie qui disparaît… Pis là on s’est dit que pour ce disque, on prend moins de risque et on fait un truc un peu plus rond et doux.

MF : Ok. Sur vos 2 précédentes sorties, vous aviez des invités. Est-ce que c’est parce que vous vouliez vous retrouvez vraiment tout seul sur cet album ?

Jona : Je crois ouais. C’est marrant parce qu’on n’y a pas pensé avant. Là où on était, perdu en Allemagne, on pouvait pas vraiment invité des copains tu vois.

MF : Après la façon dont vous avez enregistré ne permettais pas de le faire après.

Jona : Ouais, mais on ne s’est même pas posé la question. On a dit qu’on voulait faire ce disque les 3, parce que Donatien n’était pas là à ce moment-là. Puis on a loué cette baraque et on a tout fait comme ça. On s’est pas dit : « Tiens on pourrait inviter ci, on pourrait inviter ça… », mais il y a pas eu de réflexion particulière, ça s’est fait naturellement.

MF : On en a parlé un tout petit peu tout à l’heure. Tout l’album est autoproduit. Est-ce que tu penses que le fait de faire de la musique que personne ne fait vraiment à côté, a été un frein pour signer sur un label ?

Jona : Oui ! Absolument, mais peut-être pas dans le bon sens du terme parce que j’ai envie de croire que quand t’es vraiment unique et… je recommence (rires). En fait c’est un peu du quitte ou double quand tu fais ça. Soit tu continues dans le chemin que t’as choisi et si tu peux exploser, si on peut parler d’exploser dans cette scène, ben tu prends le devant de la scène. Mais si vraiment c’est trop bizarre et que tout le monde s’en fou, ben tout le monde s’en foutra. C’est un peu le principe de l’investissement, ton gain ou ta perte est à la hauteur de ton investissement. Et après ce qui nous a empêché de signer dans d’autres labels, surtout dans les labels chez qui on voulait signer, c’est qu’on ne respecte pas beaucoup de code. Je ne dis pas que ce qu’on fait est hyper original, tu vois. Je dis juste qu’on n’est pas super Doom, on n’est pas super Black Metal, on n’a pas non plus un visuel qui est très codé. On n’a pas un visuel très Hardcore ou Black Metal. On n’a pas des coupes de cheveux qui sont très Hardcore ou Black Metal (rires). On ne respecte pas beaucoup de code et on ne fait pas ça pour être original, on est juste ce qu’on est quoi. Ça c’est une chose. Et peut-être aussi, ça je l’admets volontiers, Millenials, c’est pas encore… C’est sans doute le meilleur disque qu’on ait fait jusque-là, au niveau cohésion de groupe et énergie. Mais je pense pas qu’on soit au top de la composition tu vois. Pis peut-être que ces mecs-là, ils auraient peut-être passé sur le fait qu’on n’a pas de code et qu’on est dur à caler dans une scène, s’ils avaient eu ce petit truc en plus dans les compos. Pis j’ai l’impression qu’on peut définitivement faire mieux, donc je ne trouve pas que ce soit illégitime qu’on soit signé ailleurs.

MF : Après tant que le reste marche et que ça suit derrière.

Jona : C’est ça. Après on retourne dans un processus hyper naturel du coup. Personne ne voulait sortir ce disque, pis en fait on a tout fait nous-même. On a fait l’artwork, tout ça. Ça a permis de rebooster un peu le label aussi et d’avoir un nouveau fonctionnement pour avoir une structure capable d’accueillir un groupe comme Coilguns, qui est finalement plus gros que le label. Et là le prochain disque, attention scoop.

MF : Ouh !

Jona : Ouh la la (rires). On a déjà booké un studio pendant pour Janvier, parce qu’on n’a pas envie d’attendre 5 ans cette fois entre les deux. Donc l’idée est de sortir un disque pour fin 2019. Mais cette fois on ne va pas se dire, on a un mois et il faut qu’on sorte un disque. On a réservé le studio, on va passer un mois à l’écrire. Si on a le temps de l’enregistrer parce qu’on est content des compos, on le fera. Si ça va pas, on reprendra 10 jours de studio 2 mois plus tard pour terminer ça.

MF : D’accord.

Jona : Et j’ai l’espoir aussi avec l’entourage professionnels qu’on a autour du groupe… Si tu veux, on a enfin un entourage professionnel en qui on a confiance. C’est un vrai entourage qui sont déjà qui ont du réseau et qui font des choses, qui accompagnent des groupes, surtout beaucoup plus gros. Donc ça va être bien d‘avoir ce regard externe sur le groupe. On ne parle pas de quelqu’un qui va te dire que ton refrain n’est pas bien ou qu’il faut que tu changes ta ligne de guitare, mais des gens qui auront un avis sur lequel on peut compter et qui nous dira : « Là, ça sent le rush votre affaire ». Pis c’était ça la conclusion, ils ont bossé avec nous sur Millenials et ils disent : « Ouais c’est super, mais ça sent quand même l’arrache quoi ». Ben ouais, on a fait un putain de disque en un mois tu vois.

MF : Ben ouais.

Jona : On a commencé à écrire, jour 1 et on a fini, mixé, masterisé, jour 31. Donc voilà.

MF : C’est sûr que ça fait un peu speed pour tout caler.

Jona : Donc on s’en sort bien au final.

MF : Mais après c’est un beau challenge de se dire, on fait ça en un mois quoi.

Jona : C’était un beau challenge et là où c’est le plus marquant, c’est que ça a été une belle expérience humaine. Parce qu’on n’était que les 3, c’était paumé au milieu de rien. Je veux dire on a pris 2 douches sur le mois, je veux dire littéralement (rires). On se levait le matin, on se faisait à manger ensemble, pis on parlait du disque, on parlait de nos envies dans la vie. Il y a pas mal de trucs sur ce disque qui sont liés aux discussions qu’on a eu là-bas. Que ce soir sur le DIY, sur le punk, sur comment faire des disques, sur toutes ces choses tu vois. Et ça c’est l’exemple un peu cliché, pour imager mon propos, ben le dernier morceau, The Screening, ben si tu lis ces paroles, tu vas trouver des restes de frigo et d’oeuf au plat et de saucisse dans les paroles (rires). Parce qu’on mangeait que ça et que le frigo était rempli de nourriture (rires). Après c’est quand même plus profond que ça mais en gros, c’était magique. Et surtout on a vu qu’on pouvait faire un disque nous-même, que ce soit chic et puis pour Louis, qui a plus l’habitude de faire des trucs Lo-Fi. Tu vois, j’avais pas vraiment envie que mon album sonne comme un aspirateur (rires) alors que ça peut très bien se faire pour d’autres trucs qu’il fait. Ben en fait, ça sonne presque grosse prod.

MF : Carrément.

Jona : On peut dire qu’on a tout fait avec du hardware dégueulasse, qui coûtait rien du tout. Et quand on faisait les exports sur les bandes et qu’il fallait enlever les décomptes de charley au début des morceaux, ben on devait muter toutes les pistes manuellement à 3 et tout rouvrir en même temps. Ça n’avait aucun sens (rires). On a ouvert un ordi, et c’est pas une légende, pour exporter tout le mix pour faire un mastering après. On a tout fait sans ordinateurs avant.

MF : C’est cool.

Jona : C’était chic (rires).

MF : Vous sortez d’une belle tournée un peu partout. Il y en a une autre qui va arriver en Irlande. J’imagine que niveau concert, tout se passe bien aussi ?

Jona : Oui. Les concerts sont super. On a joué devant du monde tout le temps et c’était agréable quand ça fait 4 ans que t’as pas tourné avec un projet. On a vendu beaucoup de disque et tu voyais qu’il y avait des gens qui venaient parce qu’on avait sorti Commuters en 2013 et qu’ils nous ont connus à ce moment-là. C’était vraiment bonne vibe. On ne jouait pas devant des centaines de personnes mais le feeling est bon. Même les lundis il y avait du monde. On a fait des headlines sur quelques festivals punk, à 3, 400 personnes. On fait ça step by step quoi. Gentiment (rires). Et c’est assez agréable d’avoir de la visibilité là-dessus.

MF : Ouais c’est cool. Je sais que vous ne vous arrêtez jamais, donc je suppose que le but va être de jouer un peu plus loin que l’Europe ?

Jona : Ça fait depuis la création de ce groupe qu’on aimerait aller aux Etats-Unis. Mais il y a aussi une réalité, pas financière, mais plutôt du marché. Où on pourrait très bien aller tourner en Chine, en Russie, dans des endroits où on est déjà allé avec d’autres projets, mais c’est moins pertinent. Du coup les US c’est vraiment un endroit où il faut qu’on aille, d’autant que je suis persuadé que c’est un groupe qui fonctionnerait bien là-bas…

MF : Je pense ouais.

Jona : Mais c’est tellement compliqué d’y aller. Pour des histoires de visa de travail qui coûte très cher. Du coup t’es quasi sûr d’y aller à perte. Donc la question est-ce qu’on investit ça et on fait une tournée à l’arrache comme des punks, ou est-ce qu’on attend un petit peu et on monte le profil du groupe de façon un peu plus solide. En tout cas c’est ce que les gens avec qui on bosse et nous même avons envie de faire. On veut pas arriver là-bas par la grande porte tu vois, mais on veut pas arriver comme des clodos quoi. Donc le disque est distribué aux Etats-Unis, avec le label. Donc on a de la promo qui se fait là-bas et c’est super. Maintenant on ne va pas y aller sur un coup de tête et c’est fort possible qu’on attende de sortir le prochain avant d’y aller. En espérant qu’on ait les partenaires idéales pour y aller. Le but c’est vraiment de tout cramer…

MF : De faire les choses bien aussi.

Jona : C’est ça. Le but c’est de foutre nos vies à la poubelle pour ce groupe. Quand on a recommencé, j’ai demandé au zinzin : « là si on part, si on fait le plan qu’on a défini avec Aisa, c’est un plan sur 3, 4 ans ». Et tout le monde a dit oui. Mettre nos vies à la poubelle, c’est super. Ça impliquait aussi d’emprunter beaucoup d’argent. J’ai la chance d’avoir des parents à qui j’ai pu emprunter de l’argent pour presser ce disque, parce que c’est nous qui l’avons pressé, même si on a le label. Represser tout le back-catalogue pour avoir un beau merch, refaire de la promo, enfin toutes ces conneries tu vois (rires). Et maintenant il faut que la machine tourne et surtout on a une chier de plaisir à faire ça et on va se donner corps et âmes et faire pour que ça marche quoi.

MF : Du coup moi j’ai fini. Si tu as un petit mot pour finir.

Jona : Ben le mot du moment c’est chien. Qu’on a transformé en kiens, à l’Italienne. C’est pas exactement ça (rires), mais c’est notre nouveau mot (rires).

MF : C’est sympa comme mot de la fin (rires).

Jona : Je suis désolé, mais pour nous c’est chien tout le temps (rires).

MF : Et ben merci.

Jona : Merci à toi.

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